Pêle-mêle du dimanche

Ça fait un moment que j’ai envie de publier un petit récapitulatif de choses diverses et variées, mais… le temps me manque!

Enfin, je peux vous parler de Planet Earth II et Blue Planet II, les dernières saisons en date d’une série de documentaires d’histoire naturelle de la BBC, présentés par David Attenborough (aka l’idole de jeunesse de mon conjoint). Ce sont des films époustouflants, avec des images magnifiques, des histoires incroyables, et un montage qui ne nous permet pas de nous ennuyer une seule seconde… Que vous aimiez spécialement ou non les animaux et la nature, l’intérêt de ces documentaires va pour moi au-delà; pour nous autres créatives et créatifs, c’est aussi une leçon d’humilité, un rappel formidablement inspirant de la créativité infinie du réel, que l’on oublie parfois depuis le contexte étroit de nos villes modernes.

Je sais que je peux être tannante, avec mon refrain sur le réalisme en fiction, le fait que « l’évasion » et le fantasme ne m’intéressent pas et que rien n’est plus beau et plus fou que la réalité… Cependant, ces films sont le meilleur argument en faveur de ma thèse! Une démonstration en règle que le réel est, bien souvent, plus étrange que la fiction.

Ainsi, dans l’épisode The Deep de Blue Planet II, on découvre un poisson à la tête transparente — ce qui lui permet d’avoir une vision sans angle mort. Pratique, y a pas à dire! Nous faisons aussi la connaissance d’une autre espèce de poisson, dont certaines des femelles les plus grosses peuvent se transformer en mâles. Elle va se mettre à l’abri d’une cavité, ses hormones changent de femelle à mâle, et puis il en ressort, prêt à défier le mâle dominant pour le contrôle du groupe!

Et mon préféré : le lac tout au fond de l’océan. Oui, vous avez bien lu! Un lac salin qui, en raison de sa plus grande densité, reste séparé du reste de la mer. Des moules géantes hérissent ses rivages, et quelques cadavres d’infortunés flottent à la surface… En effet, si quelques animaux téméraires s’y aventurent parfois en quête de nourriture, attention! Son eau est tellement salée qu’y rester une seconde de trop peut donner des convulsions à l’audacieux, jusqu’à l’empêcher d’en réchapper. Enfin, dans le dernier épisode, on a une seiche mâle qui va profiter de sa petite taille pour se déguiser en femelle, et réussir grâce à ce subterfuge à s’accoupler avec la vraie femelle au nez et à la barbe du gros mâle dominant! C’est digne d’un vaudeville, vous ne trouvez pas?

J’ai vu Planet Earth II il y a plus longtemps, mais je me rappelle deux épisodes différents qui montraient un groupe de lionnes en chasse, et… Waouh! C’est la parfaite description visuelle de badass! (On en voit des extraits dans la bande-annonce ci-dessus; aussi, le combat des aigles, les singes qui font du parkour dans les villes d’Inde… inoubliable!) Et c’est cela, au fond, qui m’a le plus frappée, en tant qu’écrivaine : avec quelle facilité et quelle intensité toutes ces scènes issues du réel suscitaient en moi les émotions que tant d’œuvres de fiction peinent à évoquer…

Sur un autre sujet, j’ai fait l’acquisition le mois dernier de Tueurs d’anges, un roman autoédité de Rozenn Illiano. Je n’ai pas encore commencé ma lecture, parce que j’ai beaucoup de mal à lire lorsque j’écris en parallèle… Mais ça me donne une raison de plus de me remettre au jiu-jitsu : avoir du temps pour lire dans les transports (même si j’ai aussi l’habitude de prendre ce temps pour travailler mes scènes à l’avance…).

Sinon, j’ai également découvert les écrits d’Erwin Doe avec le début de la série Un long voyage, que j’ai vraiment bien aimé. Ses textes sont en lecture libre. Et je n’ai pas encore décidé quel-le auteur-e indépendant-e je vais acheter pour le mois de mars…

Enfin, quelques liens vers des articles qui m’ont intéressée et touchée : tout d’abord, Nous méritons tous nos propres histoires d’amour : Plaidoyer pour un héros banal, de Jo Ann von Haff. Je songe à en reparler dans un prochain billet, consacré à la création de personnages « attachants ». Deuxièmement, si vous lisez l’anglais, Courtney Milan on Feminism and the Romance Novel est une interview de l’auteure, assez courte, et que je peux appuyer presque en tous points. Il y a quelque chose qu’elle dit en particulier, que je n’avais jamais pensé en ces termes, jusqu’à ce que je relise mon dernier manuscrit de romance… et je ne peux désormais qu’abonder dans son sens :

I don’t actually try and make people sexy to the reader. I try to make them sexy to each other and to put you enough in the point of view of the character involved that you can feel that attraction.

Je crois que j’apprends de mieux en mieux à me séparer de mes personnages et de ma fiction. Au départ, je voyais beaucoup mes héros comme tous les hommes avec qui j’aurais pu être, mais, plus je les creuse, et plus je fais un effort de diversité, plus je réalise que non, au fond, je n’aimerais pas forcément être avec des hommes comme ça pour de vrai… mais mes héroïnes, si — et c’est bien la seule chose qui compte!


Pêle-mêle du dimanche

Je suis très fière de vous annoncer la publication, ce dernier lundi, d’un article que ma sœur et moi avons mis près de deux mois à écrire : Reassessing the ‘Digital Commons’. Part I — Sustainability and Funding. J’ai appris énormément sur les communs à cette ocassion, sans pour autant abandonner les idées que j’ai déjà défendues dans ce blogue même (voir Les droits culturels, une nouvelle façon d’envisager la création). Et si vous ne lisez pas l’anglais, je compte développer dans de prochains billets quelques aspects qui m’ont marquée lors de mes recherches sur la question.

Sinon, je pars en vacances — encore! Je sais; on ne peut décidément pas travailler tranquille… C’est le prix à payer lorsqu’on a de la famille qui vit à l’autre bout de la planète! Cela dit, je compte maintenir le rythme de publication d’un nouvel article par semaine, et je vous rappelle que les « pêle mêle » de ce genre ne comptent pas.

Côté lecture, je traverse une sorte de panne depuis plus d’un an, en partie due à la reprise de l’écriture. Je trouve difficile de beaucoup lire lorsque j’écris, car mes projets ont tendance à monopoliser mon cerveau, même durant mon « temps libre ». Je vais cependant tenter de profiter de cette coupure relative pour me replonger dans les livres des autres. En particulier, j’ai décidé cette année d’acheter au moins un livre autoédité par mois. On commence donc avec Le Déni du Maître-Sève, le premier tome d’une trilogie fantasy de Stéphane Arnier, donc j’ai récemment découvert le blogue — qui soulève plein de questions intéressantes, si vous êtes auteur-e et que vous aimez réfléchir à votre art!

Et vous, que lisez-vous en ce début d’année?


2018, communauté, activisme et sociofinancement

En 2018, si Dieu le veut, je pourrai enfin faire de l’écriture mon activité principale. Et, si j’y passais tout mon temps disponible, j’ai calculé que je pourrais écrire et publier 4 romans par an (du moins, en théorie…). Sauf qu’à 30 ans, je commence finalement à me connaître, et je sais pertinemment que je ne supporterai pas de me tenir à un régime réduit à de la productivité pure… Le problème, c’est que je n’arrive pas à avoir des œillères, à faire abstraction, à compartimenter mon esprit — ou alors, pas pour longtemps. Je ne peux pas prétendre défendre des valeurs de justice et d’humanité à l’intérieur de mes romans et, à côté, en parallèle, embrasser sans réserve l’inhumanité et l’injustice qui caractérisent le mode de fonctionnement dominant de la société, que ce soit à travers les « industries culturelles » ou les « réseaux sociaux », ou encore la « propriété intellectuelle »…

En réalité, je l’ai fait — pendant 5 ans avec ma maison d’édition. Un témoignage de ma bonne foi, j’espère; une preuve formelle que je ne rejette pas cela par simple posture gauchiste, par tradition ou préjugé, mais bien parce que j’ai essayé avec tout l’enthousiasme que j’avais et que l’atterrissage a été rude. Comme d’habitude, les personnes sont les seuls aspects à sauver dans ce naufrage, et c’est d’autant plus horripilant de songer qu’on est tou-te-s pris-es là-dedans, obéissant malgré nous à des logiques qui pourrissent le monde.

En d’autres termes, on n’écrit et on ne publie pas dans une bulle, ni dans l’éther. À quoi bon écrire des livres qui dégoulinent d’amour du prochain, de solidarité et de bons sentiments, si on s’en sert ensuite pour participer à — et, de là, légitimer, encourager — la concurrence sauvage du marché capitaliste? À quoi bon écrire des textes qui exaltent la liberté et la diversité, s’ils vont ensuite enrichir des corporations multinationales, renforçant leur mainmise sur nos vies et la standardisation universelle des goûts et des couleurs? Je n’ai pas de réponse, et encore moins de modèle à proposer. Nous sommes tou-te-s en partie prisonniers/-ères du système, et moi pas moins qu’un-e autre. Mais ça me travaille, c’est le moins qu’on puisse dire… Je suis aussi incapable de m’empêcher d’écrire, que d’accepter de publier dans le statu quo qu’on nous offre sans au moins chercher à changer les choses.

J’ai donc résolu de consacrer environ un jour de travail par semaine non à écrire ou à publier, mais à militer et à œuvrer dans la communauté. Par « la communauté », j’entends celle des personnes qui, comme moi, s’intéressent à la littérature et à son devenir, aux conditions dans lesquelles on peut écrire en 2018, à ce que signifie écrire en 2018. Parmi mes projets les mieux garantis, je me suis lancé le défi d’une sorte de Projet Bradbury version non-fiction : écrire et publier un billet de blogue par semaine pendant un an. Ces billets seront à l’image de ce que j’ai publié cette année, soit un ensemble éclectique de réflexions, retours d’expérience, opinions, « conseils » (ou plutôt témoignages) d’écriture, récits autobiographiques, etc.

J’ai également le projet de me lancer dans quelque chose de complètement nouveau : les ateliers en ligne. Cela me semble le prétexte idéal pour me forcer à synthétiser et à mettre en forme mes compétences de manière à pouvoir réellement et aisément les transmettre. J’ai prévu à priori une série de 8 ateliers distincts, répartis sur 12 mois :

  1. Préparation d’un roman (aussi valable pour les jardiniers/pantsers!)
  2. Écriture d’un roman
  3. Révisions à partir d’un premier jet
  4. Marketing et création d’une couverture
  5. Correction
  6. Création d’un livre numérique avec Sigil
  7. Mise en vente
  8. Création d’une offre papier

Mon but est qu’en suivant tous ces ateliers, vous puissiez partir complètement de zéro et réussir à publier un roman à la fin de l’année. Mais il est également possible de n’en suivre qu’un ou certains, selon votre intérêt et ce que vous percevez comme votre ou vos points faibles. Comme mon but premier est de disséminer des connaissances (qui ne sont ni ma création ni mon apanage), les ressources textuelles seront publiées sous licence libre. J’ai envisagé d’offrir les ateliers gratuitement ou à prix libre, mais, en fin de compte, je pense opter pour un tarif symbolique (15 € / 20 $, moitié prix pour tout atelier suivant), afin que l’inscription ait valeur d’engagement pour les participant-e-s.

Dès que j’aurai une première publication à mon nom (de plume), je compte aussi devenir membre de l’UNEQ et de l’AAM, au sein desquelles j’entends, d’une part, promouvoir l’autoédition et, d’autre part, diffuser une critique du droit d’auteur-e dans la perspective des Communs. Si je peux et que je m’en sens capable, ce sont également des sujets sur lesquels j’aimerais donner des présentations, des ateliers, etc., notamment en milieu anticapitaliste et libertaire.

Enfin, j’ai quelques projets plus collectifs dont je ne saurais promettre la réalisation, mais qui risquent de m’occuper un peu… Déjà, un lieu de rencontres sur la Toile entre artistes indépendant-e-s, qui reste encore à définir davantage (mais on a parlé de « vitrine », de « réseau », d’« annuaire », de « forum »…). Et, dans un genre encore plus ambitieux, une coop de distribution et de revente de livres numériques avec d’autres éditeurs/-trices indépendant-e-s (incluant les auteur-e-s autoédité-e-s).

J’ai du pain sur la planche et, honnêtement, on verra ce que ça va donner! C’est important pour moi qu’aucune de ces activités ne soit menée dans une démarche commerciale. Pour autant, cela signifie forcément que je ne pourrai écrire et vendre que 2 à 3 romans maximum dans l’année, pour une bête question technique de temps. Cela limite donc mes sources de revenus; et c’est pourquoi j’ai décidé de me lancer dans le sociofinancement! En réalité, je n’en espère pas grand-chose, et pour cause : je suis depuis longtemps très sceptique de ce mode de financement (j’écrirai peut-être un jour un billet pour expliquer pourquoi). Cependant, le concept de Liberapay ne comprend pas certains défauts, pour moi rédhibitoires, d’autres plateformes : c’est une OBNL qui ne prend aucune commission supplémentaire sur les dons, et il n’y a aucun système de récompense. (C’est aussi un projet libre, ce qui ne gâche rien…)

Sans plus attendre, voici le lien vers mon compte : https://liberapay.com/Jeanne. Si vous voulez m’encourager à réaliser tous ces projets, valider mon choix de ne pas me consacrer uniquement à des activités mercantiles, m’aider à ne pas dépendre entièrement du succès (fort hypothétique) de mes livres… vous pouvez désormais le faire à raison de quelques (centièmes d’)euros ou dollars par semaine. Ça peut paraître contradictoire de vouloir se faire payer pour des activités qui se veulent « non commerciales », mais voyez-le ainsi : ce n’est pas que je sois en soi anti-commerce; seulement, je ne veux pas avoir à vendre ces « services » comme des marchandises, à prospecter des clients ni à exclure des personnes qui, faute de moyens, ne pourraient pas payer. Malheureusement, en attendant qu’on abolisse l’argent et le travail, je dois bien justifier l’occupation de mes heures de travail… Alors, la question, finalement, est simplement : voulez-vous me donner les moyens de mener ces projets à bien? (Ou non… Vous avez le droit de trouver tout ça complètement nase et inutile!)

Dans tous les cas, ne vous inquiétez pas, je compte bien m’amuser… Et même si je devais me rabattre sur l’écriture à temps plein, je n’aurais pas de quoi me plaindre, j’imagine. Alors, quoi que l’année 2018 ait en réserve pour moi, je vous en souhaite une très belle et bonne!


Pêle-mêle du dimanche

La nouvelle de la semaine, c’est qu’on ne peut pas voyager à l’international, en avion, depuis le Canada, en tant que citoyen-ne canadien-ne, si son passeport expire moins de 3 mois après la date du voyage. Voilà. Je l’ai appris à mes dépens et à mes grands frais jeudi soir, quand on m’a interdit d’embarquer à l’aéroport… Je trouve ça assez absurde, arbitraire et exagéré, quand on a un billet de retour bien à l’intérieur de la période de validité (théorique) du passeport. Peut-être que j’aurais dû, après tout, apporter ma carte d’identité française (puisque je me rendais en France), preuve que je ne risquais pas de me retrouver illégalement en France (advenant que j’y sois bloquée et que mon passeport expire entretemps), si c’était là leur préoccupation…

Je me souviens aussi être allée au Japon en 2009 (depuis Londres) avec un passeport qui expirait au milieu de mon séjour — j’ai donc dû rentrer avec un passeport différent. Comme quoi, cette règle est soit très récente, soit spécifique à certains pays particulièrement parano… Bref, j’ai payé des sommes exorbitantes pour changer mon billet, l’incident est clos; j’ai juste hâte d’atteindre ma destination et d’être enfin en vacances.

Sur une note plus agréable, j’ai récemment dévoré une petite romance queer que je vous recommande à mon tour : Coffee Boy, d’Austin Chant. C’est un roman court, contemporain, sans prétention, mais ça se lit tout seul et ça remplit parfaitement l’objectif proposé.

“I guess I forgot that people can keep that to themselves. Sometimes even if something’s obvious it doesn’t mean you want to talk about it. Or have it brought up at work. Every day.”
To his credit, Seth looks less offended and more concerned. “I—hadn’t thought about it like that. I’m sorry if I—”
“It’s not you. It’s my situation.” He wishes he didn’t sound so mean, but he can’t help it. “I’m just trying to tell you where I’m coming from, because—” Kieran bites his lip. Why is he saying this to his most supportive employer ever? Why can’t he just shut up? “I get that I kind of overstepped and it was shitty of me, but that’s why I did. I didn’t want to be the only one who was out. I’m sorry for making you come out to me. I’m sorry.”

— Austin Chant, Coffee Boy

J’ai également acquis un certain nombre de titres en prévision de mes vacances (et de longs trajets en avion et en train) :

Viviane Faure, je la connais assez bien, puisque j’ai édité 3 de ses nouvelles chez Laska. Madeline est une nouvelle auteure qui vit dans le coin, et que j’ai rencontré une fois (j’aimerais bien me constituer un petit « réseau » d’auteur-e-s locaux/-ales, mais j’avoue que j’ai un peu de mal à donner suite; ça risque de prendre forme très graduellement). Aude Réco, c’est quelqu’un que je suis via son blogue et les réseaux sociaux; bien que dans des styles différents, je trouve qu’elle et moi avons des démarches un peu similaires, alors j’ai eu envie de m’intéresser plus à son travail d’auteure. Enfin, Peter Darling, c’est parce que j’ai beaucoup aimé Coffee Boy, et que le pitch avait l’air vraiment prometteur (réécriture de Peter Pan sous les traits d’un garçon trans qui, étant devenu adulte en tant que Wendy Darling, décide de retourner dans le Neverland…).


Pêle-mêle du dimanche

Je ne lis plus beaucoup depuis quelque temps, en partie parce que j’ai pris la résolution d’utiliser le maximum de mon temps libre pour écrire — y compris le temps libre que je passais auparavant à lire, donc. J’ai quand même réussi à terminer L’Œil du lapin en début de semaine. Il s’agit du récit autobiographique où Cavanna se penche à nouveau sur son enfance et son adolescence dans les années 20 et 30; mais, cette fois (par contraste avec Les Ritals), il accorde plus de pages et d’importance au portrait de sa mère, française originaire de la Nièvre. C’est toujours aussi bon; à la rigueur, ce sont les passages où il retranscrit les histoires de son père qui m’ont le moins touchée (c’est un peu drôle, mais c’est surtout n’importe quoi, très farfelu; pas mon genre).

Mes idées « anarchistes », jamais j’en parle à la maison, pour ne pas faire de peine, justement. Mais j’ai raison. C’est la raison qu’ils m’ont eux-mêmes mise dans la cervelle qui me démontre que j’ai raison, aussi vrai, aussi clair que le théorème de Pythagore. Pas de ma faute si eux ont la trouille d’aller jusqu’au bout de leur raison.

— François Cavanna, L’Œil du lapin

Sinon, vu que ça fait un moment que je n’ai pas fait de « pêle-mêle », j’ai accumulé pas mal de liens vers des articles dignes d’intérêt depuis la dernière fois…

D’abord, deux chroniques de romances sur Smart Bitches, Trashy Books où un détail problématique a gâché toute l’expérience de lecture des lectrices : Guest Review: The Perils of Pleasure by Julie Anne Long et Wedded Bliss by Celeste Bradley. Personnellement, je n’ai pas encore déterminé si je suis de l’avis des deux chroniqueuses, à savoir si une transgression de nos valeurs et de notre moralité actuelle peut invalider tout un roman (du moins un roman qui se veut historique), mais c’est assurément une problématique qui me travaille, depuis que j’avais lu (et aimé) une romance dont le héros était propriétaire d’esclaves (dans le cadre du sud des États-Unis pré-guerre civile). Quelle est la place de la moralité dans la littérature, et en particulier dans la romance? C’est un sujet que j’aimerais aborder un jour dans une série d’articles; je pense qu’il y aurait énormément de choses à dire à ce sujet.

Sur le même blogue, j’ai aussi beaucoup apprécié un billet qui dénonce certains des clichés persistants dont sont victimes les héroïnes universitaires, et notamment les scientifiques : Guest Rant: Academic Heroines in Romance.

Ensuite, vous aurez peut-être envie de découvrir les réactions plus que mitigées de personnes autistes devant la nouvelle série TV de Netflix, Atypical : #ActuallyAtypical: a Media Roundup of #ActuallyAutistic Thoughts on the Netflix Series Atypical. Enfin, Disability Erasure And The Apocalyptic Narrative évoque les travers capacitistes de la majorité des intrigues dans le genre post-apocalyptique de la SF. Ce n’est pas ce que j’écris actuellement, mais ça tombe quand même à point nommé pour me faire réfléchir sur le plan très capacitiste monté par mes personnages au moment où j’en suis (je m’en étais rendu compte, mais ça m’encourage à traiter le problème sérieusement et à le corriger, au minimum par des mentions explicites de cette limite).

Je vous laisse avec une photo que j’ai prise lors de nos petites vacances dans un parc national près d’ici :


Pêle-mêle du dimanche

Sur un coup de tête, je me suis lancée dans la lecture de The Art of Asking, d’Amanda Palmer, découvert sur le blogue de Stéphane Gallay et emprunté en numérique à la bibliothèque en deux clics. Je connais un peu Amanda Palmer de l’époque des Dresden Dolls, mais je n’ai pas suivi ce qu’elle a fait par la suite. J’admets que je partais avec un préjugé, étant donné que l’incident déclencheur de ce livre, c’est le succès de sa campagne Kickstarter en 2012, et que je suis à priori plutôt opposée au sociofinancement de projets artistiques. Cela dit, malgré le raisonnement et les arguments parfois faibles, je ne peux nier que ce livre inspire et invite à la réflexion.

Il n’y a pas de chapitres et les anecdotes partent un peu dans tous les sens, sans respecter nécessairement l’ordre réel des évènements. Néanmoins, elle suit quand même en filigrane une certaine chronologie; là, par exemple, j’en suis à la période « Dresden Dolls », et c’est peut-être pour ça que, soudain, ça me parle et me plaît davantage. L’esprit du groupe me fait un peu penser à ce que faisaient en leur temps les Libertines — le dernier de mes groupes préférés d’adolescence : les concerts impromptus chez eux ou chez des amis, le statut mi-célèbre, mi-confidentiel, le « cult following »…

Ça me renvoie à mes propres projets d’avenir, à la façon dont je veux les aborder et les mener, à l’empreinte aussi que Laska a laissée en moi. D’ordinaire, je vois les expériences négatives sous leur aspect positif, celui de la leçon, de l’erreur à ne plus commettre; mais je m’aperçois, en lisant Amanda Palmer et en éprouvant une certaine nostalgie d’une époque de ma jeunesse plus « bohème », que la leçon m’a peut-être aussi endurcie, fermée, rendue plus méfiante envers autrui. J’ai perdu une sorte de foi en l’univers.

Sinon, j’ai lu un article chouette cette semaine sur le réalisateur James Ivory, et en particulier sur son film Maurice, adapté d’E. M. Forster : James Ivory and the Making of a Historic Gay Love Story. J’ai vu plusieurs films d’Ivory, que j’ai toujours beaucoup aimés : A Room with a View, Howards End, The Bostonians, Maurice justement (je crois que j’ai compris pour la première fois en le visionnant pourquoi Hugh Grant est considéré comme quelqu’un de séduisant)…