Pêle-mêle du dimanche

Je crois que l’idée m’est venue vers la fin 2015. J’étais encore en plein dans ma maison d’édition, mais j’avais déjà amorcé un ralentissement des activités, et j’avais hâte de reprendre l’écriture. Écrire pour publier, et forcément, j’allais m’éditer moi-même. Or, ce qui m’étonnait, c’est qu’au milieu de l’infinité de forums consacrés à l’écriture ou à la littérature, il ne s’en trouvait pas un seul pour parler d’autoédition spécifiquement. Et ça, ça me manquait.

Pourquoi un forum? Est-ce que ce n’est pas dépassé, en 2018? De nos jours, tout le monde préfère discuter sur les réseaux sociaux… Mais justement, non. Pas moi. Déjà, le gros problème des groupes ou communautés sur les réseaux sociaux — je pense à Facebook notamment —, c’est que, pour y participer, il faut être inscrit sur le réseau social en question. Et il faut consentir à y être active, à alimenter le monstre. Or, nous avons plus que jamais des raisons de ne plus vouloir utiliser Facebook (puisque c’est de lui dont il est question), comme le démontre le billet suivant, que je vous recommande : « Veuillez accepter nos conditions » : la fabrique du consentement chez Facebook (et les moyens d’y mettre fin).

L’autre inconvénient, à mon avis, réside dans le fonctionnement même des réseaux sociaux. En effet, celui-ci est basé sur une masse de publications si dense que chacune est constamment poussée vers la sortie par une plus récente. C’est d’ailleurs ce qui entraîne le cercle vicieux des publications répétitives et proches du spam, une obligation si l’on veut espérer la moindre visibilité. Toute nouvelle qui n’aura pas su capter immédiatement l’intérêt des personnes en ligne est vouée à sombrer dans l’oubli après quelques jours, voire quelques heures! Cela ne crée pas un environnement propice à la discussion, encore moins à la réflexion.

C’est pourquoi je pense qu’un forum a encore sa raison d’être, si nous souhaitons être réellement ouvert-e-s, inclusifs/-ves et libres. En novembre, ayant ressenti un intérêt pour un site vitrine et/ou de réseautage entre auteur-e-s indépendant-e-s, j’ai tenté d’y rattacher mon idée de forum. Nous avons eu quelques discussions très riches, j’ai eu l’occasion de découvrir plusieurs auteur-e-s autoédités que je suis toujours, mais… le projet lui-même, hélas, ne s’est jamais concrétisé.

C’est toujours difficile de construire quelque chose avec des personnes en ligne, qu’on ne connaît pas si bien, et avec lesquelles on ne partage aucune culture de travail. C’était déjà la raison qui, en 2012, avait fini par me persuader d’ouvrir ma propre maison d’édition à compte d’éditeur (plutôt qu’une structure horizontale autogérée). Depuis, je m’en suis abondamment mordu les doigts, et j’espère juste que ce ne sera pas le cas avec ce nouveau projet que j’ose lancer en solo : Indesphere.org, votre forum consacré à l’autoédition (ouvert à toute personne intéressée par le sujet, qu’elle soit ou non auteur-e ou autoédité-e).

Mais non… Cette fois, je ne m’acharnerai pas. Si le forum ne décolle pas, s’il s’avère ne combler aucune attente — à part les miennes —, j’accepterai ce nouvel échec (je n’en suis plus à un près!) et j’enterrerai ce rêve. Il n’y a rien de pire que de maintenir un zombi sous respiration artificielle… (Oui, allez-y, filez la métaphore; vous obtiendrez le fond de ma pensée.)

Par ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que je me suis toujours sentie très concernée par les questions de diffusion et de vente du livre numérique. Il y a longtemps que je fantasme sur une plateforme de vente « indie-friendly » qui nous prélèverait moins que 30 % du prix HT de nos livres (à la manière d’un Bandcamp, qui ne retient que 15 % sur les ventes de musique). Or, après discussion avec mon distributeur, je crois qu’il est temps que je fasse mon deuil de cette idée aussi… Le marché de l’ebook francophone n’est simplement pas assez mature pour soutenir ce genre d’initiative.

C’est le cercle vicieux dans lequel nous sommes pris, à savoir que la faiblesse du volume des ventes ne permet à aucun acteur minoritaire la moindre marge de manœuvre. Je vends des ebooks à 10 € parce que mon distributeur et mon libraire ensemble me prennent 40 %, et ceux-ci prennent « autant » parce que les ebooks ne se vendent pas assez bien… Et ainsi de suite. Finalement, j’ai l’impression que tous nos maux, y compris dans l’autoédition, ne reviennent toujours qu’à ce fait unique : trop peu de gens lisent et achètent des livres numériques. Non, nous ne sommes pas trop d’auteur-e-s dans l’absolu; nous sommes juste trop d’auteur-e-s pour aussi peu de lecteur-ices.

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire cet article de 7switch, libraire numérique indépendant : 30% : une histoire de remises. Concernant les prix, on y apprend notamment (je souligne) :

  • Les petits prix, s’ils n’accompagnent pas une opération commerciale exceptionnelle qui garantisse que les clients valideront des paniers très volumineux, sont une mauvaise idée (s’il fallait encore le confirmer).
  • Lorsque nous vendons des montants inférieurs à 3€, nous perdons de l’argent.

Il faudrait modérer cette dernière affirmation en la limitant au cas de la remise de 20 % (ces remarques suivent un tableau comparatif 20 % vs 30 %), mais elle est vraie dans tous les cas pour les achats de 1 €. Pour ma part, j’en prends acte et je cesserai dorénavant de proposer du contenu à 0,99 € (ce ne sera pas trop dur, car je n’écris pas de nouvelles).

Le bon côté des choses, c’est que les ebooks à 10 € se vendent bien (mes ventes ont presque doublé depuis mon dernier bilan, il y a un mois), signe qu’assez de personnes accordent encore de la valeur à notre travail — d’auteures, d’éditrices. Dans mon découragement et ma résignation, j’en viens donc à me demander si nous avons besoin de solutions alors que les choses ne vont pas si mal. Peut-être vis-je dans une illusion totale, victime d’une sorte de syndrome du sauveur qui me pousse à me battre en permanence contre des difficultés que je n’ai même pas moi-même… Je ne sais pas; à vous de me le dire.


One Comment on “Pêle-mêle du dimanche”

  1. […] c’est le forum Indésphère. J’avais déjà mentionné mes doutes dans le dernier pêle-mêle : pourquoi m’obstiné-je à vouloir aider les autres? De toute évidence, personne ne veut […]


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