Pêle-mêle du dimanche

Dans notre région de Montréal, avril est ce mois étonnant qui commence par des bancs de neige et se termine en t-shirt. Littéralement, on peut passer de -10° à 25° C en l’espace d’un mois. De l’hiver à l’été en quelques semaines. Bam! la neige fond — bam! tout reverdit. Il faut être prêt.

En réalité, même si ça y ressemble au soleil, on n’est pas encore en été avec ses nuits de canicule et d’orages électriques. C’est le printemps; les magnolias sont en fleur, les lilas s’en viennent sur leurs talons, les jonquilles et les crocus sont déjà sortis sur les plate-bandes. Les arbres commencent à lâcher leurs fruits; bientôt, les rues en seront tapissées, et on pourra voir les graines courir en nuées les jours de vent violent. Le printemps, c’est la saison des pluies et des vents, forts, comme tout ici est fort, extrême. Parfois, pluie et vent se combinent et on peut voir les vagues d’eau remonter le boulevard Saint-Laurent, faisant fi de la gravité.

L’autre soir, je suis allée voir Le Mariage de Figaro par le Ballet national d’Ukraine, à la Place des Arts — ma vie est excitante, hein? ce n’est pas courant, mais ma sœur m’a invitée.

C’était du ballet, mais dans un genre comique, parsemé de pantomime. Et il y avait un personnage en particulier, sans doute le plus comique, Marceline, interprété par un homme. Est-ce que le travestissement en lui-même faisait partie du comique du personnage? Peut-être, mais pas forcément. Je dirais juste que cela semblait plus indiqué pour un danseur que pour une ballerine d’agir de façon bouffonne; d’ailleurs, les autres personnages ridicules ou drôles étaient tous des hommes (notamment le comte et Chérubin).

Je ne m’y connais pas plus que ça en ballet, mais je sais que c’est un style de danse très genré. Les hommes ne peuvent pas danser des rôles de femme et vice versa — et je veux dire par là qu’ils ne le peuvent pas physiquement, car ce qu’apprennent les danseurs est différent de ce qu’apprennent les danseuses. Par exemple, les hommes ne font pas de pointes et les femmes ne sautent pas (enfin, si, un peu, mais jamais à la façon d’un soliste).

Pour le coup, le fait qu’un homme joue un rôle de femme subvertissait ces règles, avec un personnage (et un danseur) qui devait à la fois sauter et faire des pointes, se faire soutenir par un partenaire masculin puis, dans le cas d’une sortie comique, porter son partenaire! Alors, les pointes, certainement pas avec autant d’endurance et de précision qu’une ballerine, mais tout de même — considérant qu’il a probablement dû apprendre les pointes juste pour ce rôle? Pour moi, le travestissement ne participait donc pas tant à l’effet comique (créé plutôt par son costume et des gestes grotesques, peu élégants — à priori pas plus appropriés à un danseur qu’à une danseuse de ballet classique), mais, au contraire, à une impression… waouh! la classe!

Mais peut-être que c’est juste moi, avec mon vieux fantasme de travesti et de gender-bending… Ça me donne envie de trouver des romances qui traitent de ça, et je sais à l’avance que je vais en trouver. C’est une chose que j’adore avec la romance : loin des stéréotypes de formule et de répétitivité, c’est un genre tellement riche et dynamique que tout existe; on n’a pas de tabous et on est toujours à l’avant-garde (après, ce que les média et la « majorité » des lectrices mettent en avant, c’est autre chose).

Enfin, je relisais cet ancien article de Jeannie Lin (l’auteure de The Jade Temptress) : Are My Happy Endings Unrealistic? dans lequel elle parle des codes du genre et d’occidentalocentrisme. Mais ce qui m’a le plus touchée cette fois, et vous ne serez pas surpris-es si vous avez lu comment je me suis mise à l’écriture, c’est ce passage :

[Would readers be more accepting if] there were comparative works by fellow authors that either supported or refuted mine? Reading romance is in many ways a social endeavor, a community activity, a shared experience. The body of works at large constitute an ongoing conversation.


One Comment on “Pêle-mêle du dimanche”

  1. […] je l’avais annoncé il y a quelques dimanches, je me suis mise à la recherche de romances hétérosexuelles où, pour changer, c’est le héros […]


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