Into the Storm, de Suzanne Brockmann

Ma note : 4/5

Tout à coup, j’ai eu envie de lire du Suzanne Brockmann. Elle est l’une des auteures qui m’inspirent le plus en romance; pas forcément « mon auteure préférée » (j’aurais du mal à en identifier une parmi toutes les autres), mais celle dont le style d’histoires est le plus proche de ce que je suis et de ce que j’aimerais écrire, moi aussi.

Sur la recommandation de Chloé Duval, j’ai emprunté et commencé à lire Do or Die (chronique bientôt?). Or, après quelques chapitres seulement, ce n’est pas que je n’aimais pas, mais… mes personnages familiers me manquaient. Je me suis rappelé que je n’avais jamais fini Into the Storm. Alors, j’ai repris ce dernier et je n’ai pas pu m’arrêter.

Un peu de contexte, pour celles ou ceux qui ne connaîtraient pas cette auteure… Elle s’est fait connaître en écrivant de la romance contemporaine à suspense avec des héros militaires. Elle a commencé à écrire sur les Navy SEALs avant que le grand public n’entende parler de cette unité des forces spéciales américaines, devenue culte depuis (ce sont eux qui ont trouvé et tué Ben Laden). Elle en a notamment tiré sa série la plus connue et la plus longue, Troubleshooters Inc.

J’ai lu les tomes 1, 2, 4, 5, 6, 11, 13, 14, 15 et 16 de la série, et Into the Storm est le dixième (non, je ne lis pas dans l’ordre, et alors?). J’avais oublié pourquoi je tenais à revenir en arrière dans la série, après en avoir atteint la fin (sur le site de l’auteure, Do or Die y est aussi inclus en n° 18, mais le lien entre les personnages est en réalité très ténu). En rouvrant le roman, je me suis souvenue.

Parce que j’adore ses Navy SEALs!!!

Dans le tome 1, le héros est le lieutenant Tom Paoletti. Les cinq livres suivants ont pour héros ses amis de la « Team Sixteen »  (à titre personnel, je préfère les tomes 4, 5 et 6 aux deux premiers). Puis, avec le tome 7 (que je n’ai pas lu), virage : Paoletti se retire de l’armée et fonde sa compagnie privée de sécurité, les Troubleshooters Inc.

Au début de la série, les romans jonglaient entre trois romances parallèles, dont une située dans le passé, autour de la Première ou Seconde Guerre mondiale. À partir de Troubleshooters, ces intrigues secondaires vont se resserrer sur des personnages contemporains qui gravitent autour de l’entreprise ou de la Team Sixteen.

Et l’explication de mon exclamation plus haut, c’est que ses intrigues qui mettent en scène des Navy SEALs me plaisent plus en général que lorsqu’il s’agit de simples agents de Troubleshooters, fussent-ils d’anciens militaires. Je n’ai pourtant aucun préjugé par rapport à l’un ou l’autre type de personnage; c’est juste une constatation à posteriori.

Into the Storm suit la relation entre Mark « Jenk » Jenkins, petty officer, first class chez les Navy SEALs, et Lindsey Fontaine, ex-LAPD qui travaille désormais pour Tom. J’ai beaucoup aimé le couple qu’ils formaient, et je me suis rendu compte en lisant ce roman à quel point j’ai été, inconsciemment, influencée par Brockmann dans mes propres écrits. Je découvrais ainsi dans certaines de ses péripéties des idées que j’ai moi-même mises dans ma série… Merde! Moi qui croyais être originale… Elle l’a écrit avant moi! On va dire les grands esprits se rencontrent! LOL

En même temps, elle place la barre haut et me rappelle ce qui fait une bonne romance : la capacité à faire ressentir à la lectrice des émotions si intenses qu’elle en a le cœur tout comprimé, que ça lui fait physiquement mal… C’est ce qui m’est arrivé!

Enfin, je me demande si l’une des raisons pour lesquelles je préfère quand ses héros sont des militaires actifs, c’est leur camaraderie et leurs bêtises de gars, que l’auteure arrive pas mal bien à rendre. S’il y a Jenk, alors Izzy, Gillman et Lopez ne sont pas loin; et voilà pourquoi je voulais lire Into the Storm. Je crois que mon préféré du lot reste Izzy… Les autres aiment le rembarrer et le traiter de asshole, mais qu’est-ce qu’il me fait rire! Et j’avais beaucoup aimé son histoire avec la sœur de Gillman (Into the Fire et Breaking the Rules).

Bref, il y a vraiment tout ce qu’on peut souhaiter dans ce roman : de l’amour, du suspense, de l’humour, du sexe, de la diversité, des références geek… Et, malgré certains sujets violents ou durs, ça fait chaud au cœur de traverser toutes ces épreuves aux côtés d’amis si dévoués les uns aux autres!

Tom put the car into gear. “Am I allowed to say thank you?”
“For what?” Lindsey tried not to be too obvious about turning to watch Jenk as they drove away. He was watching her, too. He lifted his hand in a wave.
“For reminding me,” Tom told her, “that even in the face of sheer ugliness and evil, there’s still a lot in life that’s hopeful and good.”

Suzanne Brockmann, Into the Storm


Image(s), de Melanie De Coster

Ma note : 2/5

Melanie De Coster est une autrice autoéditée que j’ai rencontrée via Twitter et le Camp NaNoWriMo. Elle me paraît très sympathique, et je n’ai que des encouragements à lui offrir pour sa carrière. Malheureusement, je n’ai pas aimé son livre… Je m’en excuse à l’avance, et je vais essayer de ne pas être trop méchante.

Image(s)

Comme c’est de l’autoédition, j’aimerais d’abord dire un mot sur l’aspect technique du livre. C’est un de ces livres qui sont globalement très bien, mais. C’est-à-dire que, de prime abord, la couverture fonctionne, le texte est bien mis en page, l’orthotypographie est soignée. On voit qu’il y a eu du travail sérieux derrière. Mais ça reste du travail amateur.

Il y a une fantaisie graphique à l’intérieur du roman : certains passages, qui sont des notes personnelles ou des lettres, font l’objet d’une présentation visuelle différente. Cela rend peut-être très bien dans la version papier, mais, en numérique, l’utilisation d’images (plutôt qu’une simple variation de police et/ou de retrait) n’est pas vraiment heureuse, à mon avis.

Par ailleurs, il subsiste des fautes de grammaire assez gênantes, comme des subjonctifs fautifs après « après que », ou des formes de présent à la place de passés simples pour certains verbes du troisième groupe (« atteint » au lieu de « atteignit », « rejoint » au lieu de « rejoignit », etc.).

Enfin, j’aimerais signaler une erreur de classification du livre. La couverture elle-même nous vend du « young adult » (une sous-catégorie de la littérature jeunesse anglo-saxonne destinée en gros aux 12-18 ans — oui, c’est un faux ami, mais il veut mieux le savoir si on décide de l’utiliser…). Or, ce roman n’avait, à mon sens, rien de Young Adult, ni par ses thèmes ni par l’âge de ses personnages (tous deux adultes, vivant seuls, insérés dans la vie active ou sur le point de l’être).

Cela dit, tout ça ne sont que des détails à mon sens. C’est une illustration typique de la différence entre l’autoédition et l’édition traditionnelle, mais, en fin de compte, ce n’est qu’une différence formelle. Si j’avais adoré le roman, ça ne me l’aurait pas du tout gâché — il m’est arrivé de lire et d’apprécier des textes avec beaucoup plus de fautes et de problèmes que ça (pas souvent, mais… c’est arrivé!).

Hélas, je n’ai pas aimé le roman. J’ai le sentiment d’être passée complètement à côté, de ne l’avoir pas compris. Bien sûr, j’ai compris ce qui se passait; j’ai bien suivi tout l’enchaînement des péripéties. À ce propos, d’ailleurs, je dois reconnaître à l’autrice qu’elle écrit d’une façon tout à fait correcte et agréable. Au niveau de la syntaxe, de la musicalité, de la clarté des phrases, je perçois très bien son potentiel; je crois qu’elle a tout à fait la capacité d’écrire de bons livres.

Ce qui a péché, pour moi, c’est plutôt tout ce qui se situe en-deçà de la forme même. L’intelligibilité profonde des évènements, la logique qui les dirigeait. De mémoire, il y a deux passages que j’ai bien aimés, où l’autrice est parvenue à me faire éprouver une certaine angoisse (ça aussi, c’était chouette, et ça me laisse penser que l’autrice a un talent caché). Mais ce n’étaient que des tranches isolées au milieu d’une intrigue globale qui n’a jamais réussi à prendre son sens pour moi.

Aucun des personnages ne m’a paru réel; leurs réactions semblaient souvent sortir d’un chapeau de magicien, plutôt que d’une émotion ou d’une intention que je pouvais imaginer ou identifier dans le texte. Par conséquent, je suis restée en retrait, spectatrice perplexe de ce qui se déroulait, plutôt qu’investie dedans. Et j’ai souvent eu envie d’abandonner ma lecture…

Il est possible que le choix de la narration omnisciente n’ait pas aidé. Personnellement, je décourage fortement les auteurs de genre à utiliser le narrateur omniscient; c’est un narrateur qui, par définition, instaure une distance entre la lectrice et l’action. Ça se prête bien à la satire sociale et aux visées moralistes, et pas du tout à l’identification avec les personnages ou à la transmission d’émotions sans filtre.

En même temps, c’est un autre aspect qui m’a laissée dubitative : je n’ai pas compris ce que ce récit voulait être. On nous dit que c’est un thriller (quoique en gros, pas très thrilling), mais, depuis le début, il y a aussi une distance assumée qui est une forme de légèreté, un regard surplombant sur l’héroïne qui dédramatise constamment ce qu’elle vit. C’est vraiment bizarre.

Vers la fin, je trouve qu’il y a un virage; on tombe tout à coup dans la parodie franche. Mais, comme on n’y était pas réellement jusqu’alors, ou qu’on était pas sûre, c’est plus déstabilisant qu’autre chose. Ça aurait pu être intéressant, et même très : une sorte de thriller parodique exploitant à fond le second degré… Le problème, c’est qu’après l’avoir fini, je ne sais toujours pas si c’était fait exprès ou jusqu’à quel point, parce que le ton était très inégal et que ce n’était pas drôle non plus (juste trop n’importe quoi pour être sérieux).

Évidemment, il y a aussi un mystère qui se résout à la fin. L’explication m’a plus ou moins convaincue; ça n’aidait pas tellement à comprendre la situation initiale ni certaines actions du début du livre. Mais je reconnais que c’est sans doute la partie la plus difficile dans l’écriture d’un roman policier ou thriller; si le reste avait fonctionné, j’aurais mieux accepté une fin approximative ou sans feux d’artifice.