The Hunger Games, de Suzanne Collins

un-genre-par-mois-août

Réédition du 26/08/2014

Je sais, je sais, j’arrive après la bataille. Tout le monde a déjà lu ce livre et s’en est fait sa propre opinion ou, à défaut, a vu le film. Mais j’avais ce livre tout chaud dans ma liseuse (enfin, presque : l’ePub ne voulait pas se convertir, alors j’ai dû le décompresser, extraire les fichiers textes et les bidouiller sur Notepad++ pour me refaire un custom ebook avec le même CSS que j’utilise pour Laska) et, en août, j’étais censée lire de la SF, alors…

Hunger_games

C’est très rare que je lise les livres dont j’ai déjà vu les adaptations cinématographiques. Même si je ne suis pas très sensible au spoilers, de là à connaître tous les personnages et l’enchaînement des péripéties… ça enlève quand même un certain intérêt à la lecture. Pour The Hunger Games, c’est peut-être à l’honneur du roman que je l’aie néanmoins terminé en quelques jours avec facilité. Cependant, je n’ai pas pu m’empêcher de comparer, ni de ressentir des petites pointes d’ennui à certains moments de l’intrigue.

Pour information, j’avais trouvé le film assez médiocre. En gros, je dirais que le début est bien meilleur dans le livre, mais que la suite est à peu près égale à son adaptation.

Pourquoi meilleure? Parce que le roman nous permet une vraie immersion dans la tête et la vie de l’héroïne, Katniss, beaucoup plus de détails et, donc, de subtilité en ce qui concerne ses sentiments et ses relations avec les autres : sa mère, Gale, Peeta. Le côté SF, quoique pas exagérément développé, a également plus de relief dans le texte, alors que les choix artistiques du film, s’ils ne sont pas forcément mauvais en soi (ils m’ont même semblé plutôt fidèles), m’avaient paru ennuyeux d’un point de vue visuel.

Ce qui m’a frappée, surtout, c’est à quel point le personnage de Peeta m’a fait une impression différente dans le livre, du moins au début, tant qu’ils ne sont pas dans l’arène. Je ne sais pas si on peut mettre en cause le choix des acteurs, un Josh Hutcherson qui aurait trop l’air gentil garçon par rapport à une Jennifer Lawrence qui en impose, mais le Peeta du livre m’a semblé beaucoup plus fort, intelligent, généreux — bref, l’étoffe d’un héros classique —, surtout par contraste avec une Katniss qui, au départ, a plutôt du mal à s’en sortir… (À l’inverse, le Haymitch du film m’avait d’emblée paru plus sympathique, parce que Woody Harrelson…) Du coup, The Hunger Games a beau ne pas être autant une romance que d’autres titres en YA (du moins au stade du premier tome), j’avais quand même envie de soutenir Peeta dans son projet amoureux, un peu comme on peut soutenir Gilbert à la fin de Anne of Green Gables.

Les choses changent une fois dans l’arène, et c’est également la partie qui m’a, tout compte fait, le moins intéressée. Le film simplifie un peu certaines parties, mais, en gros, tout est là. Y compris le personnage de Peeta, qui semble devenir plus plat sous la plume de l’auteure. J’avais presque l’impression d’une incohérence lorsque Katniss se met à comparer Peeta avec Gale (à moins que ce ne soit le triangle amoureux qui débarque avec ses gros sabots?), et que Peeta lui apparaît comme un pion placide du statu quo, là où Gale aime à s’indigner dans la forêt. Peut-être que j’idéalise Peeta à tort (après tout, la fin semble le révéler comme fool for love), mais peut-être aussi que c’est la faute de l’auteure, car plusieurs scènes du début m’avaient fait croire qu’il était plus qu’il ne le paraissait…

Enfin, un mot sur l’aspect dystopique de l’œuvre. C’est la mode, en ce moment, la dystopie en YA, et je ne sais pas trop quoi en penser. Un peu comme l’historique, ça a l’air de suggérer que le monde contemporain ne recèle plus assez d’histoires, plus assez d’enjeux. Mais, à la différence de l’historique, qui a tendance à embellir le passé (les belles robes, les belles manières; un monde encore peu souillé ou corrompu par l’industrialisation à outrance et la technologie), la dystopie se veut pessimiste. Comme si notre monde actuel n’était pas assez pourri? Ou bien comme si le mal était dans ces petits détails sadiques, outrés, outranciers qui établissent la distance objective entre les mondes fictifs dystopiques et notre réalité.

Il y a certainement une facette satirique à ces univers dystopiques : par exemple, le concept des Hunger Games peut être vu comme une critique de la société du divertissement et de la télé-réalité, en ce qu’il pousse ces phénomènes à leur paroxysme. Mais, en même temps, en atteignant cet extrême grotesque et inimaginable, il opère une rupture avec la réalité. Nous ne craignons pas réellement d’en arriver là; plutôt, nous le voyons comme un repoussoir en face duquel notre monde paraît assez chouette, en définitive, non?

Pendant ce temps, à Gaza… ou bien à Ferguson… Ce qui m’a rappelé que moi-même, je me suis déjà fait arrêter, et le premier jour où j’ai goûté au gaz lacrymogène, quelqu’un a perdu l’usage d’un œil à cause d’une de ces « armes non létales » que la police utilise contre la population. Ce n’est pas aussi cruel que couper la langue des Avox de sang-froid, mais enfin, quand j’y pense, je n’aimerais pas beaucoup plus perdre un œil.

Il est vrai que nous ne vivons pas dans un État totalitaire où la dissension politique en soi est considérée comme un crime (cela, je l’accorde à Claude Lefort, tiens); cependant, de la même façon que le color blindness dans un monde inégalitaire nourrit, voire mène à une forme insidieuse de racisme, l’objectivité de la loi permet de criminaliser des actes politiques en recouvrant leur aspect politique sous des charges qui ont valeur de diversion. Lancer une roche dans une vitrine de banque, par exemple, au lieu d’être considéré justement comme une attaque symbolique envers le système bancaire, sera vu comme du vandalisme, une dégradation de la propriété privée… (Et je ne dis pas qu’on s’en fout d’une vitre brisée. Même si, par rapport à l’intégrité physique d’un humain, oui, après tout, on s’en fout un peu. Notre dojo s’est fait briser la vitrine deux fois, et… ça n’avait rien à voir.)

Et à ceux qui pensent que c’est nul, comme acte symbolique, et qu’il faudrait être plus noble, plus original, plus artiste… Eh bien, je ne suis pas d’accord. Dès qu’on se veut noble, original, artiste, on veut déjà autre chose que le discours que l’on exprime (et je suis bien placée pour le savoir!); on veut être reconnu pour sa noblesse, pour son originalité, pour son art. On sacrifie les exigences du discours aux nécessités de l’art. Il n’y a qu’en se rabaissant en dessous de tout art, en dessous de toute respectabilité, en risquant non pas les éloges (ha ha!), mais la censure, que l’on dit la vérité… Tout ça pour une vitre brisée!

Pfiou, tout cela est parti un peu plus loin que je ne m’y attendais en démarrant ma chronique… et je ne suis pas désolée! 😛


One Comment on “The Hunger Games, de Suzanne Collins”

  1. […] la dystopie, et même si je n’ai rien contre ça à priori, j’ai déjà expliqué dans ma chronique des Hunger Games mes doutes et mes réserves face au phénomène de mode que connaît actuellement ce […]


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