Ce qui rend Twitter intéressant est aussi ce qui le rend difficile

Je m’étais promis de ne plus me lancer dans des débats sur Twitter, parce qu’ils sont rarement constructifs. Puis un article m’est passé sous le nez, et là, une phrase qui m’a fait bondir… Je n’ai pas su résister. Sauf que, cette fois, la discussion s’est soldée par une conséquence aussi objective qu’immédiate : une des personnes impliquées dans l’échange, avec qui nous nous suivions mutuellement depuis des années, m’a bloquée.

Je peux la comprendre. J’ai déjà bloqué des « types de contenu » sur Facebook, parce que je les trouvais trop polémiques et négatifs, qu’ils remuaient en moi des énervements vains et que je ne souhaite pas remplir ma tête avec les récriminations des autres. Je pense que c’est ce qu’a dû ressentir la personne qui m’a bloquée, et je ne lui en veux donc pas. Il faut prendre soin de soi et de sa santé mentale avant tout. Néanmoins, cela a suscité en moi une réflexion sur la communication sur les réseaux sociaux, sur ce à quoi ils nous ouvrent et, en même temps, ce à quoi ils nous exposent.

Ce que j’aime sur Twitter, c’est son ouverture extrême. Le fait de pouvoir taper la discute, voire débattre avec n’importe qui, des gens du monde entier, des personnes qu’on ne connaît pas à priori. Pour la curieuse et l’amoureuse des humain-e-s que je suis, c’est absolument génial. Fascinant. Merveilleux. Pourtant, ce même fait peut aussi être un inconvénient. Car cette rencontre de milieux différents, de cultures différentes, de personnes aux normes de comportement différentes, aux attentes et aux espoirs différents ne se fait pas sans heurts. La liberté totale de communication serait-elle un frein, un obstacle à la communication?

Notez que je ne parle pas ici des opinions. Bien sûr, certains clashs sont inévitables entre personnes aux idées trop éloignées. Mais je ne pense pas être idéologiquement si éloignée de la personne qui m’a bloquée; au contraire. En revanche, nous avons des personnalités très différentes et, surtout, nous ne communiquons pas de la même manière. Par exemple, j’ai employé l’expression « f*ck you » et, au lieu de se concentrer sur le fond et le sens de ce que j’exprimais, elle a aussi jugé bon de commenter sur la forme… J’imagine sans mal que ce gros mot ait pu la choquer, lui paraître trop fort, la mettre mal à l’aise. Je sais que certaines personnes trouvent toute vulgarité inutile et gratuite. Pour moi, au contraire, c’est un élément normal du discours. C’est quelque chose qui se dit dans ma famille, même entre personnes qui se respectent et s’aiment (quand on très énervé-e… mais on se reconnaît du même coup le droit à l’être et à l’exprimer). Bref, c’est une question de culture.

Chaque semaine, je fais bénévolement de l’aide aux devoirs auprès d’enfants défavorisés (économiquement autant qu’académiquement). C’est toujours une sorte de défi pour moi de me comporter avec elleux, parce qu’illes sont tellement différent-e-s de ce que j’étais à leur âge (élève modèle et hyper timide). Autrement dit : nous n’avons pas les mêmes codes culturels. L’autre soir, alors que je prends mon sac à main avant de partir, une des filles avec lesquelles je travaille me lance :

« T’as de l’argent? »

Et, sans attendre ma réponse, elle ouvre d’autorité mon sac (que je porte sur moi) et en tire mon portefeuille. L’ouvre.

« Wouah, t’as plein de cartes! »

Je n’ai toujours pas le temps de répliquer qu’elle en prend une, me rend le portefeuille et s’échappe à l’autre bout de la pièce — avec ma carte d’assurance maladie. Je sais qu’elle plaisante, qu’elle n’a même pas dix ans, qu’on est entourées d’autre monde. Mais, un instant, je me sens démunie, mal à l’aise. On ne s’est vues que deux fois en tout et pour tout; on ne se connaît pas si bien, et puis je suis une adulte! Son comportement ne trouve aucun écho dans ma propre carte mentale des comportements « normaux ». Ce n’est pas quelque chose que je songerais jamais à faire, moi-même. Ce n’est pas quelque chose qui a du sens pour moi. Ce n’est pas quelque chose qui « se fait ». Et comme elle m’a incluse de force dans son petit jeu, sans me prévenir ni me demander mon avis, je le ressens un peu comme une violation…

Pourtant, je sais que ce n’était pas son intention. Pour elle, au contraire, je suppose que c’est normal. Que c’est acceptable. Les enfants cherchent parfois à nous provoquer, à tester les limites, mais ce n’est pas cela. Pour elle, c’est peut-être plutôt une façon de communiquer avec moi, de faire du lien, de m’intégrer à sa réalité, à son monde. OK.

Je me rends compte, donc, de la difficulté d’improviser la communication avec n’importe qui. Nous ne sommes pas des êtres éthérés, capables d’échanger directement la pureté de nos idées et de nos intentions. Nous sommes chacun-e dans un cadre, et prétendre négliger ce cadre, c’est se vouer à l’échec. Nous n’attribuons pas les mêmes significations aux mêmes comportements, nous n’avons pas les mêmes sensibilités, et nous n’arrivons pas non plus dans la conversation avec les mêmes intentions et les mêmes attentes. Je ne sais pas si c’est possible, je ne sais pas si cela parlera à quiconque, mais j’aimerais développer une sorte de code ou de charte qui pourrait nous aider dans la voie de la communication non-violente. En effet, si « f*ck you » peut être considéré comme violent, le fait de bloquer quelqu’un sans explication ni avertissement a aussi un côté violent…

L’idée de fond serait ainsi de trouver des façons non ambiguës d’exprimer ses sentiments. Sous cet angle, « f*ck you » n’est pas approprié, car cela peut être compris par certain-e-s comme une agression, bien que cela ait également le sens d’une riposte. Le fait de bloquer quelqu’un est aussi ambigu, parce que cela peut être ressenti comme une exclusion et un rejet, alors que c’est parfois uniquement une façon pour une personne de se protéger (et cela peut d’ailleurs être temporaire). Même la réaction à mon f*ck you, « ce n’était pas nécessaire », a eu le malheur de jeter de l’huile sur le feu, parce que je l’ai ressentie comme une volonté de m’imposer une soi-disant vérité — alors que, plus probablement, c’était une façon maladroite d’exprimer : « cela ne m’a pas plu, cela m’a mise mal à l’aise ». Mais voilà, si une personne ne mentionne pas du tout ses sentiments, cela enlève du même coup à l’interlocuteur/-trice toute obligation de les prendre en compte et de les respecter.

L’autre jour seulement, je lisais cet article chez Loïc Dossèbre : Émerveillement & Négativité, où il accuse en somme le contenu de Twitter d’être trop négatif et destructeur. Une preuve que le problème est général, ou du moins répandu, et non limité à ma personne (dans le cas où je serais tentée de m’autoflageller). Une preuve aussi qu’il ne suffit pas d’identifier le problème pour réussir à y remédier… puisqu’hier soir encore, je songeais à cette problématique et faisais vœu de faire de mon fil Twitter un havre de paix et de bienveillance — tout ça pour faire une rechute ce matin; c’est plutôt ironique.

Alors, qu’est-ce que ça prendrait pour transformer réellement Twitter en quelque chose de plus beau et de plus constructif? Pour faire de nos différences une source de richesses, plutôt que de conflits? Pour être véritablement inclusifs/-ives et divers-es, plutôt que de s’enfermer dans des communautés de gens qui pensent et agissent tous pareil? Parce que c’est là le paradoxe inhérent à la technologie : jamais il n’a été aussi facile de se connecter au monde entier, mais jamais non plus, il n’a été aussi facile d’ignorer et de bloquer toutes les personnes qui nous mettent mal à l’aise, qui nous sortent de notre zone de confort… Voici donc quelques recommandations, que je compte évidemment être la première à appliquer — et si vous voulez me suivre, j’en serais ravie! N’hésitez pas non plus à commenter ou à compléter…

  1. Avant toute communication, se donner à soi-même un objectif clair. Cela nous évite de nous éparpiller en hors-sujets, et nous permet aussi d’adapter la stratégie à notre but. Par exemple, si ce dernier est de convaincre quelqu’un, mieux vaut adopter une attitude didactique qu’accusatrice…
  2. Annoncer que l’on se lance dans une polémique ou un débat, afin de laisser aux personnes concernées la liberté de s’en retirer ou de ne pas y participer.
  3. On a tout à fait le droit de ne pas être d’humeur à débattre. Mais on ne peut pas s’attendre à ce que l’autre le sache, le devine ou le présume. Aussi, le signaler explicitement, afin de donner à l’interlocuteur/-trice une chance de respecter nos sentiments et de prouver sa bonne foi, et d’éviter d’en venir à des solutions radicales comme le bloquage.
  4. Si quelque chose nous déplaît ou nous dérange, le nommer et nommer nos sentiments, plutôt que de les exprimer sous couvert d’affirmations objectives ou de manière passive agressive, voire clairement agressive.
  5. Les sentiments de l’interlocuteur/-trice ne se discutent pas (surtout s’ils ne sont pas l’objet de la discussion), ce qui signifie : ne pas s’abriter derrière ses « bonnes intentions »! Par exemple, pas de « je refuse d’accepter que tu sois vexé-e, parce que ce n’était pas mon intention ».
  6. Identifier explicitement ce qu’on aimerait, ce qu’on attend de l’autre. Bien sûr, cela doit être faisable et réaliste, et aussi constructif — pas d’humiliation, ni de question de victoire ou de soumission.
  7. Si l’interlocuteur/-trice exprime une insatisfaction, sans qu’il soit clair ce qu’on peut faire pour y remédier, le lui demander, d’une façon qui mette en avant notre volonté de trouver une solution (dans les limites du raisonnable).
  8. Et, surtout, ne pas oublier qu’il n’y a jamais un seul tort et une seule raison, que le bien et le mal sont une question de perspective, et que le seul objectif absolu est d’être heureux/-se, et que les autres puissent l’être aussi!

10 commentaires on “Ce qui rend Twitter intéressant est aussi ce qui le rend difficile”

  1. Sev dit :

    la communication écrite est tellement subjective, il faut vraiment faire attention! je me relis toujours plusieurs fois, j’essaie de voir si ce que j’ai écrit, lu avec des « lunettes » différentes, pourrait être offensant. j’ultise beaucoup de jurons aussi dans la vie quotidienne, mais je sais qu’à l’écrit on ne peut pas savoir si je le dit d’une manière humoristique ou sérieuse… donc du coup je m’abstiens. C’est vraiment difficile de trouver le bon équilibre!

    • Jeanne dit :

      Merci pour ton commentaire! La difficulté sur Twitter, c’est justement que, contrairement à un billet de blogue ou un courriel, les échanges se passent souvent dans la spontanéité… Et je ne me suis pas attardée dessus dans l’article pour ne pas trop verser dans le pathos, mais je dois reconnaître que j’ai toujours été mauvaise à communiquer avec les autres, quel que soit le moyen. Entre autres, je suis très soupe au lait et j’ai tendance à réagir au quart de tour; c’est d’ailleurs un grand défi pour moi, en tant que maman… Je dois vraiment bosser dur pour changer mes mauvaises habitudes et ne pas traumatiser mon fils! J’ai même envisagé de consulter quelqu’un pour m’aider, mais… en fin de compte, j’ai toujours de bonnes excuses pour ne pas le faire!

  2. J’admire l’amour que tu portes aux êtres humains. Je le trouve émouvant, et je ne dis pas ça de manière ironique : véritablement émouvant. En ce qui me concerne, j’ai beau essayer, je ne suis pas capable d’une telle bienveillance.

    Ton projet est ambitieux, ce n’est ni plus ni moins que la fondation d’un nouveau code de politesse. La politesse est une chose merveilleuse, une flopée de règles tacites qui permet aux individus de vivre ensemble.

    Reste à mettre tout le monde d’accord. Tâche ardue sur un réseau comme Twitter qui mélange toute culture, toute classe sociale… Car en fait le problème est là : chacun a sa politesse mais le monde est devenu si divers, si global, que personne n’a la même.

    • Jeanne dit :

      Merci, même si ça m’étonne que tu aies ressenti ça à la lecture d’un billet où je confesse avoir attaqué une pauvre blogueuse sans défense…

      En fait, la plupart de mes propositions s’inspirent tout simplement de la communication non-violente. Je ne suis pas absolument fan de politesse, justement parce que ça me semble très formel, et donc trop compatible avec un fond qui, lui, peut rester violent ou agressif… On peut insulter quelqu’un de manière polie! Cela dit, ça peut aussi être une première étape, une manière de se forcer à prendre conscience de ses propres intentions. Et, en fin de compte, même si j’ai peut-être parlé de « code universel », c’est surtout un ensemble de résolutions que je prends à titre personnel. Je ne prétends pas réformer Twitter… mais c’est vrai que je trouve parfois dommage d’osciller ainsi entre fascination et répulsion, entre périodes où j’y passe des heures par jour (si je compte aussi les lectures sur d’autres sites que Twitter me suggère) et périodes où je le fuis complètement, comme si c’était une menace pour mon équilibre intérieur. J’aimerais trouver un juste milieu, mais je ne sais pas s’il existe.

      • Là-dessus je ne te rejoins pas tout à fait. Politesse, oui ; communication non-violente, vraiment non-violente, je ne sais pas… Je pense que tout peut et doit être dit, y compris ce qui n’est pas agréable à entendre. Le monde est violent, certains états de faits le sont aussi, et bien qu’on puisse les exprimer avec respect et politesse, ils restent *violents*.

        La politesse concerne la forme, la non-violence absolue concerne le fond. Changer la forme n’a pas d’incidence sur le réel. Changer le fond, en revanche, cela revient à nier la réalité…

        Mais toutes ces considérations sont très abstraites et n’ont pas beaucoup de rapport avec Twitter, je te l’accorde :p

        Bien sûr, libre à chacun de trouver sa propre manière d’utiliser les réseaux sociaux. Mais j’ai peur qu’à trop vouloir ménager la sensibilité des uns et des autres, on finisse par pratiquer la langue de bois.

        Et c’est pourquoi la politesse me semble être une vertu très précieuse. Précisément parce qu’elle permet l’expression parfois difficile de la violence, expression qui est malheureusement nécessaire à tout débat éclairé.

      • Jeanne dit :

        Ton commentaire m’a fait réfléchir; je crois qu’on partage des préoccupations similaires, mais on n’analyse pas les choses selon les mêmes catégories. En réalité, le discours a trop de fonctions pour qu’il soit approprié de le réduire à une dichotomie forme/fond. J’ai deux objections, pour ma part, à ce que tu sembles dire : 1) ce qui n’est « pas agréable à entendre » n’est pas forcément violent pour autant (et vice versa); 2) communiquer de façon non-violente ne signifie pas qu’on ne parle pas de violence… Au contraire : la communication non-violente a été conçue dans une optique de résolution de conflit — il n’est donc pas question de nier l’existence de ce conflit. Par symétrie, si nous pouvions nous abstenir de parler de quoi que ce soit qui fâche, il n’y aurait aucun besoin de recourir à la communication non-violente.

        Comme je l’entends, celle-ci consiste à reconnaître que le discours n’est jamais neutre, jamais purement descriptif, et qu’il peut contenir en lui-même une violence qui lui est propre — et, souvent, qui n’a même aucun rapport avec le problème de fond et de départ. Beaucoup de gens croient en effet d’une façon simpliste que la communication est toujours une bonne chose, un pas dans la bonne direction, ie vers la réconciliation, la résolution, le compromis, une meilleure compréhension de l’autre, etc. Je sais de première main qu’il n’en est rien : j’ai grandi dans une famille très intellectuelle où on analysait et discutait toutes les choses à fond, et ça n’a jamais aidé à apaiser la moindre tension, ni à résoudre le moindre problème. En fait, c’était clairement l’un des problèmes. La « communication », donc, est un concept vide, tant qu’on ne le définit pas.

        La communication non-violente, tout simplement, cherche à remettre la communication au rang d’outil. Si tu veux l’utiliser pour blesser, tu peux; mais si tu ne veux pas, alors tu peux l’éviter aussi. Or, la constation dont je ssuis partie, c’était justement qu’on se blessait sans le vouloir — c’est presque un processus magique, comme une vie propre du discours, que cette façon qu’il a d’échapper à notre volonté et de jouer les mauvais génies entre deux personnes qui, à la base, auraient peut-être bien voulu (et pu) s’entendre.

        En gros, il faut distinguer l’expression de la violence d’une expression qui est violence en soi. Et ce dernier phénomène, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ne concerne justement pas que la forme. Une expression violente, ça n’est pas forcément une insulte vulgaire, ça peut aussi être enrobé de politesse… mais, en aucun cas, ça n’est constructif et ne sert le moindre débat. Là, il faudrait peut-être définir ce qu’on entend par « violence »; pour moi, il y a un aspect d’imposition et de force. Et je soutiens que celui-ci peut être effectué entièrement par le discours, sans aucun lien avec une réalité extérieure — de la même façon qu’un serment est effectué par le discours, et n’est « l’expression » ou le reflet de rien d’autre que lui-même. Une attaque verbale, autrement dit, n’est pas l’expression verbale d’une attaque — c’est le verbe qui, lui-même, se fait attaque.

        Quant à moi, je ne suis certainement pas pour la non-violence absolue, et je préfère à la rigueur une violence qui ose montrer sa seule gueule, que la violence hypocrite des gens qui croient pouvoir tout dire en parlant bien. Ou encore la violence bien maquillée pour se faire bien voir… J’en avais touché un mot dans une vieille chronique des Hunger Games; cette idée que la violence qui se déguise détourne toujours du message. Donc, à la limite, si le but est bel est bien l’attaque, alors il faut l’assumer, et ne pas se replier derrière une politesse incongrue au vu de la situation.

  3. Je crois que je commence à mieux comprendre ta pensée, et du reste je souscris tout à fait à tes deux objections, mais en fait elles ne remettent pas en question ce que je veux dire – et que j’ai sans doute mal exprimé.

    Ce que je veux dire, c’est que les faits, les arguments, les concepts et les idées ne sont pas toujours détachés des êtres qui les portent, et qu’il arrive souvent qu’attaquer l’idée revienne à attaquer l’Homme. C’est en ceci que je soutiens que le monde est violent, et qu’il est par conséquent presque impossible de débattre sans violence.

    Prenons un exemple. Je me trouve en position de débattre avec une personne très croyante. Si je soutiens que sa religion est vectrice de coutumes archaïques et discriminantes, cela sera violent, car sa religion lui étant profondément attachée, il se sentira lui-même la cible d’une attaque. Pourtant, je n’aurais fait qu’énoncer un argument fondé en raison.

    Un autre exemple. Je débats avec un représentant politique. Comment pourrais-je affirmer sans violence qu’il est malhonnête, qu’il a menti, qu’il a triché… preuves à l’appui ? Je ne pourrais pas, car certaines vérités sont violentes, c’est ainsi.

    Et je pense que renoncer à dire ces vérités violentes par nature est un écueil dans lequel il ne faut pas tomber.

    Ceci étant dit, on a très bien le droit de ne pas débattre de sujets sensibles sur Twitter, d’éviter les discussions polémiques : en quel cas la méthode que tu proposes pour reprendre le contrôle du langage afin qu’il ne blesse plus nos interlocuteurs me semble parfaitement valide.

    Toutefois, je ne suis vraiment pas d’accord avec ta façon d’envisager la politesse. Pour toi, elle est une vague hypocrisie formaliste et sans intérêt ; pour moi, elle relève quasiment du code de chevalerie, et elle permet à celui qui est attaqué de l’être selon certaines règles, et de répondre dignement selon ces mêmes règles. La politesse véritable, lorsqu’elle n’est pas corrompue par le sarcasme, permet un affrontement verbal honorable dont le perdant, s’il y en a un, ne sort pas humilié.

    Mais je suis peut-être un peu trop romantique.

    • Jeanne dit :

      Mais attaquer quelqu’un, est-ce « débattre »? C’est là la question. Je ne dis pas qu’il est toujours mauvais d’attaquer (ni même qu’il soit toujours possible de ne pas le faire), mais je crois que ça vaut le coup parfois (souvent?) de se demander si c’est 1) ce que l’on veut réellement faire et 2) ce qu’on espère accomplir par là… Il y a des colères qui valent le coup, et d’autres… Surtout si la personne se refuse au combat, c’est très peu satisfaisant.

      C’est vrai que j’ai un préjugé contre la politesse, probablement dû au fait que je n’ai pas la sensation de la maîtriser. Mais je n’ai pas dit que c’était sans intérêt… Je pense justement qu’elle peut permettre ce fameux « temps de réflexion », faire tampon entre notre impulsion et nos actes. Et je pense surtout que tu viens d’un certain milieu; je le pense de plus en plus, et ça m’intrigue. 😉

  4. Justine dit :

    Je crois que la solution de tout ça, enfin c’est mon avis, c’est simplement l’honnêteté. Parfois il faut mettre des formes, certes, mais il faut dire ce qu’on a envie de dire, de la façon dont on le pense au fond de nous. Et je pense que si quelqu’un se braque ou nous bloque, c’est qu’il n’a pas envie d’accepter la réalité « il n’y a que la vérité qui blesse » ou bien qu’il n’apprécie pas d’entendre ce que l’autre peut penser si ça ne va pas dans son sens. Ce genre de personne n’est sûrement pas adapté aux discussions et donc, ce n’est pas grave, tant pis, elle n’aura rien appris et n’évoluera pas grâce à un échange.
    Je crois que tout est plus complexe que ça, qu’il y a beaucoup plus de facteurs mais moi j’ai décidé d’agir uniquement comme ça, en étant honnête et en essayant de trouver les mots les plus justes possibles, même si parfois ce n’est pas simple. La personne réagira selon sa personnalité, ça ne dépendra plus de moi.

    • Jeanne dit :

      Oui, je crois que ma difficulté, c’est de mettre ces fameuses « formes … 😉 Et je suis d’accord avec l’honnêteté; au fond, il s’agit d’être honnête par rapport à ce que l’on veut et ce que l’on ressent. Mais, contre toute attente, c’est une des choses les plus difficiles à faire! Probablement parce que cela nous rend vulnérable. Or, quand une personne nous a blessé-e, être vulnérable face à elle est notre dernier réflexe… On a plus vite tendance à vouloir la blesser en retour (en tout cas, moi… mais je sais que je ne suis pas la seule!).


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