Histoires d’amour : 10 trucs qui m’énervent

Pourquoi tant de personnes disent ne pas aimer la romance, alors qu’elles n’en ont jamais lu (ou beaucoup trop peu pour s’en faire une idée d’ensemble)? Eurêka! C’est la faute à tous les autres genres. En effet, des histoires d’amour, il y en a partout, dans tous les genres… et il faut malheureusement reconnaître que, trop souvent, elles ne volent pas haut. Si vous déduisez ce que doit être la romance à partir des histoires d’amour que vous lisez dans les autres genres, non seulement vous faites fausse route, mais il y a effectivement de quoi craindre le pire… Petit florilège des péchés les plus communs (notamment en SFFF et en YA, qui sont les deux genres que je lis le plus en dehors de la romance) :

1) Le syndrome Schtroumpfette

Audrey Alwett explique de quoi il s’agit dans ce billet. En gros, c’est quand tous les personnages qui comptent dans votre bouquin sont des hommes. Puis apparaît la femme, et évidemment, le héros en tombe amoureux — à la rigueur, c’est logique, puisqu’elle est littéralement la seule femme nubile de l’univers… Ce qui, en revanche, est beaucoup moins crédible, c’est que cette femme, qui a pourtant l’embarras du choix, tombe elle aussi amoureuse du héros — comme par hasard! On atteint des sommets dans le fabuleux lorsque le héros a jusque-là été dépeint comme un individu ordinaire, un « héros malgré lui » que rien ne distingue ni ne rend remarquable.

2) Les relations romantiques comme raccourcis ou symboles pour caractériser un personnage

Je veux parler du gentil qui est forcément un partenaire et un amant formidable, alors que le méchant se complaît dans des relations abusives et toxiques. Non seulement c’est simpliste, pas vraiment réaliste, mais c’est une belle occasion manquée d’utiliser le sentiment amoureux pour étoffer et compliquer vos personnages. Est-ce que ce ne serait pas plus intéressant si votre héros héroïque au cœur pur ne pouvait pas s’empêcher d’être un connard en amour, et si votre antagoniste au plan diabolique était tout de même digne d’amour?

3) La relation romantique comme non-problème

Ce point-ci pourrait englober tous les autres, mais je songe ici spécifiquement aux histoires d’amour (ou de désir, d’attirance) qui ne sont jamais expliquées, jamais justifiées, et qui n’apparaissent clairement que pour servir d’accessoire ou de pivot à l’intrigue. Par exemple : le méchant maltraite sa partenaire, mais celle-ci continue à l’aimer et à lui être loyale, en dépit de tout bon sens. Ou encore : le héros qui a la réputation bien établie d’être un séducteur sans scrupule, et sur lequel toutes les femmes continuent à se jeter dans l’espoir qu’il les jette le lendemain…

4) L’amour comme potion magique

Vous savez, ce moment où tout est perdu, jusqu’à ce que le pouvoir de l’amour rende soudain tout possible? On pourrait aussi l’appeler « l’amour comme deus ex machina ». Le problème est qu’il s’agit d’une ficelle scénaristique qui n’a rien à voir avec ce qu’est l’amour dans la réalité. Non, l’amour ne nous transforme pas en superhéros, et oui, même les gens qui sont amoureux ou qui sont aimés échouent.

5) La fin tragique pour ne pas faire trop « romantique »

Non, séparer vos amoureux à l’aide d’une force contre laquelle ils ne peuvent lutter (la mort, typiquement, mais ça peut aussi être le devoir, le hasard) ne rend pas une histoire d’amour moins sirupeuse, au contraire. La fin tragique, qui immortalise l’amour dans sa phase la plus pure et idéalisée, c’est le summum du romantisme; vous allez faire pleurer dans les chaumières (et si ce n’est pas le cas, vous avez juste écrit une histoire dont les lecteurices n’ont eu que faire, ce qui est pire)… Les fins dites « heureuses », par comparaison, ont ce côté terre à terre et pragmatique de la routine conjugale qu’elles laissent présager.

6) L’histoire d’amour qui évolue en parallèle de l’intrigue principale, sans jamais la croiser

En tant qu’auteure, je trouve que c’est la partie la plus difficile quand on écrit une histoire d’amour : l’intégrer au reste, ou y intégrer le reste, sans qu’on ait l’impression qu’on pourrait complètement enlever l’un des deux aspects sans nuire à l’autre. Idéalement, on ne veut pas raconter deux histoires dans un seul roman, mais plutôt une histoire complexe, où les motifs et les actions s’entremêlent et s’enchaînent les uns aux autres. Il ne s’agit pas d’inclure une histoire d’amour pour ajouter une dose de bons sentiments — comme s’il s’agissait d’une recette — ou pour courtiser le lectorat de la romance, mais bien d’exploiter la palette des motivations humaines pour construire la toile d’araignée qui va, au moment du climax, piéger votre héros — ou votre antagoniste.

7) Les clichés romantiques

Ils sont de toutes sortes, mais je songe particulièrement à ces lieux communs qui prétendent expliquer l’amour, mais qui n’expliquent en réalité rien du tout. Par exemple : elle est belle, donc je suis amoureux. Sauf si votre protagoniste a treize ans, pour moi, cela n’a aucun sens, aucune substance, aucun fantôme de réalité qui soit susceptible de me parler et de me toucher. Même chose pour les réactions physiques qui affectent les personnages : rougeurs, tremblements, cœur qui bat… Ça ne suffit pas, surtout si on se contente de répéter le même phénomène à chaque interaction : il apparaît, je rougis, bis… Il manque la singularité qui rend les choses vraies. La beauté, la présence, c’est beaucoup trop vague et général. Il y a bien quelque chose qu’il a dit, qu’il a fait, qui a capté le regard et qui n’aurait pu être à personne d’autre…

8) Les histoires d’amour escamotées par une ellipse

Mettre de l’amour dans une histoire permet en principe d’augmenter un enjeu, de créer un dilemme ou une motivation pour une action. Mais, pour que cela fonctionne auprès de la lectrice, qu’elle ressente effectivement cette tension, cette nécessité, pour qu’elle embarque dans l’histoire qu’on lui raconte, il faut qu’elle comprenne le sentiment amoureux. Or, certaine-e-s auteur-e-s, pour éviter l’écueil sus-cité du cliché, choisissent la solution de facilité de nous mettre devant le fait accompli. On est transporté quatre semaines plus tard, illes ont passé beaucoup de temps ensemble et illes sont très amoureux/-ses, croyez-moi sur parole car c’est tout ce que vous aurez. Sauf qu’à ce compte, ne pas mettre d’histoire d’amour du tout aurait eu le même effet!

9) L’histoire d’amour comme interlude de douceur dans un monde de brutes

L’amour, c’est mignon, c’est tout doux, comme une guimauve… Vraiment? Est-ce qu’on vit dans le même univers? Non seulement il est très fréquent que l’amour se passe mal, mais, même quand il se passe bien, ça reste beaucoup d’efforts et de ratés, des disputes, des malentendus, etc. Une relation intime, c’est comme voir tous ses défauts au microscope. Alors, certes, une relation ou un foyer peut représenter un refuge du monde extérieur, mais ce n’est jamais que ça non plus (et/ou pas tout le temps).

10) L’amour romantique comme sentiment absolument irrationnel

Cela recoupe des choses que j’ai déjà mentionnées : au fond, dire que l’amour est irrationnel, c’est une façon commode de ne jamais le justifier ni le mettre en contexte, de ne jamais creuser ses causes, ses origines ou sa signification. C’est une façon de ne jamais se demander si le personnage qui évoque cet amour est effectivement aimable, ni d’ailleurs ce que signifie pour une personne d’être « aimable » — pour qui, dans quelle culture, etc.

Après toutes ces critiques, un peu de positif! Si vous cherchez à sortir des sentiers battus et à vous inspirer d’autres modèles, je vous conseille de lire de la romance. Beaucoup de gens s’imaginent que la romance recèle de nombreux clichés, mais, en réalité, il y a beaucoup plus de diversité et de profondeur en romance que dans la plupart des histoires d’amour des autres genres! Les auteur-e-s même les plus « littéraires » nous ressortent sans le savoir les clichés de romance les plus éculés dès qu’illes abordent le sujet de l’amour… Surtout, la romance nous offre une belle leçon sur la façon de renouveler de vieux schémas, de les recycler en quelque chose d’inattendu, d’imprévu. Parce que c’est vrai qu’il n’y a pas dix mille manières de tomber amoureux/-se… mais il y a, de toute évidence, dix mille manières de le raconter.


One Comment on “Histoires d’amour : 10 trucs qui m’énervent”

  1. iotop dit :

    Bon jour,
    Il est vrai, je n’aime pas les romances … et je n’ai j’aimais lu de ce genre de livre … suis peut-être un mec et les mecs ne lisent pas ce genre de littérature …
    Max-Louyis


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