The Blind Assassin, de Margaret Atwood

Réédition du 09/05/2014

Avec quelque retard, je vous présente ma chronique de la lecture d’avril dans le cadre du défi « Un genre par mois »… Ce mois-là, c’était le roman historique à l’honneur.

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Qui n’a pas entendu parler de Margaret Atwood, cette célèbre romancière canadienne? Pour ma part, je ne sais plus où ni quand, mais je connaissais son nom, et avais dès lors l’impression diffuse que la lire manquait à ma culture. Le résumé de la quatrième de couverture de The Blind Assassin me tentait plus ou moins, d’où les années qu’il a passées intact dans ma PAL, mais, comme dirait Richard Griffen, I picked it up for a song dans une librairie d’occasion.

assassin

En fin de compte, le résumé est très fidèle au contenu du livre, et j’ai beaucoup aimé ce dernier. Le livre s’ouvre sur l’annonce que Laura, la sœur de la narratrice, s’est tuée (lire : suicidée) dans un accident de voiture dix jours après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

À quatre-vingt-douze ans, Iris Chase Griffen vit à Port Ticonderoga, la petite ville de l’Ontario qui l’a vue naître et grandir, et où sa famille a eu pendant quelques générations une influence considérable. Aujourd’hui, elle est surtout connue comme étant l’épouse de l’industriel Richard Griffen et la sœur de Laura Chase, l’auteure du sulfureux roman posthume The Blind Assassin. Celui-ci raconte la liaison clandestine entre une jeune femme aisée et un fugitif qui, lors de leurs rencontres, élaborent une histoire de science-fiction.

Il y a donc quatre niveaux de récits dans ce roman : le présent d’Iris, une vieille dame désabusée qui lutte pour conserver un semblant d’indépendance; son enfance et sa jeunesse dans l’entre-deux-guerres aux côtés de son eccentrique petite sœur Laura; l’histoire des deux amants, qui apparaît vite inspirée de faits réels; et les aventures de l’assassin aveugle du titre et de la jeune fille muette sur la planète Zycron (un récit métaphorique?).

Ensemble, ces différents fils parallèles s’assemblent peu à peu comme les pièces d’un puzzle et répondent aux questions qui dirigent le récit : qui était réellement Laura Chase? pourquoi est-elle morte ? et qui sont les protagonistes de The Blind Assassin? Je pense que ce sont ces petits mystères, savamment distillés, qui ont su me captiver, me faire entrer complètement dans l’intrigue et me donner envie de continuer à lire ces six cents et quelques pages.

Mais il ne faut pas non plus sous-estimer la façon brillante dont le roman est écrit, et qui le rend tour à tour touchant, étrange, mordant. J’ai l’impression que c’est le premier livre depuis longtemps où j’avais envie de noter un tas de citations.

What people remember isn’t the book itself, so much as the furor: ministers in church denounced it as obscene, not only here; the public library was forced to remove it from the shelves, the one bookstore in town refused to stock it. There was word of censoring it. People snuck off to Stratford or London or Toronto even, and obtained their copies on the sly, as was the custom then with condoms. Back at home they drew the curtains and read, with disapproval, with relish, with avidity and glee — even the ones who’d never thought of opening a novel before. There’s nothing like a shovelful of dirt to encourage literacy.

L’aspect historique est discret; plutôt un contexte pour l’évolution des personnages qu’une véritable fresque d’époque. L’auteure a néanmoins bien su rendre les mentalités qui régnaient alors, et évoque les évènements avec l’esprit qui les acueillit alors, et non celui que nous avons acquis avec le recul. Par exemple, la chasse aux communistes, la façon banale dont Hitler était perçu dans les années 30, la confiance qu’on n’en viendrait pas à la guerre…

J’ai également trouvé pas mal de plaisir à lire les aventures fantastiques sur la planète Zycron. C’est drôle, ces fenêtres de science-fiction au milieu d’un roman qui n’a rien à voir.

Why does he crank out this junk? Because he needs to — otherwise he’d be stony flat broke, and to seek other employment at this juncture would bring him further out in the open than would be at all prudent. Also because he can. He has a facility for it. Not everyone does: many have tried, many failed. He had bigger ambitions once, more serious ones. To write a man’s life the way it really is. To go in at the ground level, the level of starvation pay and bread and dripping and slag-faced penny-ante whores and boots in the face and puke in the gutter. To expose the workings of the system, the machinery, the way it keeps you alive just so long as you’ve got some kick left in you, how it uses you up, turns you into a cog or a souse, crushes your face into the muck one way or another.
The average working man wouldn’t read that kind of thing, though — the working man the comrades think is so inherently noble. What thoses guys want is his stuff. Cheap to buy, value for a dime, fast-paced action, with lots of tits and ass.

Enfin, un autre aspect qui m’a parlé dans ce livre, c’est qu’on sent qu’il est l’œuvre et le point de vue d’une femme. Margaret Atwood, mais aussi Iris Chase, la narratrice, ainsi que tous les autres personnages féminins de premier plan qui peuplent le livre : la grand-mère Adelia Chase, la mère, Laura, Reenie, même Winifred… Les personnages masculins sont tous, d’une certaine manière, moins profonds, ou appréhendés de l’extérieur, depuis ce fameux point de vue féminin : le père qui revient traumatisé de la Grande Guerre, Richard Griffen, le mystérieux « il » dans The Blind Assassin

Cela m’a donné envie de lire davantage d’auteures femmes « classiques », et aussi plus d’auteurs canadiens. Peut-être le sujet de futurs défis de lecture?


4 commentaires on “The Blind Assassin, de Margaret Atwood”

  1. Tam-Tam dit :

    je n’ai pas lu celui là de cet auteur, j’ai lu « la voleuse d’hommes »…
    et j’avoue que j’ai un peu ramé pour le finir…
    mais les personnages etaient très justement décrits!

    • Jeanne dit :

      Elle a l’air d’avoir écrit des romans assez différents. Ce n’est pas dit que j’aimerais tout d’elle… The Handmaid’s Tale me tenterait, parce que c’est l’un de ses plus connus et que c’est une dystopie (pas que je sois fan de dystopie, mais ça pique davantage ma curiosité), mais pas forcément son œuvre entière.

  2. […] The Blind Assassin de Margaret Atwood […]

  3. […] beaucoup par rapport à ma moyenne habituelle, mais j’avais en réalité lu l’essentiel de The Blind Assassin en avril, et les trois autres titres étaient des tout petits romans, y compris The Hound of the […]


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