Vivre de sa plume : bilan 3e trimestre

Le 22 janvier 2018, j’ai publié les premiers épisodes de mon premier roman (l’intégrale était uniquement disponible sur mon propre site Web dans un premier temps; je l’ai ajoutée le 15 février sur toutes les plateformes). Chaque trimestre, je fais le point sur les ventes, pour les comparer à mon objectif personnel de vivre un jour de ma plume. Vous pouvez lire mes bilans précédents ici et ici.

1) Ventes au 30 septembre

Le total de mes revenus issus du roman atteint 1387,18 €. Là-dessus, la vente de l’intégrale seule représente 1138,91 €. (Les chiffres sont en euros parce que mon distributeur est en France et me paie en euros.)

Le premier épisode (à découvrir gratuitement) a désormais été téléchargé 1987 fois, dont 761 fois sur l’iBookstore et 689 fois sur Amazon. J’ai vendu 201 exemplaires de l’intégrale, dont 142 sur Amazon, 24 chez Apple et, pour la première fois, un sur mon propre site (merci Jess!! :-)). En termes de proportions, les ventes Amazon ont davantage ralenti dans ce dernier trimestre que celles de l’iBookstore.

L’épisode 2 enregistre un total de 121 ventes, dont 68 via Amazon et 34 via l’iBookstore. À compter de l’année 2019, j’ai décidé de retirer les épisodes individuels 3 à 11 de la vente. Ils seront remplacés par trois compilations de trois épisodes chacune.

2) Analyse et réflexion

Déjà, vous me permettez : 200 ventes pour mon roman? Youhou!!! Ça ne représente rien en soi, on n’arrive pas encore à l’équivalent du salaire horaire minimum, mais c’est rond et ça claque quand même pas mal… Enfin, 200, quoi! Merci.

À part ça, comment se fait-il que plus de téléchargements du premier épisode chez Apple correspondent à moins de ventes finales, par rapport à Amazon? Est-ce qu’on peut émettre l’hypothèse selon laquelle le taux de conversion est plus fort chez Amazon (plus de 20 %) que chez ses concurrents (à peine plus de 3 % chez Apple)? C’est-à-dire que les acheteurs/-ses Amazon seraient plus susceptibles de passer à l’achat après avoir été appâté-e-s, ou avoir manifesté de l’intérêt. Si c’est le cas, c’est un point de plus pour la multinationale de Jeff Bezos…

À titre de comparaison, le troisième revendeur chez qui le premier épisode compte le plus de téléchargements est Leclerc, avec 102 — au niveau des ventes de l’intégrale, on est à 4 (3,9 %). Chez Bookeen, avec 90 téléchargements pour 6 ventes, on obtient un taux de 6,6 %. Cultura, 60 pour 2, on retombe dans les 3 %. Google Play est l’autre plaisante exception : avec des chiffres de 37 et 6, on culmine à 16 % (en même temps, l’échantillon est faible, donc à prendre avec des pincettes).

Bref, il semblerait qu’Amazon jouisse de deux arguments de poids pour des auteur-e-s comme moi : non seulement il occupe une grosse part du marché des livres numériques, mais les personnes qui utilisent le site achètent pour vrai. Ce ne sont pas des freeriders ou freeloaders, uniquement à l’affût de l’ebook gratuit ou de la bonne promo. (Je n’ai encore fait aucune baisse de prix depuis la mise en vente de mon roman.)

Au stade où nous en sommes, ce n’est plus seulement Amazon lui-même qui crée son propre succès, mais les gens qui le choisissent. Et la question, c’est : quel contrepoids propose-t-on? Quel soutien sonnant et trébuchant offre-t-on aux écrivain-e-s pour les convaincre qu’Amazon (et surtout l’exclusivité Amazon, via KDP Select) n’est ni la seule ni la meilleure solution?

Je me suis engagée cette année à acheter environ un livre autoédité par mois (ce qui n’est sans doute pas assez, mais je lis peu ces temps-ci), et la moitié d’entre eux n’est d’ores et déjà disponible que sur Amazon. La bataille est-elle déjà perdue? (Pourtant, je m’obstine, trimestre après trimestre.) Les dés sont-ils pipés, parce qu’on ne peut pas espérer gagner sur le terrain financier avec des bons sentiments? (Ça s’appelle aussi « la limite de la gauche réfo ».)

3) Promotion

De mon côté, la nouveauté de ce dernier trimestre, c’est que j’ai décidé de promouvoir mon livre… en tout cas, d’utiliser des outils que j’associe à la promotion. Ainsi, je me suis créé une page Facebook et un compte Wattpad (vous pouvez même me suivre sur Instagram, que j’utilise pour l’instant surtout comme retoucheur de photos pour Facebook — tout ce que je publie sur Insta est aussi partagé sur ma page). Pourquoi ce changement de cap?

En réalité, j’essaie de rester fidèle à ma ligne « antipromotionnelle », dans le sens où je ne considère pas cette présence en ligne comme autant de moyens de vendre mon livre. L’instant où je me laisserai aller à espérer que mes abonné-e-s passent à la caisse, je sais que je me prendrai un mur violent dans la face… Ces pages et comptes ont un tout autre but : communiquer sur mon activité. Je le fais déjà ici, mais d’une manière toujours assez abstraite, théorique, voire anonyme. Forcément, c’est plus confortable. On ne se mouille pas. On n’offre pas son travail au regard et donc à la critique de ses interlocuteur-ices.

Au fond, je me suis rendu compte qu’une partie de mes positions contre la promotion n’avaient rien de rationnel, et relevaient au contraire de mes propres appréhensions et travers. Ne pas se livrer, ne pas donner de sa personne, ne rien laisser dépasser qui me mettrait en péril, ou que quelqu’un pourrait utiliser contre moi. J’ai toujours vécu d’une façon assez autarcique (dans le genre I Am Rock, de Simon & Garfunkel, vous voyez?), sans forcément m’en rendre compte, parce que j’ai aussi une tendance contradictoire à l’oversharing

Or, que vaut la vie si on ne prend pas de risque, si on ne se rend jamais vulnérable? Ça fait quelque temps que je constate mon incapacité à réunir une communauté autour de moi, et je croyais m’y être résignée. Comme on se connaît mal, hein? Moi, me résigner à quoi que ce soit? Laissez-moi rire! Surtout, j’ai soudain compris que, si j’avais du mal à m’entourer, à créer des liens, cela venait sans doute d’abord de moi et de ma difficulté à donner aux autres — à donner vraiment, sans peur de ce qu’illes penseront, sans ce besoin panique de réciprocité sans laquelle j’ai l’impression de valoir moins que rien…

Pour résumer, l’autopromotion comme thérapie? Apprendre à parler de soi, apprendre à parler aux autres, non parce qu’il le faut ou parce que j’en verrai les retombées en argent ou en célébrité, mais parce qu’à quoi bon écrire si on n’arrive pas à être humaine? Je me suis longtemps raccrochée à ce rêve d’écrire et de publier pour échapper à la vie réelle, mais la vérité, c’est que les livres n’ont aucun sens pour moi s’ils ne parlent pas de la vie, s’ils ne m’aident pas à retourner à la vie… J’ai besoin de cette dialectique.

À quoi bon Proust, à quoi bon savoir ce que faisaient et pensaient des humains si on ne vivait plus avec eux?

— Albert Cohen, Belle du Seigneur



Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s