Image(s), de Melanie De Coster

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Melanie De Coster est une autrice autoéditée que j’ai rencontrée via Twitter et le Camp NaNoWriMo. Elle me paraît très sympathique, et je n’ai que des encouragements à lui offrir pour sa carrière. Malheureusement, je n’ai pas aimé son livre… Je m’en excuse à l’avance, et je vais essayer de ne pas être trop méchante.

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Comme c’est de l’autoédition, j’aimerais d’abord dire un mot sur l’aspect technique du livre. C’est un de ces livres qui sont globalement très bien, mais. C’est-à-dire que, de prime abord, la couverture fonctionne, le texte est bien mis en page, l’orthotypographie est soignée. On voit qu’il y a eu du travail sérieux derrière. Mais ça reste du travail amateur.

Il y a une fantaisie graphique à l’intérieur du roman : certains passages, qui sont des notes personnelles ou des lettres, font l’objet d’une présentation visuelle différente. Cela rend peut-être très bien dans la version papier, mais, en numérique, l’utilisation d’images (plutôt qu’une simple variation de police et/ou de retrait) n’est pas vraiment heureuse, à mon avis.

Par ailleurs, il subsiste des fautes de grammaire assez gênantes, comme des subjonctifs fautifs après « après que », ou des formes de présent à la place de passés simples pour certains verbes du troisième groupe (« atteint » au lieu de « atteignit », « rejoint » au lieu de « rejoignit », etc.).

Enfin, j’aimerais signaler une erreur de classification du livre. La couverture elle-même nous vend du « young adult » (une sous-catégorie de la littérature jeunesse anglo-saxonne destinée en gros aux 12-18 ans — oui, c’est un faux ami, mais il veut mieux le savoir si on décide de l’utiliser…). Or, ce roman n’avait, à mon sens, rien de Young Adult, ni par ses thèmes ni par l’âge de ses personnages (tous deux adultes, vivant seuls, insérés dans la vie active ou sur le point de l’être).

Cela dit, tout ça ne sont que des détails à mon sens. C’est une illustration typique de la différence entre l’autoédition et l’édition traditionnelle, mais, en fin de compte, ce n’est qu’une différence formelle. Si j’avais adoré le roman, ça ne me l’aurait pas du tout gâché — il m’est arrivé de lire et d’apprécier des textes avec beaucoup plus de fautes et de problèmes que ça (pas souvent, mais… c’est arrivé!).

Hélas, je n’ai pas aimé le roman. J’ai le sentiment d’être passée complètement à côté, de ne l’avoir pas compris. Bien sûr, j’ai compris ce qui se passait; j’ai bien suivi tout l’enchaînement des péripéties. À ce propos, d’ailleurs, je dois reconnaître à l’autrice qu’elle écrit d’une façon tout à fait correcte et agréable. Au niveau de la syntaxe, de la musicalité, de la clarté des phrases, je perçois très bien son potentiel; je crois qu’elle a tout à fait la capacité d’écrire de bons livres.

Ce qui a péché, pour moi, c’est plutôt tout ce qui se situe en-deçà de la forme même. L’intelligibilité profonde des évènements, la logique qui les dirigeait. De mémoire, il y a deux passages que j’ai bien aimés, où l’autrice est parvenue à me faire éprouver une certaine angoisse (ça aussi, c’était chouette, et ça me laisse penser que l’autrice a un talent caché). Mais ce n’étaient que des tranches isolées au milieu d’une intrigue globale qui n’a jamais réussi à prendre son sens pour moi.

Aucun des personnages ne m’a paru réel; leurs réactions semblaient souvent sortir d’un chapeau de magicien, plutôt que d’une émotion ou d’une intention que je pouvais imaginer ou identifier dans le texte. Par conséquent, je suis restée en retrait, spectatrice perplexe de ce qui se déroulait, plutôt qu’investie dedans. Et j’ai souvent eu envie d’abandonner ma lecture…

Il est possible que le choix de la narration omnisciente n’ait pas aidé. Personnellement, je décourage fortement les auteurs de genre à utiliser le narrateur omniscient; c’est un narrateur qui, par définition, instaure une distance entre la lectrice et l’action. Ça se prête bien à la satire sociale et aux visées moralistes, et pas du tout à l’identification avec les personnages ou à la transmission d’émotions sans filtre.

En même temps, c’est un autre aspect qui m’a laissée dubitative : je n’ai pas compris ce que ce récit voulait être. On nous dit que c’est un thriller (quoique en gros, pas très thrilling), mais, depuis le début, il y a aussi une distance assumée qui est une forme de légèreté, un regard surplombant sur l’héroïne qui dédramatise constamment ce qu’elle vit. C’est vraiment bizarre.

Vers la fin, je trouve qu’il y a un virage; on tombe tout à coup dans la parodie franche. Mais, comme on n’y était pas réellement jusqu’alors, ou qu’on était pas sûre, c’est plus déstabilisant qu’autre chose. Ça aurait pu être intéressant, et même très : une sorte de thriller parodique exploitant à fond le second degré… Le problème, c’est qu’après l’avoir fini, je ne sais toujours pas si c’était fait exprès ou jusqu’à quel point, parce que le ton était très inégal et que ce n’était pas drôle non plus (juste trop n’importe quoi pour être sérieux).

Évidemment, il y a aussi un mystère qui se résout à la fin. L’explication m’a plus ou moins convaincue; ça n’aidait pas tellement à comprendre la situation initiale ni certaines actions du début du livre. Mais je reconnais que c’est sans doute la partie la plus difficile dans l’écriture d’un roman policier ou thriller; si le reste avait fonctionné, j’aurais mieux accepté une fin approximative ou sans feux d’artifice.