Les conseils d’écriture ont-il une utilité?

Cette année, j’ai décidé de me lancer dans un nouveau projet : les ateliers en ligne (pour en savoir plus, cliquez ici). Mon but? Partager mes connaissances et permettre à toute personne qui le souhaite d’écrire et de publier un roman — car je suis convaincue que c’est plus facile qu’on ne le croit, pourvu qu’on aborde l’entreprise avec méthode.

Je suis actuellement en train de rédiger les ressources hebdomadaires pour le premier atelier, Préparer l’écriture d’un roman (les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 28 février!), et, forcément, je me heurte à la difficulté de partager quelque chose qui soit pertinent et utile à tous les types d’écrivain-e-s. C’est particulièrement évident dans la partie qui traite de la préparation du roman lui-même, puisque toutes les démarches sont possibles, de l’absence totale de préparation à la planification détaillée de l’intrigue, de l’univers et des personnages. J’en suis venue à réfléchir à la raison d’être des conseils ou méthodes d’écriture tout court, et cette réflexion ayant vite dépassé le cadre de l’atelier, j’ai préféré la mener ici.

En tant qu’écrivaine naturellement contrariante, j’ai tendance à prendre les soi-disant conseils d’autres auteur-e-s avec beaucoup de recul, voire de méfiance. Généralement, je ne les trouve pas tant mauvais que partiels. Tout conseil sous-entend un angle, une perspective et un contexte; or, trop souvent, ces derniers sont passés sous silence. De là découlent des recommandations qui ressemblent à des généralités ou des absolus, alors qu’il faudrait les envisager comme des correctifs s’appliquant à des situations bien spécifiques.

Pour reprendre l’exemple de la préparation, il me paraîtrait naturel de donner des conseils complètement différents, voire opposés, selon que l’écrivaine à laquelle je m’adresse n’aime pas les plans et n’arrive jamais à s’y tenir, ou au contraire qu’elle y passe énormément de temps et peine à se lancer dans l’écriture tant que subsiste la moindre incertitude. De plus, on peut se demander s’il est même judicieux de songer à conseiller l’une ou l’autre. Pourquoi ne pas les laisser faire comme elles le sentent, comme elles l’entendent? Après tout, chaque personne trouve sa propre voie vers l’écriture, et il n’y a pas vraiment de façon de faire meilleure qu’une autre — juste la façon qui vous convient le mieux.

Est-ce à dire que tout conseil d’écriture est vain et déplacé? Comment, alors, justifier que tant d’écrivain-e-s continuent à en prodiguer et, surtout, que nous continuions à les lire (quitte à les critiquer ensuite)? N’est-ce qu’une perte de temps, une sorte de masturbation intellectuelle, chacun-e y allant de sa petite contribution égotiste pour se sentir exister?

C’est peut-être là la dérive qu’il faut prévenir, mais je ne crois pas pour autant qu’il s’agisse d’une fatalité. Pas si l’on définit clairement le public ciblé, le but poursuivi, et les limites de ce qu’on propose. Ainsi, je n’oserais pas expliquer à un auteur chevronné comment faire le plan de son roman; cependant, mon atelier s’adresse explicitement à des écrivain-e-s en herbe ou en questionnement : 1) des personnes qui n’ont jamais fait cela avant, 2) des personnes ayant une expérience d’écriture limitée et peu satisfaisante, à la recherche de nouvelles techniques pour élargir leur horizon ou affiner leur méthode, 3) des écrivain-e-s qui ont eu par le passé une méthode satisfaisante, mais qui, après une longue pause ou un changement dans leur vie, ont besoin d’un coup de pouce pour se remettre en selle.

Pour ce qui est du but, j’entends par là la définition concrète de la réussite dans l’expression « ce qui vous réussit ». Une approche qui vous « convient » est-elle une approche qui vous permet simplement de terminer un roman? Ou bien une approche qui vous permet d’écrire un bon roman, que vous vous sentirez à l’aise de publier ou de soumettre à des éditeurs? Ou encore une approche qui fait de l’écriture une activité aussi plaisante et divertissante que possible, sans considération du résultat?

Dans mon cas, les buts visés sont ceux affichés pour l’atelier au complet : 1) maximiser vos chances de terminer votre manuscrit, 2) travailler de façon efficace, gagner du temps, et 3) pouvoir prévoir les différentes étapes et dates importantes de votre projet. Ni plus ni moins, et c’est déjà pas mal. Si votre but est d’écrire le roman de science-fiction le plus complexe du millénaire, ou encore d’expérimenter un roman en écriture automatique, ma théorie du plan minimum risque de ne pas vous servir… je l’accepte et je l’assume!

Du reste, pour moi, les conseils d’écriture sont des outils, des inspirations, des prétextes, et aucun cas des règles à respecter religieusement. Cela signifie que vous pouvez prendre et laisser ce qui vous chante, et utiliser mes idées absolument comme il vous plaira — y compris à l’envers, si c’est ce qui vous parle! Les conseils ne sont que des points de départ, des perches tendues; à vous ensuite d’improviser à votre sauce. Ils sont donc utiles, même quand on ne les suit pas…

En 2016, alors que je peinais à me remettre à écrire après une pause d’un an et demie, j’ai décidé d’employer les grands moyens : me lancer dans un tout nouveau projet, et le développer grâce à la méthode dite du flocon — alors que je suis plutôt « jardinière »! Sans surprise, je n’ai suivi que les toutes premières étapes avant de me lasser, mais l’important n’était pas là; ces seules premières étapes m’ont suffi à transformer « rien » (ou, disons, un simple genre, du YA SFFF) en une perception mentale claire d’une intrigue, d’un univers et de personnages que j’avais hâte de commencer à écrire. Parfois, quand on est bloqué, c’est en allant contre nos habitudes, en dépassant notre zone de confort que l’on réussit à sortir de l’ornière…

Enfin, si tous les conseils ne sont pas utiles à tout le monde, les principes qui les sous-tendent, eux, ont déjà une portée plus générale. Plutôt que de rester fixé-e sur la méthode telle qu’elle est présentée, mieux vaut donc chercher la théorie qui se cache derrière ou, de manière plus concrète, le twist qui marchera pour vous. Cela n’est pas toujours facile ni immédiat, mais garder cette possibilité à l’esprit permet de ne pas rejeter trop vite un conseil de prime abord inadapté.

Quand j’ai découvert la méthode 2K to 10K de Rachel Aaron (dont je compte vous reparler dans l’atelier #2, celui du mois d’avril), j’ai d’abord essayé de l’appliquer à la lettre. Ça n’a absolument rien donné; j’étais très déçue. Jusqu’à ce que, l’idée générale trottant dans ma tête tout ce temps, je tente une version légèrement modifiée… Depuis, je ne peux plus m’en passer! Ma vitesse d’écriture a effectivement été multipliée par deux.

En résumé, voilà pourquoi, malgré ma propension à contredire et à polémiquer, je demeure ouverte à tous les conseils d’écriture, et je m’en abreuve même dès qu’une difficulté pointe le bout de son nez! Quitte à ne rien retenir des opinions des autres, ça m’aide toujours à « brainstormer », donc à avancer. Et, si vous êtes intéressé-e par mon atelier, sachez qu’en dépit de quelques principes généraux, je compte tout de même m’arranger pour y mentionner plusieurs méthodes et insister sur la diversité des préférences.


8 commentaires on “Les conseils d’écriture ont-il une utilité?”

  1. iotop dit :

    Bon jour,
    Votre article est construit sur des questions réponses … 🙂 En fait, je l’ai lu en diagonal … et j’ai ressenti comme un pragmatisme, une méthodologie, … pour écrire et pourtant le paradoxe de votre article n’est pas constitué ainsi …
    Max-Louis

  2. J’ai l’impression que les conseils d’écriture peuvent avoir un énorme intérêt, pas forcément en tant que tels, mais en ouvrant la porte vers d’autres approches. Ton témoignage sur la méthode « 2K to 10K » est un bon exemple: en soi, elle ne t’a pas aidée, mais elle t’a ouvert une autre approche qui, elle, a fonctionné pour toi.

    • Jeanne dit :

      Oui, c’est l’une des choses que je voulais exprimer. Mais, en l’occurrence, je ne dirais pas que ma façon de faire est réellement une autre approche que celle de Rachel Aaron. Sur le principe, ça reste complètement la même idée… Pour ne pas parler dans le vide : elle explique qu’avant de se mettre à l’écriture en tant que telle, elle écrit au brouillon (et sur papier) les différents éléments de sa scène et leur enchaînement. La façon dont elle décrit cette étape, et que cela ne lui prend parfois que 5 minutes, me met en tête quelque chose de très schématique, façon prise de notes de cours. Or, pour moi, ce n’est pas tout à fait suffisant. J’ai besoin de faire cette étape en longhand, comme on dit en anglais (même si, au final, je n’écris pas non plus tous les mots, ni en entier). C’est une toute petite distinction, purement formelle, mais, pour moi, ça fait toute la différence! Je considère quand même que j’applique ou, du moins, que je m’inspire fortement de sa méthode.

      • De même que, dans la création, on est sur les épaules des géants, les méthodes de travail doivent aussi fonctionner comme ça, je pense. Ne serait-ce que pour adapter une méthode à son propre contexte.

        Il y a quelques années, un pote en écriture (Eric Nieudan) avait parlé sur son blog de sa « Méthode Zatoichi » (écrire sans regarder l’écran) pour vaincre la page blanche, ça m’avait inspiré en retour une « Méthode Spaghetti » qui, au final, n’avait pas grand-chose à voir (réécrire sur une page blanche un bout de texte qu’on arrive pas à modifier dans son contexte), mais dont l’idée m’était venue en lisant son article.

      • Jeanne dit :

        Oui, c’est intéressant… Je pense qu’il y a quand même un principe général en commun : l’idée que la présence physique du texte peut nous distraire et nous parasiter. C’est aussi l’une des raisons qui m’ont amenée à écrire sur Notepad++. Je ne crois pas que je pourrais écrire sans regarder l’écran (j’écris au contraire sans regarder le clavier), mais la mise en page 1 paragraphe = 1 ligne signifie qu’on n’a jamais une vue d’ensemble de ce qu’on a écrit une minute plus tôt. Il est donc plus facile de se concentrer uniquement sur ce qu’on tape à l’instant même.

      • julie dit :

        @jeanne: pour la méthode dont tu décris avant au collège en 2002 où je n’avais pas encore de pc ni internet j’ai écrit une nouvelle finie de 60 pages recto verso où j’avais fait un plan juste des chapitres mais sinon je ne notais pas mes idées car je savais déjà dans chaque chapitre qu’est-ce qu’il y aurait du coup je l’ai dit moi j’écris plus du genre freestyle je me lance et hop j’écris et pour d’autres nouvelles encore plus courtes je ne fais ni chapitre ni n’écrit un plan je me lance à l’arrache et ça marche très bien dans mon cas personnel.

        @Stéphane gallay: ah cette méthode je la pratique sans m’en rendre compte par ex je commence à écrire une phrase puis une autre etc j’enchaine puis je me relis puis je vois que j’ai écris un gros paragraphe puis je peux corriger ou modifier des phrases puis si j’en suis contente je recontinue et grâce à ça je peux arriver à écrire une page ou 2 sans m’en rendre compte et je m’aperçois que l’angoisse de la page blanche je ne l’ai pas connu car j’ai un trop plein d’idées et d’inspiration puis j’écris et je n’ai pas d’angoisse quand j’écris au contraire j’y prends du plaisir ^^ C’est pareil pour le dessin comme j’adore dessiner depuis petite et je n’ai pas jamais connu d’angoisse de la page blanche comme j’avais de l’inspiration, j’adore dessiner des personnages et parfois je ne savais pas quoi dessiner je me laissais porter par mon crayon où je dessinais des formes sans savoir puis à partir de là, des cheveux se dessinent puis je faisais la tête etc

  3. julie dit :

    Un article intéressant ^^ alors je ne suis pas auteure et je n’ai pas publié de romans et je n’ai été à des ateliers d’écriture qu’une seule fois qui était consacré aux fiches de personnages c’était intéressant même si je ne fais pas comme ça je suis plus freestyle et je préfère écrire des nouvelles pour l’instant dont j’ai en tête toute l’histoire, le début, ce qu’il va se passer et la fin et que je peux rajouter des choses dans ce qu’il va se passer etc du coup je dirais que les conseils d’écriture sont personnels j’aime en écouter plutôt sur youtube mais je ne les suis pas vraiment et cette article m’a fait penser aux conseils du développement personnel dont personnellement je n’écoute pas trop ou je vois d’un mauvais oeil car c’est les mêmes conseils et ça fait trop « gourou » pour moi et ça se vend comme « une formule miracle » alors qu’il n’y a aucun miracle

    • Jeanne dit :

      Je ne suis pas très versée dans ces choses-là non plus. Néanmoins, du peu que je m’en suis approchée, je reconnais un mérite aux méthodes concrètes et assez appliquées des Américains, qui peuvent se présenter comme des « formules ». Même si, en théorie, on peut toujours en discuter (et j’adore discuter de tout, personnellement), dans les faits, oui, ça marche. Et ça n’a rien d’un miracle; la plupart du temps, c’est tout simple. Mais c’est fou le nombre de trucs simples dont on passe à côté tous les jours, même quand on croit comprendre et avoir réfléchi à la question… Peut-être d’ailleurs qu’on y a trop réfléchi, justement! (Un travers qu’on m’a souvent reproché.)


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