Un bilan? Un renouveau? Une pause? Je ne sais pas… une mise à jour

Un jour après avoir publié mon dernier billet, quelques semaines après avoir repris la résolution de publier un billet de blogue par mois, j’ai soudain été frappée par la nécessité d’arrêter de bloguer. Du moins, comme je le fais à présent. Je pourrais continuer, mais cela n’aurait pour moi plus de sens. Soudain, ce blogue n’a plus de sens.

Bien sûr qu’il en a eu. Ces billets, j’avais envie et même besoin de les écrire, pour la plupart. Mais je réalise que, comme tout ce sur quoi je travaille depuis plus d’un an, il s’agit d’une production essentiellement nombriliste, qui correspond à un besoin personnel, de mettre ces choses-là par écrit, et certainement pas à un besoin du monde de lire tout ce que je raconte. D’ailleurs, j’ai toujours affirmé que rendre ce blogue (et mon site d’auteure) aussi peu attractif que possible était une manière de me cacher. Un design minimaliste, pas d’images, des murs de mots…

La dernière personne qui a commenté a dit que mon article était « tarabiscoté ». Et je pense que c’est vrai. En fait, il y a deux semaines, j’ai relu certains de mes anciens articles avant de les partager, et je me suis trouvée presque illisible. La plupart de mes articles, et surtout les plus intéressants, sont à mon avis pénibles à lire. Ce sont des choses que j’ai écrites pour moi et non pour les autres. J’ai fait semblant que c’était pour les autres, j’ai mis des liens ici et là — allez voir à vos risques et périls —, mais rien au fond n’est rédigé d’une façon engageante, et encore moins pédagogique. Encore une fois, je suis la personne froide et hostile qui s’étonne que les gens n’aillent pas vers elle.

Ça me chagrine, parce que je pense honnêtement qu’il y a pas mal de bonnes idées dans tout ce fatras (même s’il y a aussi pas mal de déchets et de trucs dépassés, parce que la pensée évolue; c’est l’autre problème du blogue), mais ce n’est pas du prêt-à-l’emploi, loin s’en faut. Que peuvent faire les gens de ce que je raconte? Même pour moi, ce n’est pas clair.

J’ai peut-être lu trop d’articles sur le marketing… En même temps, je ne dis pas qu’il faut « dumb down » le contenu, ni même le rendre superficiellement attractif par des artifices ridicules et hypocrites. Seulement, nous sommes sur le Web en 2018, et je me pose la question de ce que j’essaie d’accomplir. Pas juste ici, d’ailleurs, mais dans la vie. Si je m’ennuyais, passe encore, mais ce blogue me prend beaucoup de temps, matériel et mental, et ce n’est plus vraiment le fait qu’il ne soit pas rentable qui me gêne, comme en juin, mais le fait qu’il soit inutile.

Voilà : j’ai l’impression de posséder la matière pour écrire quelque chose de bon, et de m’obstiner pourtant à écrire des trucs très médiocres, des trucs que j’ai de moins en moins envie que les gens lisent. (Et malgré tout vous êtes une centaine d’abonné-e-s à ce blogue, je ne vous comprends pas.)

Bien sûr tout cela s’inscrit aussi dans la révision de ma présence sur le Web; je vois que si j’assume le fait d’avoir une image un minimum professionnelle et, oserai-je le dire, sympathique, cela s’accorde de moins en moins avec l’idée de continuer à déverser mes logorrhées obscures dans des lieux repoussants (ou vice versa). Il est possible que je sois juste en train d’envisager d’optimiser ma production pour la rendre plus commercialisable; le problème est que nous vivons dans une drôle d’époque, où nous commercialisons les relations et les sentiments humains. (Un livre comme The Art of Asking, d’Amanda Palmer, représente pour moi la quintessence de ce phénomène).

Ça me dégoûte et en même temps ça m’attire, parce que refuser le mode de socialisation actuel, c’est renoncer à la socialisation, et puis une partie de moi est amorale et veut juste jouer le jeu. Est-ce qu’il y a un jeu bon, est-ce qu’il y a un jeu mauvais? Depuis quel sommet, depuis quel précipice juge-t-on ce qui advient? Finalement, pourquoi est-ce que je trouve ça dégoûtant? Les relations et les sentiments humains, si ce n’est pas le marché qui les gère, c’est un autre principe social; la survie du groupe, peut-être… J’avais commencé à écrire un billet là-dessus, sur le nihilisme de notre époque qui vient de ce que nous avons abandonné la reproduction du social comme fin du social. Notre propre mort comme seul horizon; après nous le néant.

C’est une idée intéressante, mais je n’arrive pas à écrire quelque chose de bien. Or, si j’avais cela comme but : écrire quelque chose de bien sur ce sujet, voilà qui aurait du sens. Il faudrait que je détermine le public, le format, la voie de publication, et il n’est pas sûr que ce blogue serait le plus approprié.

En somme, ce blogue est coincé dans un entre-deux qui ne correspond plus à rien (mais mon site d’auteure est dans le même cas, je vais le refaire entièrement, je crois). Trop visible, trop formel pour que j’ose y publier ou y laisser n’importe quoi — des brouillons, des sales trucs mal dégrossis; mais aussi trop peu accessible, trop hostile pour mettre efficacement en valeur quelque chose qui vaudrait réellement la peine d’être lu (et compris, et partagé, etc.). J’y mets à la fois trop et trop peu de travail; trop pour que j’échappe à la question de ce que ce blogue apporte, objectivement, au monde, mais trop peu pour relever le moindre pari, pour avoir réellement du fond. J’ai des ambitions, des prétentions mêmes, mais derrière, dans les faits, je torche. C’est un peu mon problème éternel.

Tous les gens qui parlent d’échéances pour se forcer à faire le boulot, non, je ne vous suis pas. J’aime mieux prendre mon temps que bâcler et regretter (ou voir simplement sombrer dans l’oubli un résultat sans intérêt); et ce n’est pas par paresse, non, que j’évite de faire ce que j’aime. Je ne veux plus d’échéances. D’ailleurs, je réalise en écrivant cela que je regrette déjà d’avoir organisé un concours, pas pour le concours en soi, mais parce qu’il m’oblige à tenir des temps et des délais et je n’en ai pas envie, moi qui me remettais finalement à écrire mon fichu roman, voilà que je vais devoir m’arrêter de nouveau pour m’occuper de ça.

Donc, non. Je ne vous parlerai plus du futur, ce sera la surprise.

Je réfléchis encore à ce que j’aimerais faire de ce blogue. Une idée : publier des articles en forme de dialogues avec d’autres écrivains, sur des sujets… n’importe quels sujets, mais un seul sujet à chaque fois. Il y a trop d’écho sur cette estrade.


6 commentaires on “Un bilan? Un renouveau? Une pause? Je ne sais pas… une mise à jour”

  1. Etienne Bar dit :

    Je ne vous connais qu’épistolairement, mais j’ai beaucoup, beaucoup de mal à voir en vous une personne « froide et hostile ».
    Cela dit, il est vrai que certains post récents étaient un peu hermétiques…

    • Jeanne dit :

      Merci, Etienne! C’est vrai que ça paraît négatif, dit comme ça; je veux dire que je donne parfois une apparence de sérieux exacerbé, voire de snobisme, enfin je ne sais pas… C’est ce qu’on m’a dit. Je constate aussi que ce que je dis a du mal à toucher les gens, alors que si une autre personne que moi dit en substance la même chose, ça marche en général beaucoup mieux. Donc c’est une question de présentation, d’attitude. 😉

  2. Alors, j’aime bien ton blog, mais c’est vrai que tes billets entrent facilement dans la catégorie TL;DR (murs de texte, sujets complexes, typo très plan-plan, etc).

    Après, c’est difficile de te dire comment écrire. D’une part parce que je pense que tu le sais mieux que moi et qu’ensuite parce que c’est ton blog, ce qui implique un grosse part de goûts personnels.

    Quoi que tu fasses, bon courage pour la suite!

    • Jeanne dit :

      Oui, et je me rends compte que c’était voulu (ou du moins assumé), et que je ne le veux plus. Je crois que je vais essayer de trier mes différents projets et de leur donner l’attention qu’ils méritent, plutôt que d’en laisser sur ce blogue des bouts inachevés, tout emmêlés les uns aux autres.

  3. P'tite Hildly dit :

    Eh bien moi, j’aime bien tes articles. Je ne prétends pas y avoir tout tout tout compris, je ne suis dans la tête de personne à part la mienne (hélas ?), mais ce que j’aime trouver ici, c’est ce discours, cette façon de partir dans des digressions (que j’arrive à suivre ?), parce que… Parce qu’on sent tout de suite qu’il y a quelqu’un derrière ! Je ne vais pas dire que ce blogue pue la sueur et le sang, mais c’est vivant ! Ce n’est pas un site qui ressemble au énième copier-coller d’un article et machin qui a lu untel sur trucmuche.com et-google-pour-les-sources…
    Alors, ce n’est peut-être pas vraiment ouvert sur les lectrices et lecteurs, soit.
    Une réflexion « jetée » sur un clavier et partagée, parce que « pourquoi pas »? Yep, moi j’aime bien dans le principe. Si je ne suis pas d’accord avec ton avis, je traîne ailleurs et reviens plus tard… Après, je continuerai de vadrouiller en mode invisible ici, quoiqu’il advienne. Peut-être que la nouvelle version me plaira aussi, voir mieux. De tout façon, ce n’est pas mon blogue mais le tien^^
    Mais pour tout avouer, je suis venue ici pour la romance, je suis restée pour les articles.
    Voili, voilou.

    P.-S. : tenant moi-même un blog, absolument pas rentable, j’ai des petits indices sur le côté chronophage du projet, et j’ai déjà eu l’impression qu’il était vain. En lui changeant d’objectif, j’ai réussi à reprendre la rédaction d’articles, à rendre le truc moins chronophage, et les articles sortent même régulièrement. Bon, le nombre de lecteurs (pas ceux qu’ils cliquent dessus sans faire exprès) reste le même, mas comme je ne lui fais volontairement pas de pub, ça ne me surprend guère ^^ Donc, j’espère que tu restes positive sur le « renouveau ? pause ? mise à jour… » que peut prendre ce blogue.

    • Jeanne dit :

      Merci beaucoup, ça me fait bien plaisir de lire ça! 🙂 Je crois que j’ai surtout un besoin de faire le tri, de comprendre à qui je m’adresse et de quelle façon je peux faire passer le message de façon optimale. En même temps, j’aime bien aussi partir dans des digressions imprévues et personnelles… Mais, justement, ça pourrait être un concept en soi, qui n’est pas forcément adapté quand j’essaie d’avoir un discours plus construit, des arguments plus persuasifs. Le résultat sera peut-être que je vais développer plusieurs plateformes au lieu de tout livrer ici en vrac. Sur mon site d’auteure, je parlerai de mon écriture à moi, et je m’adresserai à un potentiel lectorat. Peut-être que je déménagerai les chroniques et les articles de « conseils » sur un site qui s’adresse explicitement aux auteurs (et/ou que j’en ferai un petit livre; c’est plus rentable!). J’aimerais bien aussi continuer à raconter ma vie (Souvenirs), mais il me semble que ça mériterait son propre support, son propre projet (une autobiographie? un projet de non-fiction?). Et ici… je ne sais pas encore, mais ça s’appelle quand même « Romanceville ». Donc se recentrer un peu sur la romance? Peut-être inviter d’autres auteures de romance pour discuter de différents aspects du genre? Enfin, donc, il y aurait potentiellement le journal en ligne… Ça fait beaucoup! LOL


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