La vie, c’est comme un match de foot

Juin 2004. Je passe mon bac en France, et je n’ai aucune idée de ce que je vais faire après.
J’étais dans la « meilleure terminale » du « meilleur lycée » de ma ville. Comprendre : la terminale S spé maths, dans un lycée avec des prépas scientifiques. On nous avait pas mal bourré le crâne; apparemment, en France, si t’es bonne en sciences, tu dois aller en prépa. Mes camarades voulaient devenir ingénieurs, ou faire HEC — pour avoir un boulot bien payé. C’est là que je me suis rendu compte que ces « bons élèves » étaient aussi, en majorité, des privilégiés. Qui ne concevaient pas la vie sans argent ni le confort qui va avec, qui s’imaginaient sans la moindre hésitation dans le genre de carrière que, sans doute, leurs parents avaient eue avant eux.
Moi aussi, à une certaine époque, j’ai eu cette tentation. Plutôt celle de la carrière brillante que du salaire, en fait. Prépa scientifique, puis tu tentes Normale Sup’. Mais, ensuite, il y a eu ma première… (Je vous en reparlerai peut-être à l’occasion.) Mes ambitions se sont écroulées. Et peut-être que ça m’arrangeait un peu, au fond. Je déteste faire ce qu’on me dit. Je ne crois pas que j’aurais survécu en prépa. D’une manière ou d’une autre, tôt ou tard, ça aurait pété.
Et donc, là, j’ai 17 ans. Mon but dans la vie, et je le répète à qui veut bien l’entendre, c’est de « faire ce qui me chante et qu’on me paie pour le faire ». Voilà. Mon rêve du moment, c’est par exemple d’aller à Londres et d’y vivre la vie de bohème. Mais, concrètement, qu’est-ce que j’y ferais? Où irais-je? Et avec quel argent? J’ai besoin d’un plan. Je songe à passer un an au pair. Ce n’est pas vraiment un projet d’avenir, mais ça me donnera le temps de réfléchir à la suite, et puis ce sera l’occasion de voyager, de changer d’air. En réalité, mon but immédiat, le plus pressant, c’est de me tirer de cette ville, où j’étouffe. Partir. N’importe où, mais partir.
J’obtiens mon bac avec mention bien — grosse déception, moi qui ai maintenu une moyenne au-dessus de 16 toute l’année. Je suis passée tout près, tout près, mais le français, l’histoire-géo et les SVT m’ont tuée. Je trouve un site Web où je peux déposer ma candidature de jeune fille au pair, mais, rien qu’en le faisant, je prévois que ça va être coton. Je ne suis même pas majeure et je n’ai aucune expérience avec les enfants.
Juin de cette année-là, c’est aussi « l’Euro 2004 » : le championnat d’Europe de football. Chez nous, on suit ça, et j’adore. En fait, c’est bien la seule chose à la TV qui vaille la peine d’être regardée, le sport. À quelques exceptions près, comme ces vieux films que je regarde avec ma mère — j’ai découvert récemment The Chase, d’Arthur Penn (1966), The Deer Hunter, de Michael Cimino (1978), et Yellow Submarine (1968), et mon top 3 est formé : ce seront mes « films préférés » pour les années à venir. En gros, tout ce qui passe à la TV a tendance à être de la m***e, sauf ça et le sport. Je ne suis même pas sportive dans la réalité, pas du tout. Mais regarder, c’est autre chose; c’est chouette, très chouette.
Il y en a qui trouvent ça beauf, paraît-il. Moi, ça me passionne, de la même façon exactement que ces romans dans lesquels je me plonge, qui me transcendent, qui me font me sentir plus grande que moi-même. Je vis par procuration les exploits des sportifs, l’enjeu de la victoire ou de la défaite. Alors, c’est vrai que tout cela, c’est artificiel, c’est fabriqué, ça suit des règles arbitraires. Mais n’est-ce pas toujours le cas, dans la vie? On suit tou-te-s des règles arbitraires. On invente des significations, on donne de l’importance à des choses qui, dans l’absolu, n’en ont pas. Il faut gagner de l’argent, avoir un bon boulot. Says who? À l’échelle de l’univers, cela n’a aucune importance. Ta vie n’a aucune importance.
L’autre truc que j’aime, dans le sport, c’est les étrangers et leurs noms pas français. Ce même été, je suivrai assidûment le Tour de France, et ça me donnera envie d’apprendre l’espagnol juste pour pouvoir prononcer correctement les noms des coureurs — c’est toujours plein d’Espagnols, le Tour de France; ils sont très forts en cyclisme.
J’aime aussi soutenir les underdogs; l’intrigue est plus intéressante, plus mouvementée que si tu suis quelqu’un qui part déjà du sommet. Dans l’Euro 2004, l’underdog que j’ai envie de soutenir, c’est l’équipe tchèque. On ne les avait pas vus venir et, pourtant, ils sont là, encore dans le coup alors que les Français sont éliminés depuis longtemps. Les commentateurs disent leurs noms, et je me demande si leur prononciation est correcte. Après tout, moi, vous me mettez un nom tchèque sous le nez, je ne saurais pas quoi en faire. Ils ont des petits signes rigolos sur certaines de leurs lettres, pas comme des accents, enfin comme des circonflexes à l’envers; ça doit avoir un sens, mais lequel? Ce mystère me turlupine.
C’est la demi-finale; les Tchèques jouent contre les Grecs (qui iront gagner l’Euro contre le Portugal). Et ils peinent. La défaite se profile. Je stresse. Je vais un instant dans la cuisine pour chercher ou rapporter quelque chose, et là, j’ai une épiphanie. Carrément. Une épiphanie dans la cuisine. Je m’agrippe à une chaise et je me retiens de crier, mais ça me foudroie. Le sens de la vie. J’ai tout compris. La vie, c’est comme un match de foot. Des fois, tu gagnes; des fois, tu perds. C’est le jeu; on ne peut gagner qu’à condition que d’autres perdent. C’est pourquoi l’important n’est pas là. L’important, c’est de jouer, c’est de donner son maximum, c’est de tout faire pour gagner, jusqu’au bout, même alors qu’on sait que la défaite est possible, voire probable.
J’adore ma métaphore, je la file, je la file à fond. La vie est comme un match de foot parce qu’elle n’a pas plus de sens qu’un match de foot. On est tou-te-s à courir après un ballon, avec nos petits buts à la con. N’empêche qu’on adore ça, qu’on y croit, que ça nous fait vibrer — c’est ça qu’on appelle la vie. Et moi, j’ai honte de n’y avoir pas cru. Je reste assise sur mon cul à regarder le sport à la TV, à attendre que le sort me tombe dessus. Au lieu de me bouger, de me démener pour l’avoir, cette place au pair — quitte à échouer quand même, au bout du compte. J’ai honte que les Tchèques aient eu le cœur d’aller jusqu’en demi-finale, et moi, j’ai même pas eu le cœur de vouloir l’acquérir, cette fameuse expérience en garde d’enfants qu’il me manque…
En fin de compte, c’est pour ça que j’aime le sport (et les romans). Ça m’inspire. Ça me donne le courage et la motivation de me dépasser, de surmonter les obstacles, de persévérer. Je ne suis pas sportive, mais je veux être comme eux, à ma manière.
Dès le lendemain, je rédige et pose des annonces où j’offre mes services de garde d’enfants. C’est la première fois que je fais ça, que je cherche un travail. Pendant l’année, j’ai donné des cours de maths à une fille de 13 ans, mais ce n’est pas moi qui l’avais trouvée; on m’avait donné cette opportunité. Je finis par me faire embaucher à 2 € de l’heure (!), pour garder un bébé de 3 mois d’un couple mixte et modeste qui vit dans le centre-ville, à l’orée du quartier gitan, au dernier étage d’un vieil immeuble, pittoresque dans sa misère. Leurs journées de travail sont longues; parfois, je passe 12 heures d’affilée avec ce bébé, jusqu’à la nuit tombée. Il dort beaucoup, alors, moi, j’allume la TV, parce que c’est les Jeux Olympiques à présent. Je regarde tout, même les programmes du matin, des sports dont j’ignorais tout, comme le canoë-kayak, où les centre-Européens (Tchèques, Slovaques, Polonais) sont assez présents.
C’est déjà le mois d’août et, même si j’ai finalement trouvé ce travail, j’ai fait face à l’idée que je n’aurais pas de place au pair à la rentrée. Le problème, c’est que ce n’est pas une candidature où ils t’envoient une réponse, positive ou négative, pour que tu puisses passer à autre chose, le cas échéant. Non, ils se contentent de te mettre dans leur liste pour les familles, et tu n’as des nouvelles que si quelqu’un te choisit. Et la perspective de me retrouver le bec dans l’eau en septembre, forcée de rester chez mes parents, n’est pas envisageable. Avec réticence, j’accepte la possibilité de m’inscrire à l’université.
À la base, je ne voulais pas. Déjà, trop peur que ça ne soit qu’une continuation de l’école — et l’école, j’ai déjà donné, merci; si je dois y retourner dans cent ans, ce sera encore trop tôt! L’Éducation Nationale m’a laissé un goût amer dans la bouche, très amer. J’en veux encore plus aux adultes qui m’ont malmenée qu’aux élèves qui m’ont rejetée, parce qu’eux au moins ont l’excuse d’être jeunes et cons — et je l’ai été moi-même; d’une certaine façon je les comprends, je ne leur jette pas la pierre. L’autre raison, c’est que je n’ai aucune idée de quoi y étudier, à l’université, et puis pour aller où, pour devenir quoi? Je trouve ça stupide, d’étudier sans but, d’étudier pour étudier, juste parce que tout le monde fait ça, parce qu’on ne sait pas quoi faire d’autre. Enfin, « tout le monde » — nous, les privilégiés, les éduqués, les classes moyennes, plutôt. Et ça m’agace encore plus. Cette reproduction sociale dont on a à peine conscience, cette norme pour nous alors qu’elle ne l’est pas pour d’autres…
Je ne veux pas profiter de mes privilèges*, je ne veux pas rentrer dans le moule, je ne veux pas faire plaisir à personne, surtout pas! Mais, au final, je suis faible, je n’ai que 17 ans, lâchez-moi… Je sais que, si je choisis l’université, mes parents me soutiendront, financièrement et moralement; ça résout quand même pas mal de mes problèmes, bien que je répugne à rester dépendante (au pair, j’aurais subvenu à tous mes besoins). Au moins, il me reste le choix de mes études; c’est là que passera ma rébellion, c’est là que je chercherai du sens. Hors de question de faire des études bien sages, bien sérieuses, bien comme il faut et comme tout le monde, comme ce qu’on attend de moi.
Alors, je choisis le tchèque. À cause de l’équipe tchèque de football, comme une sorte d’hommage. Il est là, mon sens. Ce n’est pas le sens d’un avenir professionnel, mais c’est un sens beaucoup plus grand, plus profond, plus important pour moi : c’est le sens de la vie. Le tchèque, pour ne jamais oublier que, dans la vie, on perd ou on gagne, mais l’important, c’est d’y mettre tout son cœur.
Sauf que je suis une froussarde. Je l’annonce comment, à mes parents? Je le justifie comment? Heureusement, mes parents sont assez ouverts — tant que je fais des études supérieures! —, et c’est ma sœur qui suggèrera les langues vivantes. Après tout, j’ai cartonné au bac là-dedans, et même si je n’ai jamais tellement aimé mes cours d’anglais ou d’allemand, j’ai eu une épiphanie (une autre! je les collectionne) lors d’un cours de grec ancien au sujet de la grammaire. Je sais qu’en tchèque, comme en grec ancien, ils ont des déclinaisons, et même 7 cas! (J’ai rencontré deux filles tchèques et des Russes l’été précédent; j’utilise ça aussi pour prétexter un intérêt nouveau pour les langues slaves.) Moi, nerd, j’en salive d’avance; à moi toute cette grammaire! Ça pourrait somme toute s’avérer très cool. J’ajoute l’argument que la République tchèque vient d’entrer dans l’Union Européenne, on ne sait jamais, possibilité d’emplois, tout ça, et ça passe comme une lettre à la poste.
Finalement, plus j’y pense, et plus l’idée me plaît. Étudier les langues, ça veut dire qu’il faudra aussi pratiquer, construire une expérience de terrain — en d’autres termes, voyager. Et on me donnera sûrement de l’argent pour ça; ça fait partie de mon apprentissage, après tout. Enfin, le tchèque ne s’étudie pas partout, loin de là; ça m’oblige à aller à Paris et c’est parfait, car c’est loin, très loin de la ville d’où je viens.
Les Jeux Olympiques sont finis, j’éteins la TV. Je garde toujours le bébé. Je me penche sur la bibliothèque de ses parents. Leurs étagères sont pleins de Zola; allez, pourquoi pas, j’avais bien aimé Germinal en seconde. Je trouve aussi Premier Amour, de Tourgueniev; ça me rappelle un numéro de Je Bouquine lu il y a très longtemps, au primaire. Ils mettaient en BD le début d’un classique, genre La Reine des Neiges, Le Mystère de la chambre jaune… Ça faisait souvent un peu peur, c’étaient des trucs d’adultes, mystérieux, fantastiques, secrets. Je m’enfile L’Œuvre, Une page d’amour, La Faute de l’abbé Mouret; L’Assommoir, non, je cale, ouf! Peut-être que ça commence à faire un peu trop de Zola… L’Œuvre était bien, même si ça vient remuer mes propres pensées suicidaires; les autres, je qualifierais pas ça de chefs-d’œuvre. Les bourgeois d’Une page d’amour surtout étaient chiants.
Je reçois les papiers d’inscription pour le tchèque. Ma sœur, qui compte préparer l’ENS en parallèle de son DEUG, se moque de moi quand elle voit que ma première année ne comporte que 10 heures de cours hebdomadaires. « Ajoute au moins une autre langue! — Bon, OK… Le slovaque, peut-être? J’ai pas envie de faire le double de travail non plus, en choisissant quelque chose de complètement différent. » Cependant, la Slovaquie, c’est encore plus petit que la République tchèque. Bizarrement, un sursaut d’utilitarisme me prend — ou alors, c’est un vieux fantasme enfoui lié à l’évocation de Varsovie —, et je finis par opter pour le polonais.
Voilà donc comment je me suis retrouvée à étudier le tchèque et le polonais à l’université.


* Je suis issue d’une famille un peu spéciale : très éduquée — ma mère a une maîtrise et mon père, un doctorat —, mais pas très aisée. Quand j’étais petite, on était carrément pauvres — je suis née le jour de l’examen doctoral de mon père, et on a dû vivre tous les quatre pendant des années sur un « salaire » de post-doc puis d’ATER…


Comment un site Web a fait de moi une fan

Cela fait des mois que je rumine cet article… Je sais parfaitement ce que je veux y écrire. En revanche, je ne m’attendais pas à le faire le cœur lourd… dans l’ombre d’une si triste actualité. C’est drôle — moi qui me croyais détachée… Je n’écoute presque plus Linkin Park depuis des années; je connais très mal leurs albums après Meteora. Aujourd’hui, je me sens triste et émue.

Avant Linkin Park, je ne m’étais jamais considérée comme « fan » de quoi ou de qui que ce soit. Je crois que je n’ai pas le genre de personnalité à devenir facilement fan. Je vis trop dans le vrai monde, avec les gens qui m’entourent réellement. Je peux admirer et m’intéresser à des célébrités, mais, au bout du compte, j’ai toujours un plus gros faible pour les personnes avec qui j’ai une relation véritable. Ce qui ne m’a pas empêchée, depuis que je suis petite, d’aimer des choses passionnément : des livres surtout; j’ai aussi eu ma période Titanic (en fait, étant donné que j’avais 11 ans, disons plutôt que j’ai embarqué dans la phase Titanic de ma mère!), puis ma période Le Seigneur des anneaux (suivant la sortie du premier film).

C’était début 2002, peu avant ma découverte de Linkin Park. J’ai poussé mes parents à acquérir un ordinateur et une connexion Internet avec l’intention cachée de pouvoir trouver sur le Web encore plus d’infos sur le film. Je lisais toutes les interviews d’Elijah Wood que je trouvais, et j’ai même passé des heures, ce printemps-là, à écrire dans ma tête une lettre interminable que je pourrais lui envoyer (évidemment, je ne l’ai pas fait : c’était une lettre en français!). Mais je ne sais pas si on pourrait dire que j’étais fan, car je n’en ai jamais parlé à personne.* Mes copines étaient plus du genre à soupirer après Legolas et Aragorn, et il y avait même une blague qui circulait au sujet de la supposée expression unique de Frodon, alors, bon, j’ai préféré garder tout ça pour moi.

Un jour, vers la fin de l’année scolaire, j’étais chez une copine — la même qui m’avait invitée au cinéma voir Le Seigneur des anneaux, un film que je n’aurais autrement jamais songé à voir. Elle était du genre à acheter beaucoup de musique, très éclectique; ça allait de Jenifer, de la Star Academy, à… eh bien, Linkin Park, en l’occurrence. Enfin, juste le single In The End. Je le connaissais déjà, je l’avais entendu dans le Euro Top 30 sur NRJ (à l’époque, je me cherchais encore musicalement; je naviguais entre pop rock et hip hop). C’était pas mal, mais je n’avais pas eu le coup de cœur…** En fait, j’avais du mal à comprendre ce mélange bizarre de rock et de rap, dont j’apprendrais plus tard qu’il était leur marque de fabrique, un élément typique du courant baptisé « nu metal », et la raison du titre de leur premier album, Hybrid Theory (originellement le nom du groupe, qu’ils ont dû changer pour des raisons de copyright).

Sauf qu’après, il y avait la B-side. C’était Step Up, une chanson qui date du groupe pré-Chester. Et Chester étant le chanteur qui chante (et gueule, à l’occasion), c’est donc un titre qui ressemble plus à du simple hip hop, avec Mike qui rappe tout du long. Ce n’est d’ailleurs pas une chanson si remarquable dans l’absolu… Mais ça en dit long sur mes goûts de l’époque, justement, que ce soit sur elle que j’ai flashé. (Toujours à côté de la plaque, moi!) Je me suis dit : « Ça, j’aime! » et j’ai voulu en savoir plus sur le groupe. Au supermarché, on avait ces bornes avec des casques audio, où on pouvait écouter le début de toutes les chansons en passant le code barre de l’album dans la machine. J’ai écouté Hybrid Theory et j’ai trouvé que ça en jetait. And the rest is history?

Pas tout à fait. J’étais excitée d’avoir découvert un nouveau groupe spécial, différent de ce que j’avais l’habitude d’entendre à la radio, mais je ne me considérais pas fan. Pas encore. C’était peut-être juste une phase qui allait passer, comme les autres, comme Le Seigneur des anneaux. Et puis j’ai vu l’adresse de leur site Web au dos du CD. Je suis allée y faire un tour. Et, dans un sens, je n’en suis jamais repartie. Ce site Web a changé ma vie, profondément. À l’époque, il était différent de ce qu’il est à présent; plus intime, plus personnel. Le groupe n’avait qu’un seul album à son actif. Il y avait un onglet « Trivia » avec des anecdotes et des infos personnelles sur les membres du groupe. Après avoir tout lu d’une traite, j’étais écroulée de rire et j’avais l’impression de les connaître.

Il y avait aussi un blogue de tournée, essentiellement alimenté par Mike. C’était un nouveau monde qui s’ouvrait à moi, un monde que j’avais complètement ignoré jusque-là : celui d’un groupe de rock sur la route — encore une fois, truffé de délires farfelus entre les membres. Mais je crois que c’était aussi le monde de jeunes Américains au début des années 2000… et cela ne me fascinait pas moins que le reste. Ce n’était pas juste le contenu, le sens des blagues et des remarques qui m’enthousiasmait, mais aussi les expressions, les vocables employés, jusqu’à la stylisation de l’écrit : à cette époque, Mike avait cette manie de n’utiliser aucune majuscule. Ni après les points, ni pour le fameux « I » anglais de la première personne. Moi, 15 ans, je n’avais jamais vu ça avant; je trouvais ça renversant et infiniment cool (mais pas au point de le copier, sinon ce n’est plus cool).

J’étais à des lieues alors de m’imaginer que j’étudierais un jour les langues vivantes, alors que, maintenant que je raconte tout ça, ça me semble évident. Rappel du contexte : c’est la fin de la seconde, et même si je commence à bien maîtriser l’anglais (entre Le Seigneur des anneaux et Linkin Park, j’ai eu ma période Jane Austen — Pride and Prejudice est le premier roman en anglais que j’ai terminé), je n’ai presque jamais d’occasion de le pratiquer, à l’oral ou à l’écrit. Mes références en anglais parlé se limitent aux vieux films américains et à Absolutely Fabulous, que ma mère regarde en VO à la télévision. Et là, d’un coup, je suis catapultée dans la réalité de la culture américaine d’aujourd’hui (d’une partie, en tout cas) et de l’anglais actuel à saveur Internet…

En plus, sur le site Web de Linkin Park, il y a autre chose encore, quelque chose que je vois pour la première fois : un message board (j’ai appris plus tard qu’en français, on appelait ça un « forum »). Là-dessus, il y a des milliers de gens du monde entier qui sont fans de Linkin Park et qui se parlent. J’explore un peu, et je suis immédiatement happée par ce tourbillon de nouveauté. Il faut que j’y retourne. Et encore. Et encore. Il faut que je m’y inscrive. Voilà, c’est fait : mai 2002. Je suis une « Linkin Park Newbie », c’est mon rang officiel, je découvre ce mot; quand j’aurai publié 100 messages, je serai promue au rang de Street Soldier, c’est trop cool, tout est cool (j’ai fini avec plus de 10 000 messages publiés et le rang le plus élevé; j’ai changé deux fois de nom, mais je n’ai jamais eu de custom rank). Là, c’est définitif, je suis fan — ne serait-ce que pour émuler tou-te-s ces autres fans rencontré-e-s sur le forum, que j’admire instantanément presque autant que le groupe.

Ce forum, plus connu sous ses initiales « LPMB », et en particulier ses Barracks (le sous-forum à thème libre), est le point de départ de tellement de choses pour moi… Déjà, ça m’a appris énormément d’anglais — pas l’anglais de Jane Austen ni même celui du cours d’anglais au lycée, mais des tas de trucs beaucoup plus chouettes et qu’on n’est pas censé dire en anglais bien correct, de « I’m good » en réponse au rituel « yo! what’s up? how r u? » (on ne l’écrivait pas toujours comme ça; il y avait plein d’orthographes possibles) au couple omniprésent « it rocks/it sucks » (alt spell. rox/sux, bien sûr) qui suffit à décrire absolument tout, en passant par des vulgarités comme « batshit insane », « to give a d*mn/f*ck/sh*t », « p*ssed off », « f*cked up », sans oublier les abréviations de l’Internet : roflmao, brb, ttyl, etc.

L’année dernière, alors que je lisais le livre de Gabriella Coleman, Anonymous — Hacker, activiste, faussaire, mouchard, lanceur d’alerte, je me suis rendu compte que tout ce que je connaissais de la culture du troll, je le devais au LPMB. Les Barracks étaient un lieu chaotique, un peu sans foi ni loi, malgré la présence de pas mal de modérateurs/-trices (dont certains se faisaient d’ailleurs troller et insulter comme les autres). Il y avait beaucoup de dramas en ligne — qui n’avaient plus rien à voir avec Linkin Park, pour le coup —, des affirmations, des disputes et des rumeurs dont il était difficile de déterminer la véracité. On avait des conversations privées dans tous les fils; personne ne nous obligeait à rester on topic. Chaque fil avait ses habitué-e-s. Par exemple, je débarquais dans SWOYM, Say What’s On Your Mind (on était arrivé à la version 50, parce que les fils étaient automatiquement fermés quand il atteignaient 2000 messages, ce qui pouvait arriver en quelques jours — il me semble que le record, c’était moins de 24 heures), et je savais que j’y trouverais Stu, le mec australien qui peignait, un fan de Björk et de Madonna (son pseudo était Material Girl).

Vers le début, j’ai fait la connaissance d’une fille avec qui on s’est échangé plein d’emails et même des lettres, une Néerlandaise qui jouait de la basse, fan de Metallica (il y avait plein de gens sur le LPMB qui aimaient Linkin Park, mais dont ce n’était pas le groupe préféré — j’ai rejoint leurs rangs après Meteora, qui m’a déçue, et lorsque j’ai découvert Placebo, puis les Libertines, fickle me). Je n’ai cependant rencontré qu’une seule personne IRL, une Allemande qui vivait en Bavière (une histoire que je vous conterai une autre fois). Parfois, tu lançais n’importe quel fil, et tes ami-e-s venaient le squatter pour papoter de tout et de rien. Il y avait un type qui se faisait fermer tous ses comptes pour non-respect des règles; il revenait à chaque fois sous un nouveau pseudonyme, et c’était à qui devinerait le ou la premier/-ère qu’il s’agissait bien de lui. Il avait sa petite légende sur le forum; moi, je l’aimais bien. Quelques années plus tard, on a chatté sur AIM. Il y en avait un autre, un Belge, un vrai troll, mais je l’aimais aussi; ce qu’il faisait était trop intelligent et absurde, c’était presque de l’art. (Il est mon ami sur Facebook, mais on n’est plus en contact.)

C’était le fun, mais, surtout, c’était la survie, la bouffée d’espoir alors que je sombrais dans la dépression, cette même année 2002. Peut-être, au fond, est-ce pour ça que je m’y suis tant accrochée et que j’y suis restée, même quand ma « phase Linkin Park » s’est estompée. Linkin Park, c’est la musique de mes 15 ans à plus d’un titre — pas seulement parce que c’est ce que j’aimais écouter durant cette période. Les paroles faisaient écho à ce que je ressentais, et parmi leurs fans, j’ai trouvé du monde à qui parler, du monde qui traversait des épreuves similaires et me comprenait. Du monde qui m’a inspirée d’écrire de la poésie — c’est très thérapeutique, je le conseille. Parce que le LPMB, c’était aussi le Lyricist Corner, où des écrivain-e-s, poètes-sses, paroliers/-ères et MC publiaient leurs œuvres. Je n’ai donc pas appris que des mots d’argot et d’ados sur ce forum; le dictionnaire français-anglais est vite devenu le compagnon habituel de ma présence en ligne.

Enfin, Linkin Park, ce fut aussi mon portail vers l’univers du rock, qui allait devenir une influence majeure dans ma vie. Mais c’est une histoire pour un autre jour…

NB Cet article n’est pas vraiment un hommage à Linkin Park, parce que ce n’était pas le but à la base. J’avais juste envie de raconter ma vie et d’analyser la façon dont une certaine forme de présence sur le Web peut créer un attachement fort et durable. Mais j’avoue que les circonstances dans lesquelles j’écris ceci ajoutent une forte dose de nostalgie à ces souvenirs, et me donnent une envie renouvelée de m’engager pour le bien-être de l’humanité, de créer et de connecter aujourd’hui et pas demain…


* Vous êtes les premiers/-ères! Super exclu!

** In The End reste une des chansons que j’aime le moins sur leur premier album, même si j’ai appris à l’apprécier dans le contexte de leur style singulier.


Comment je me suis mise à l’écriture

J’ai raconté la semaine dernière comment je me suis initialement intéressée à la romance pour des raisons purement mercenaires, soit avec l’espoir d’en écrire et d’y gagner de l’argent (voir Comment je me suis mise à la romance). Il y a des auteur-e-s que l’idée d’écrire pour le marché horrifie ou scandalise; pas moi — et je ne crois pas que cela soit dû à un défaut de sens moral, mais plutôt à la façon dont j’envisage l’écriture et mon rôle d’écrivaine. L’appel de l’écriture ne m’est pas venu du dedans, comme un besoin irrépressible d’expression qui aurait trouvé à sortir; l’appel est arrivé du dehors, comme un défi ou une invitation, une parole qui n’était d’abord pas la mienne et qui demandait une réplique — la mienne?

J’ai écrit dès que j’ai su écrire, vers 4, 5 ans (j’ai effectivement tenu mon premier journal à cet âge, en italien), mais ce n’étaient d’abord que des poèmes, plus rarement quelques histoires très courtes où je plagiais allègrement mes lectures préférées*. L’idée d’écrire une « vraie histoire », originale, comme celles qu’on trouvait dans les livres, ne m’est venue qu’à 9 ans.

C’était au début de l’année de CM2. Une de mes camarades, nouvelle dans notre école, a demandé à notre prof de « publier » un conte de fées qu’elle avait écrit l’année précédente dans le cadre d’une activité scolaire. Nous avons passé des mois à le relire, le corriger, le mettre en page, l’illustrer et l’imprimer. Une partie de moi trouvait le projet très chouette et avait contribué avec enthousiasme aux illustrations (j’étais à l’époque plus dessinatrice qu’écrivaine). Cependant, une autre partie enviait tout le flan qu’on faisait autour de ce texte, qui ne me semblait du reste pas si bon**. Une suite de clichés — j’étais sûre de pouvoir faire aussi bien, sinon mieux.

Je me suis donc lancée avec la première idée qui m’est passée par l’esprit. Bien sûr, j’ai vite abandonné. D’une part, j’avais une situation initiale, une situation finale, mais pas d’intrigue pour relier les deux. Je me suis arrêtée pour réfléchir, et puis je n’ai jamais continué. D’autre part, comme je l’ai dit, j’avais l’habitude des dessins et des poèmes, ces « œuvres » qu’on commence et achève en une seule séance, en quelques minutes à quelques heures. Le résultat comme la gratification sont immédiats ou presque. Trouver la motivation et la foi de poursuivre un même but sur des semaines, voire des mois, c’est autre chose. Et c’était trop pour moi.

Pendant l’année suivante, j’ai tenté une réécriture de ce projet, en le tapant cette fois directement à l’ordinateur. J’ai aussi commencé d’autres manuscrits dont j’ai vu les problèmes — et que j’ai par conséquent laissés tomber — presque immédiatement. À ce moment-là, ça ne m’inquiétait pas de ne rien finir; j’avais toujours de bonnes raisons. Quand on grandit, notre vision des choses évolue vite, on apprend et on découvre sans cesse, nos idées qu’on croyait géniales peuvent devenir obsolètes du jour au lendemain. Ce qui serait étonnant, ce serait de conserver la même approche et les mêmes ambitions d’une année sur l’autre. Après tout, l’année de ma sixième, c’est l’année où j’ai lu pour la première fois Théophile Gautier, Jules Vernes, Jack London, Paul Féval, Alexandre Dumas, Lucy Maud Montgomery…

J’avais donc commencé à écrire, à vouloir écrire, mais je ne pensais pas encore à impressionner qui que ce soit au-delà de mon entourage. Être à la place de ma camarade de CM2 me paraissait une gloire suffisante. La plupart de mes premiers projets sont d’ailleurs nés dans le but d’être offerts à mes amies, en hommage à nos jeux, à nos intérêts communs et aux livres qu’on se prêtait entre nous.

Mais l’année de mes 11 ans, c’est aussi celle où nous avons eu la télévision. Ma mère a entrepris de faire notre culture cinématographique et, à l’automne 1998, elle a emprunté au vidéoclub du coin un film intitulé en France Le Cercle des poètes disparus. Je n’ai qu’un vague souvenir de l’histoire, mais, sur le coup, ce visionnage m’a beaucoup marquée. Et ce, à deux niveaux : d’abord, il y avait le message du film, qui valorisait le désir artistique, et puis le film en lui-même, produit concret de ce même désir. C’est ce jour-là que s’est cristallisé en moi le désir d’écrire comme vocation, comme carrière — sur le moment, en fait, j’ai parlé de l’envie de « raconter des histoires » (le médium m’importait peu à l’époque : cinéma, littérature, bande dessinée… tout se valait à mes yeux).

Ce n’est pas le besoin d’exprimer une histoire ou une idée spécifique qui m’a donné envie d’écrire. C’est l’envie d’écrire qui est venue en premier, et la question de savoir quoi écrire a toujours été secondaire. Écrire, pour moi, c’est entrer dans cette infinie conversation interculturelle et intergénérationnelle, c’est ajouter un nœud dans le réseau intertextuel qui se tisse, en public, en secret, en dépit de la distance et du temps. Mon écriture n’est pas un cri, un appel; c’est une réponse, c’est un argument… c’est même parfois une reprise, pour le plaisir d’enfoncer le clou.


* La série du petit Nicolas de René Goscinny, les romans pour la jeunesse de Roald Dahl, de la comtesse de Ségur…

** Je comprendrais plus tard que ce texte avait en réalité un grand mérite : celui d’être achevé.


Comment je me suis mise à la romance

Ça en dit sans doute long sur le milieu culturel dans lequel j’ai grandi, mais, avant l’âge de 21 ans, je n’avais jamais croisé la route d’un roman dit sentimental. Lectrice vorace, éclectique et curieuse comme je l’étais, j’aurais à coup sûr saisi l’occasion de le feuilleter, ne serait-ce que « pour l’expérience ». Un jour, quand j’avais 10 ans, je suis tombée par hasard sur un livre porno (j’ai bien dû l’ouvrir pour le constater). Mais un roman d’amour, non, ça ne m’était jamais arrivé. Et ça serait peut-être encore le cas si je n’avais pas pris les choses en main.

J’ai passé la dernière année de mes licences, 2007-2008, en échange universitaire à Brno, en République tchèque. Entre deux épisodes dépressifs, je m’interrogeais sur ce que j’allais bien pouvoir faire de ma vie une fois mes diplômes en poche. Le désir d’écrire ne m’avait pas quittée, mais, cette fois, c’était le désir de vivre de l’écriture qui refaisait surface.

En faisant le tri dans mes projets d’écriture, j’ai été confrontée au fait que, malgré leur diversité par ailleurs, tous comportaient une histoire d’amour sous une forme ou une autre. Parfois, ce n’était qu’une intrigue secondaire, et ça ne se terminait pas toujours bien non plus; mais c’était tout de même un invariant digne d’être noté. Alors, j’ai songé à ces romans à l’eau de rose, qu’on appelait parfois « Harlequin », du nom de leur éditeur le plus célèbre. Je n’en avais jamais entendu parler plus qu’en passant, mais c’était supposé bien se vendre, non? Tout à coup, il était impératif que j’en sache davantage. Est-ce que, parmi ces livres, il en existait qui pourraient me plaire? Et est-ce que je serais capable d’en écrire?

C’est ainsi que j’ai atterri sur le site des Romantiques, les premières, me semble-t-il, à avoir adopté l’anglicisme de « romance » dans le but de se démarquer d’une tradition de littérature sentimentale stylistiquement distincte (et connotée péjorativement). Sur la base de leurs recommandations, j’ai d’abord lu Miss Wonderful de Loretta Chase, puis, en traduction polonaise (je vivais désormais en Pologne), un roman court de Johanna Lindsey et deux romances historiques de Judith McNaught.

Pour Miss Wonderful, je crois que je n’étais pas prête. J’entrais dans un univers inconnu, plein de codes qui m’étaient étrangers. J’étais trop surprise par la nouveauté pour accepter de me laisser embarquer. Ou alors, la rencontre ne s’est simplement pas faite, c’est possible aussi. Cependant, je ne dirais pas que ce livre m’a déplu. J’en suis plutôt sortie intriguée. Les stéréotypes généralement associés à la romance ne s’étaient pas vérifiés.

Par exemple, l’héroïne était une femme qui ne souciait pas beaucoup de son apparence, indépendante et sûre d’elle, à la tête de son propre domaine. Le héros, au contraire, était un dandy, un peu obsédé par la mode, peut-être pour compenser le fait qu’il boitait. Et leur rencontre n’était pas le fruit d’une situation abracadabrantesque et anachronique : seulement, le héros voulait construire un canal qui devait empiéter sur les terres de l’héroïne, et elle ne voulait pas; promesse de débats à saveurs économique et politique.

En comparaison, le livre de Johanna Lindsey, que je n’ai pas aimé, donnait raison à tous les préjugés que je pouvais avoir entendus ou imaginés à l’encontre de la romance*. Quant aux romans de Judith McNaught, ils étaient quelque part à mi-chemin : assez cliché, mais assez longs aussi pour être plus développés, plus profonds, plutôt entraînants en somme.

Le roman qui m’a définitivement vendu la romance (ma cinquième tentative, donc), je l’ai trouvé via le site de son auteure, au détour d’Internet : Only a Duke Will Do, de Sabrina Jeffries (c’est le 3e livre de la série School for Heiresses, mais c’est le seul que j’ai pu dénicher, en anglais, en Pologne). Ici, comme on a une histoire de retrouvailles, les héros ne sont pas tout jeunes (mais pas bien vieux non plus, hein! juste que, pour l’époque, l’héroïne est largement considérée comme une vieille fille). Des années plus tard, elle en veut toujours au héros pour l’avoir embrassée sans avoir l’intention de l’épouser. Elle fait désormais partie d’une société de ladies qui luttent pour l’amélioration des conditions d’incarcération des femmes prisonnières.

J’ai aimé ce petit morceau d’histoire qui fait de l’héroïne un sujet et un agent politique — un rôle si souvent réservé aux hommes, surtout dans le discours historique. J’ai aimé la complexité du héros, un homme qui avait envie d’un baiser alors qu’il n’était pas prêt à se marier, un homme qui regrette, mais qui ne compte pas pour autant vivre le reste de sa vie dans le regret… En refermant le livre, je me suis rendu compte qu’il n’y avait rien, à vrai dire, que je n’avais pas aimé ou que j’aurais honte d’avouer que j’aimais. Je ne savais toujours pas si je serais capable d’écrire de la romance, mais une chose était sûre : j’avais le goût d’essayer.


* Vous savez bien : le héros ténébreux et dominateur, séduisant et séducteur; l’héroïne trop belle pour son propre bien, plus ou moins en détresse; un contexte historique peu fouillé, des inventions scénaristiques d’un réalisme douteux… Et juste, d’une manière générale, une impression de faux, l’impossibilité de s’identifier, d’identifier dans le récit sa propre expérience du monde.