Comment j’ai vendu 1895 livres sans aucune promotion

La semaine dernière, j’ai raconté comment j’ai vendu 360 exemplaires d’une nouvelle sans le faire exprès, presque par accident. C’était le tout premier titre que je publiais, et peut-être en effet n’était-ce qu’un accident de parcours, difficile voire impossible à reproduire.

Durant l’été de cette année-là — 2013 —, j’ai édité quelques autres nouvelles à télécharger gratuitement sur notre site Web. Il s’agissait de textes ayant déjà été soumis à l’œil du public lors de concours, censés attirer les lectrices sur notre site et, potentiellement, promouvoir d’autres publications inédites des mêmes auteures. Une des auteures, Pauline Libersart, n’avait encore rien publié, mais nous avions signé un contrat pour un petit roman à paraître fin septembre.

Ayant constaté ce qui s’était passé avec ma nouvelle gratuite, je décidai de mettre ces nouvelles en vente, juste au cas où… Bien m’en a pris! La nouvelle de Pauline allait devenir ce qui est resté pendant 3 ans ma meilleure vente, avec un total de 1895 exemplaires écoulés au jour où j’ai rendu ses droits à l’auteure. C’était le même scénario qu’avec ma nouvelle, mais avec beaucoup plus d’ampleur : aucune promotion (de la version payante, en tout cas), et des ventes qui décollaient toutes seules. Il était plus clair que jamais que ces acheteurs mystérieux ne connaissaient ma maison d’édition ni d’Ève ni d’Adam; si cela avait été le cas, ils auraient su que la nouvelle était gratuite sur notre site!

Alors, je sais que Pauline Libersart est un grand nom aujourd’hui, une valeur sûre de la romance francophone. Mais, à l’époque, elle n’était personne. Elle n’avait jamais rien publié avant (la nouvelle avait déjà dépassé les 500 ventes lorsque son premier roman est paru à l’automne) et, contrairement à ce que certaines personnes ont pu croire, elle n’avait pas de plateforme ou de réseau d’amies-lectrices qui l’auraient artificiellement boostée. En fait, je me rappelle au contraire que sa page Facebook, démarrée par la suite, est restée pendant longtemps avec très peu de mentions J’aime (moins de 50)… Cela me faisait un peu pitié, mais pas vraiment non plus, parce qu’à côté de ça, elle vendait des livres par centaines, et je crois que c’est ce qui a de la valeur pour un-e auteur-e, pas les fans sur Facebook.

J’espère, avec ces deux exemples, vous avoir convaincu-e-s que la promotion n’est ni une obligation ni une fatalité, qu’on peut très bien vendre (et même vendre très bien) un livre sans. Cela dit, vous vous demandez peut-être si, avec de la promotion, je n’aurais pas pu vendre ces deux nouvelles encore mieux. Soit, un livre peut se vendre tout seul, mais la promotion, c’est un petit coup de pouce toujours appréciable, non? Bien que j’aimerais le croire, rien dans mon expérience ne me permet de donner foi à cette idée. Même si je ne peux pas comparer la réalité avec un univers parallèle où ces nouvelles auraient bénéficié d’une vraie promotion, j’ai en revanche la possibilité de comparer entre eux les cent et quelques livres que j’ai édités en 5 ans.

Parmi eux, on ne compte pas moins de 7 autres titres de Pauline Libersart, dont 2 autres nouvelles au même prix — dont une située dans le même univers que la nouvelle « gratuite ». Voilà qui devrait nous autoriser quelques comparaisons. Ces 7 autres titres ont été promus normalement (site Web, Newsletter, réseaux sociaux, services presse, baisses de prix périodiques, impression de cartes postales pour quelques-uns). Or, comme je l’ai déjà mentionné plus haut, aucun ne s’est aussi bien vendu que la nouvelle initiale « gratuite ». Si, aujourd’hui, c’est un de ses romans qui détient le record avec un total qui dépasse les 2000 ventes, il faut préciser qu’il est en vente depuis plus de 3 ans — contre les 2 ans pendant lesquels j’ai pu exploiter la première nouvelle.*

En fait, ses 1895 ventes sont impossibles à distinguer des autres chiffres de vente de Pauline. Ce qui tend à me faire penser que la promotion ne sert à rien, qu’elle ne fait simplement aucune différence. On peut en faire ou ne pas en faire, le résultat sera le même. Pour l’anecdote, le roman qui s’est vendu à plus de 2000 exemplaires est sorti (avec un jour de retard imprévu) exactement 10 jours après que j’ai accouché de mon fils sans anesthésie. Je ne pouvais pas déléguer la parution elle-même, donc j’ai fait ce qu’il fallait, dans l’état que vous pouvez imaginer; s’il y a un livre dont j’ai bâclé la promotion et le lancement, c’était celui-là. Et aujourd’hui, c’est ma meilleure vente…

À ce propos, j’ai toujours tenu à offrir le traitement le plus égalitaire possible à toutes mes publications. Je n’ai jamais eu de budget promotionnel calculé sur la base de prévisions de ventes, juste une liste d’actions à mener qui était la même pour tous les titres. En réalité, j’ai pu en faire un peu plus ou peu moins selon la situation dans laquelle je me trouvais au moment de la sortie (comme dans l’exemple donné plus tôt), mais je n’ai jamais pour autant observé la moindre corrélation avec le succès ou l’insuccès d’un livre… Pour mon plus grand chagrin, d’ailleurs, puisque Dieu sait que j’aurais aimé posséder la formule magique pour conjurer les méventes!

Alors, certes, il n’y a pas que la promotion de l’éditeur; il y a aussi — et peut-être avant tout — celle de l’auteur-e. Surtout dans les débuts, je suivais d’assez près les efforts promotionnels de mes auteur-e-s; mais là non plus, aucun lien visible à l’horizon. J’ai déjà parlé du cas de Pauline Libersart. En plus de Pauline, j’ai 9 autres auteur-e-s dont au moins une des publications s’est vendue à plus de 800 exemplaires. J’aimerais attribuer ces succès au talent de promoteur/-trice des auteur-e-s, sauf que… Parmi elleux, 7 ont publié plus d’un titre avec moi, et au moins l’un de ces autres titres peut être qualifié de mévente (moins de 100 ventes), ou du moins de vente très en-dessous de leur meilleur succès (moins de 250 ventes). Si le succès était dû à la présence en ligne et à la visibilité de l’auteur-e, comment expliquer ces flops et, surtout, tant de disparité entre les différentes parutions d’une même personne? (Et, inversement, si les méventes étaient dues à un défaut de promotion, comment alors rendre compte du succès de livres qui ont été promus de façon similaire, voire moins et moins bien?)

Et non, il n’y a pas d’autre schéma qui pourrait commodément faire sens de ces grands écarts. Dans certains cas, la mévente a précédé le succès; dans d’autres, elle l’a suivi. Dans d’autres encore, le succès a été pris en sandwich entre deux méventes, et j’ai même un cas qui semble s’acheminer vers l’inverse (une vente faible prise en sandwich entre deux succès). Parfois, la mévente peut s’expliquer par un changement de sous-genre et donc de style, mais dans au moins 3 cas, la/les mévente(s) et le(s) succès ont eu lieu non seulement dans un même sous-genre, mais dans une même série! Et encore une fois dans toutes les configurations que vous pouvez imaginer : succès suivi d’une mévente, succès suivi d’un succès puis d’une mévente, mévente suivie d’un succès… C’est à n’y rien comprendre!

À moins que la raison pour laquelle je n’ai jamais vu les effets de la promotion, c’est que ma promotion comme celle de tou-te-s mes auteur-e-s a toujours été désespérément mal pensée, mal ciblée et insuffisante?

À suivre…


* Il y a une raison de plus à son succès, mais je la dévoilerai dans un futur article. Indice : elle n’a rien à voir avec une quelconque promotion orchestrée par moi ou l’auteur-e.


Pêle-mêle du dimanche

Cette fin de semaine, c’est le Salon du livre anarchiste de Montréal : www.salonanarchiste.ca. Depuis près de huit ans que je vis dans la région, je me suis toujours débrouillée pour le manquer…

En 2010, je n’y étais pas depuis 15 minutes que j’ai rencontré quelqu’un; nous nous sommes instantanément mis à discuter et nous avons fini par quitter le salon sans l’avoir beaucoup plus visité. L’année dernière, j’y suis restée presque une journée entière, mais en tant que bénévole. J’étais au coin bouffe, et c’était tellement achalandé entre 11 et 15 h que je n’ai pas pu prendre la moindre pause toilettes, et pas de vraie pause lunch non plus. Je n’ai pas de reproche à adresser personnellement aux organisateurs/-trices, dont je sais qu’illes ont fait de leur mieux, mais c’est clair qu’il y avait un petit manque d’organisation — j’ai fait des piquets de grève sous la pluie où on se sentait moins laissé à nous-mêmes! Mais bon, apparemment l’année dernière était un peu rock’n’roll; c’était un fait admis.

Cette année, il se trouve que mon samedi était entièrement booké. J’ai cependant l’espoir d’y passer aujourd’hui et, puisque j’ai renoncé à aider, de pouvoir pour la première fois assister à des ateliers et présentations. Il y en a plusieurs qui se passent en même temps et on ne sait pas toujours, sur la seule base de l’intitulé, à quel point ce sera intéressant — ça dépend finalement beaucoup de la compétence et de la pertinence des intervenant-e-s, et aussi des réactions de la salle. En outre, peut-être que je renoncerai à la dernière minute à certains ateliers si je vois qu’il y a trop de monde. À priori, je me suis quand même noté les présentations suivantes :

  • De 11 h à 12 h 45 : Construisons une cité sans frontières et une ville sanctuaire! (Solidarité sans frontières) – CÉDA, Salle #125 (FR)
  • De 13 h à 14 h 45 : Vers une insurrection queer (Charlie et Jordan) – CCGV, Room #1,100 (FR)
  • De 15 h à 16 h 45 : Handicap et anarchie / Handicap dans l’anarchie (Noah E) – CÉDA, Salle #123 (ANG)

La dernière, c’est moins sûr, je ne sais pas si je serai encore là. Dans tous les cas, j’essaierai de voir s’il y a des bouquins à glaner sur le sujet — c’est parfois le cas; par exemple, l’atelier « Ni Dieu ni maître, ni péripheries : anarchisme global » est lié au livre éponyme paru chez PM Press, No Gods, No Masters, No Peripheries: Global Anarchisms (dont l’un des éditeurs est co-présentateur de l’atelier au salon). Depuis plusieurs semaines, je lis pas mal sur le capacitisme et les droits des personnes handicapées, un domaine que j’ai longtemps eu du mal à cerner et dont la découverte m’ouvre les yeux sur mes propres préjugés et mon ignorance.

Bien sûr, je m’intéresse tout particulièrement à la représentation du handicap en romance, littérature sentimentale et fiction populaire — mon dada de toujours! À ce sujet, je vous recommande l’article Why Are You Complaining? Some People Actually Feel That Way: A Critique of Me Before You. Avertissement : l’auteure n’est pas tendre avec le bestseller de Jojo Moyes, ni d’ailleurs avec l’écrivaine elle-même, qui doit prendre la responsabilité de ses choix narratifs. (Si vous voulez lire d’autres avis de la part de la communauté handicapée, il y a aussi un Media Roundup of Me Before You Criticism sur le même blogue.)

Et, malheureusement, je n’ai pas encore pu mettre la main sur un seul de ces livres, mais voici une liste de romances avec un héros ou une héroïne handicapé-e dont je compte m’inspirer pour de futures lectures : Disability-Themed Romance Novels.


Finding Your Feet : asexualité en romance et « prude-shaming »

Quand j’ai lu que la romance Finding Your Feet, de Cass Lennox, avait pour protagonistes une héroïne asexuelle et un héros trans, je n’ai pas pu m’empêcher de l’acheter et de la dévorer sur-le-champ. Et, petit plus, ça se passe au Canada!

À priori, pour celleux qui ne connaîtraient pas bien l’asexualité et/ou la romance, l’idée d’une romance asexuelle peut étonner. On est malheureusement trop habitué-e-s au raccourci romance = sexe, et la romance a tendance à s’être fait un nom auprès du grand public comme étant une sorte de porno soft, ou de littérature érotique avec les sentiments en sus (la dernière fois que j’ai regardé chez Renaud-Bray, une grosse chaîne de librairies québécoise, la romance était se trouvait dans les quelques rayons tout au fond, sous l’étiquette « Érotique »). Or, aucun de ces deux préjugés n’est vrai.

L’asexualité, tout d’abord, est un spectre, et aussi une orientation qui se conjugue avec des tas d’autres. Je ne vais pas vous faire de cours théorique sur le sujet, déjà parce qu’il y a le reste du Web pour cela, et puis parce que l’univers de l’asexualité est incroyablement varié et complexe et qu’à chaque fois que je m’y intéresse, j’en ressors aussi fascinée que confuse. On pourrait penser, à tort, que l’asexualité se résume à l’absence de sexualité, et qu’il n’y a donc rien à en dire. En réalité, c’est tout le contraire. Aussi paradoxal que cela paraisse, je crois ne m’être jamais rendu compte de l’infinie variété de la sexualité aussi bien qu’en m’informant sur l’asexualité. Il y a tellement de façons et de degrés d’être asexuel-le que passer à travers une liste, même non exhaustive, vous donnera le tournis.

Une des choses les plus importantes que l’asexualité peut vous apprendre, c’est justement que « romance » et « sexe » ne sont ni équivalents, ni forcément corrélés. On peut avoir une relation romantique sans sexe, et vice versa. De la même façon, on peut être asexuel-le aromantique, ou bien asexuel-le hétéro-, homo-, bi- ou panromantique. Il va de soi que, dans une romance, les héros relèveront nécessairement de ces dernières catégories. Ainsi, l’héroïne de Finding Your Feet, Evie, s’identifie comme asexuelle biromantique. Mais, sans doute par souci de représentation et de visibilité, l’auteure a choisi de faire d’un personnage secondaire une asexuelle aromantique; comme quoi, malgré les codes soi-disant rigides de la romance, il est possible d’être inclusive…

Ce qui est intéressant, c’est que plusieurs de ces nuances sont en fait depuis longtemps présentes en romance. Sauf que, par ignorance ou pour des raisons marketing, les différents termes entourant l’asexualité n’étaient pas employés. C’est du moins la thèse de l’article Why We Need Asexual Romances, dont l’auteure affirme notamment que la demisexualité serait déjà très prévalente en romance. La demisexualité, c’est une catégorie qui se situe entre les pôles « sexuel » et « asexuel », et qui signifie qu’on ne ressent de l’attirance sexuelle qu’après avoir développé un lien romantique préalable. Et c’est ironique, parce que la romance que je lis actuellement, Rule, de Jay Crownover, a une héroïne qui correspond très exactement à cette définition…

Cela dit, pour autant, la demisexualité est-elle à ce point omniprésente? J’avoue que ce n’est pas ma propre impression. Je dirais même plutôt que, si on se réfère à toutes ces héroïnes qui attendent le héros pour perdre leur virginité, on touche à une de mes bêtes noires : au moins aussi souvent qu’une héroïne se « préserve » par amour exclusif du héros (scénario de demisexualité), on croise des vierges qui tombent dans le lit de leur héros avant d’en tomber amoureuses (souvent, c’est même le sexe qui semble déclencher leurs sentiments; scénario inverse de la demisexualité, donc). Et là… je n’ai toujours pas trouvé d’explication logique à ce que je suis forcée d’appeler un fantasme féminin : que le premier soit le bon, j’imagine. Mais, dans la vraie vie, une relation sexuelle avec quelqu’un qu’on connaît mal, voire pas du tout, n’a aucune raison de se muer en amour heureux.

Cependant, soit, il y a des héroïnes demisexuelles qui ne disent simplement par leur nom. Mais pourquoi, semble-t-il, toujours des héroïnes, et pourquoi toujours demisexuelles? Je pense que l’asexualité féminine n’apparaît pas aussi taboue, parce qu’elle est associée, inconsciemment ou pas, à la pureté et à l’innocence qui incombent traditionnellement aux femmes. De là, la demisexualité est une sorte d’évidence, puisqu’elle permet, au contraire de l’asexualité, de composer avec un partenaire qui, lui, est complètement sexuel, voire hypersexuel. En plus de cela, il y a bien sûr l’idée reçue selon laquelle romance = attirance sexuelle, cette dernière prouvant le pouvoir de séduction de chaque protagoniste sur l’autre.

À ce propos, et malgré tout le plaisir que j’ai eu à lire Finding Your Feet, je ne suis apparemment pas la seule lectrice à avoir trouvé qu’Evie semblait plus demisexuelle qu’asexuelle…* De fait, moi qui m’attendais à quelque chose de radicalement différent, j’ai été un peu déçue. Finalement, la romance est assez conventionnelle, à cela près que, pour une fois, les ressentis, comportements et gestes sont décrits et expliqués à travers le prisme de l’asexualité.

Cela dit, rien que cela, c’est déjà un pas immense et important à mon sens. Parce que ce nouveau paradigme nous délivre de l’ancien, celui où Shaw, l’héroïne de Rule, refuse toute relation sexuelle parce qu’elle est « a good girl », une bonne fille, une fille sérieuse, une femme amoureuse. Le problème de cette explication, c’est par exemple qu’elle ne s’étend pas aux hommes, invisibilisant par là l’asexualité (ou demisexualité) masculine. C’est aussi qu’elle sous-entend un jugement à l’encontre des femmes qui, elles, ne respecteraient pas ce schéma : qu’une femme qui peut coucher avec d’autres hommes n’est probablement pas amoureuse, ou pas sérieuse, ou pas « bonne ».** Alors que, si on parle de demisexualité, ça devient tout à coup inclusif; ça reconnaît l’existence parallèle et la validité d’autres types de sexualité, que ce soit l’asexualité chez certains hommes ou l’hypersexualité chez certaines femmes.

Enfin, cerise sur le gâteau, ça constitue une réplique au « prude-shaming » dont sont parfois victimes les héroïnes de romance moins aventureuses — et, par extension, le genre en lui-même et ses lectrices —, qui n’a pas à s’appuyer sur des valeurs traditionnelles ou religieuses. En effet, s’il est vrai que la romance est marquée par ces valeurs, au même titre du reste que tous les autres genres littéraires, on dirait parfois que la seule voie moderne et féministe possible pour la romance, c’est d’assumer entièrement son côté érotique. Que la subversion des normes, ou l’expression de la liberté féminine, ne peut être l’affaire que de l’hypersexualité. De plus en plus souvent, on légitime et promeut la romance avec un discours très pro-sexe : la romance célèbre la sexualité des femmes, le désir féminin, la libération sexuelle, etc. Mais quid des femmes qui n’ont pas ou peu de désir sexuel, peu ou pas de sexualité?

Techniquement, l’asexualité tombe sous l’égide de la philosophie « sex-positive »; mais, dans les faits, on est vite soupçonné-e d’être une prude rétrograde si on ne démontre pas son ouverture à une sexualité suffisamment diversifiée, surtout en tant que lectrice ou auteure de romance — parce qu’après tout, c’est bien connu, les femmes qui aiment la romance ne sont pas très fute-fute et ont l’horizon tristement étroit… Moi-même, j’en profite pour faire mon mea culpa. Même si j’ai expliqué en partie pourquoi, j’ai conscience aujourd’hui d’avoir longtemps eu un préjugé contre les héroïnes vierges en romance contemporaine, les jugeant irréalistes ou coincées, alors qu’elles étaient peut-être en réalité juste « ace », « demi » ou « grace »…***


* À un moment, Evie précise « ace spectrum », mais c’est la seule fois et on n’en saura pas plus. Est-ce que l’auteure a estimé que le terme « demisexuelle » paraîtrait trop barbare, trop compliqué aux lecteurs/-trices?

** Il y a d’ailleurs des relents assez clairs de slut-shaming dans Rule qui me débectent un peu.

*** Je précise au cas où que la virginité n’a rien à voir avec l’asexualité. Evie, l’héroïne de Finding Your Feet, n’est d’ailleurs pas vierge. C’est juste que, parfois, la virginité « tardive » peut s’expliquer par l’asexualité.


Comment j’ai vendu 360 livres sans aucune promotion

Si vous vous mêlez d’écrire ou d’éditer des livres, voici l’information la plus précieuse que j’ai à vous donner : la promotion nuit à vos ventes. Oui, vous avez bien lu; j’ai bien dit que la promotion non seulement n’aidait pas à vendre des livres, mais que, le plus souvent, elle empêchait d’en vendre. Vous voilà perplexe, sceptique certainement, et pour cause! Partout, depuis toujours, vous avez lu et entendu le contraire : que sans promotion, un livre était condamné. À la rigueur, vous êtes prêt-e à admettre que la promotion n’est pas magique, qu’elle n’est pas une garantie, mais ça tombe quand même sous le sens qu’elle ne peut pas faire de mal, que du bien, n’est-ce pas?

Plutôt que de répondre tout de suite à cette question — vous ne me croiriez probablement pas, de toute façon —, je vous propose de me suivre dans une série d’articles que j’ai catégorisés sous le terme « Antipromotion ». J’ai beaucoup d’arguments, mais pour être entendus, ils doivent être correctement exposés. Nous procèderons donc graduellement, un élément d’explication après l’autre. Chacun pris isolément, ils ne sont pas des preuves en soi; ensemble, j’ose prétendre qu’ils fondent ma théorie de façon assez convaincante.


En 2012, lorsque j’ai créé ma maison d’édition, je n’avais jamais auparavant publié de livre numérique. J’avais donc besoin de me faire la main sur un ebook test, une publication qui compterait « pour du beurre ». J’ai choisi pour cela une de mes propres nouvelles, celle qui me semblait la moins pire, que j’avais écrite dans le cadre d’un petit défi amical et qui demeurait en accès libre depuis plus d’un an sur un forum de lectrices.

Je l’ai relue pour les coquilles, mais mon but était surtout de m’entraîner sur les différents aspects techniques : réalisation des fichiers ePub, Mobi, de la couverture… J’ai mis le résultat en téléchargement libre sur mon site Web, puis j’ai invité les gens à en profiter et, surtout, à faire remonter tous les éventuels bugs rencontrés. Je ne cacherai pas qu’il y avait aussi un petit côté « promotion » dans la manœuvre — sinon, j’aurais aussi bien pu remplir le fichier de lorem ipsum. Mais la promotion ne concernait pas tant la nouvelle en question (offerte gratuitement) que ma maison d’édition en général. J’avais envie de lancer la machine, de donner un avant-goût de ce qu’on allait publier, de quelle façon et avec quel niveau de qualité, non seulement aux lectrices, mais aux écrivain-e-s potentiellement intéressé-e-s.

Je venais aussi de signer un contrat avec le distributeur Immatériel et, même si la mise en vente via leur backoffice paraissait simple, c’était une fois de plus l’occasion de la tester en vrai, de voir quand et comment mes livres apparaîtrait sur les sites des revendeurs. J’ai donc mis ma nouvelle test en vente le 25 janvier 2013, juste pour l’expérience, sans aucun espoir de réaliser de vraies ventes — à cette époque, faute d’être mieux avisée, je croyais en effet comme tout le monde qu’un livre sans promotion n’était qu’une aiguille dans une botte de foin. Ma maison d’édition était toute neuve, mon nom était inconnu au bataillon des auteur-e-s, de romance ou autre (je n’avais jamais rien publié avant — ni depuis, d’ailleurs)… Je songeais avec amusement qu’il résulterait peut-être de cet exercice une ou deux ventes mystères, effectuées par des inconnu-e-s tombé-e-s par hasard sur mon livre…

La première semaine, rien ne se passa. Et puis, le huitième jour, surprise : le compteur affiche des ventes. Pas une, pas deux, mais trois. Et le lendemain, ça continue. Et le surlendemain. Et chaque jour, c’est plus d’une vente. Au 25 février, soit un mois après sa publication, ma petite nouvelle test a atteint les 50 ventes. Pour moi, c’est à la fois incroyable et inexplicable. À cinquante ventes, on a dépassé le seuil de l’anecdotique et de l’insignifiant… Qui diable sont ces cinquante personnes?

Et ça ne s’arrête pas là. Le 25 mars, on est à 100 ventes exactement. Après ça, le rythme va lentement diminuer, tout en restant relativement régulier. En un an (du 25 janvier au 25 janvier), j’ai vendu 358 exemplaires, soit une moyenne de 30 ventes par mois (j’ai par la suite retiré l’ebook de la vente, mais 2 ventes de plus ont été comptabilisées après le fait).

Alors, 360 ventes, ce n’est pas mirifique. Il n’y a pas de quoi se vanter en soi. Ce n’est pas un bestseller. Mais si vous connaissez un peu les chiffres réels de l’édition… c’est quand même pas mal. Surtout en numérique. J’ai des chiffres de vente sur plus d’une centaine de titres que j’ai publiés depuis avec Laska, et je peux vous affirmer qu’on est loin d’être rendu à 360 ventes avec toutes nos publications — même pas avec la majorité, en fait : c’est presque exactement un tiers de nos titres qui ont franchi ce seuil. Et, surtout, c’est la régularité des ventes qui m’interpelle. Même si la tendance était à la baisse d’un mois sur l’autre, j’ai de bonnes raisons de penser que, si j’avais laissé cette nouvelle en vente au-delà d’un an, elle aurait pu atteindre sans problème les 500 ventes.

Mais bon, 360, 500, ça reste du même ordre de grandeur. Au fond, ce n’est ni peu ni énorme; l’intérêt est que j’y suis arrivée sans le moindre effort de promotion. J’avais publicisé un peu le fait que la nouvelle était téléchargeable sur notre site Web — mais qu’elle était en vente où que ce soit à 0,99 € (1,99 $ CA), cela, jamais. À personne. C’était juste un test, et cela n’aurait eu aucun sens que j’encourage les gens à l’acheter en parallèle du téléchargement gratuit. En tout cas, je n’avais aucun désir de créer la moindre confusion, qu’on puisse me soupçonner d’être une profiteuse, cupide, non-professionnelle ou mégalo — c’était une nouvelle écrite par moi, en plus!

Certaines personnes considèrent que la mise en ligne gratuite est un procédé de promotion en soi. Mais je ne crois pas que quiconque savait la nouvelle gratuite l’aurait achetée. Les fichiers étaient exactement identiques. Il y avait sur notre site une version ePub, une version Kindle, toutes deux sans DRM. Et c’était clair que les fichiers n’étaient que des tests, des prototypes qui pouvaient présenter des défauts. Pourquoi aller l’acheter par après, par derrière? Pour nous soutenir? Hum. J’aurais préféré que les gens achètent nos vraies publications, une fois qu’elles ont commencé à sortir (confession : cela n’a pas été le cas). Du reste, je n’ai pas noté le chiffre exact, mais je me souviens parfaitement que ma nouvelle gratuite n’a pas été téléchargée 360 fois sur notre site Web. Même pas 100, et sans doute pas autant que 50 fois, en fait. Enfin, nulle part ne se trouvait de mention selon laquelle « si vous avez aimé ce livre, nous vous serions reconnaissant-e-s de donner votre argent à Amazon ».

Sur le site d’Amazon France, d’ailleurs, ma pauvre nouvelle s’est rapidement récolté un commentaire dénigrant assorti d’une note d’une étoile. Tout le monde parle tellement de l’importance des commentaires positifs et des bonnes notes, que j’étais sûre que cela signerait la fin du succès inattendu de mon livre. Que nenni! Si les ventes ont continué à diminuer graduellement, je n’ai observé aucune chute notable; mes ventes se sont toujours maintenues à un minimum de quelques-unes par semaine, même dix, onze mois après la parution.

Cette expérience précoce a été la première faille dans ma foi en la promotion. J’avais lu partout qu’il fallait promouvoir, qu’il n’existait aucun autre moyen de se faire remarquer dans la masse, et voilà qu’un livre que j’avais tout juste pris la peine de mettre en vente (une formalité, grâce à Immatériel), que je n’avais à vrai dire pas pensé ni voulu vendre*, se vendait pour ainsi dire tout seul. C’était un sacré contre-exemple à la soi-disant règle d’or de l’édition… Cependant, je restais une modeste novice dans le monde du livre, et je n’osais pas offrir d’interprétation à cette apparente anomalie. Peut-être n’était-ce que l’exception qui confirmait la règle?

À suivre…


* Je ne vais pas nier que voir un livre avec mon nom dessus se vendre m’ait causé quelque fierté. Mais l’euphorie de me sentir écrivaine n’a pas duré. C’est la raison pour laquelle j’ai fini par enlever ce titre de la circulation; je n’étais au fond pas prête à publier, à lancer ma carrière, et je regrette aujourd’hui d’avoir publié cette nouvelle sous mon vrai nom.


Pêle-mêle du dimanche

Récemment, l’envie d’écrire m’est revenue. Enfin, non, elle n’est jamais vraiment partie, mais quand ça me tente de reprendre la fantasy parce que je viens de finir Angel’s Blood, ou d’écrire de l’historique parce que je suis en train de lire Untamed, je sais que je rêve. Pour m’apaiser, je prends des notes pour de futurs projets, mais j’ai conscience qu’ils ne sont pas encore mûrs, et que me lancer là-dedans exigerait trop de recherches préalables. Un jour, je le ferai. Mais actuellement, ce serait m’éparpiller, procrastiner. J’ai commencé l’année avec du contemporain et je sais que je dois battre le fer tant qu’il est encore chaud. Déjà qu’en l’occurrence, il est rendu plutôt tiède…

Comme souvent alors, je mets mes belles résolutions de lecture de côté et, à la place, j’entre dans une phase que je qualifierais de boulimie de mauvais livres. Pas forcément si mauvais que ça, d’ailleurs; mais disons que je ne recherche pas la qualité, la diversité ni même des livres qui sont « mon genre ». Au contraire. Je cherche à me confronter, à me provoquer moi-même, je cherche la frustration et la contrariété, ce point de nausée où je n’aurai plus envie de lire, mais seulement d’écrire. Parce qu’à ce moment-là, ce que j’ai à écrire deviendra clair : c’est tout ce qui m’a manqué, tout ce que je n’ai pas aimé dans ce que je viens de lire.

J’ai toujours trouvé plus de motivation dans les mauvais que dans les bons livres. Les mauvais livres me donnent une raison d’être, ou devrais-je dire une raison d’écrire : faire contrepoids. Tandis que les bons livres… je ne dis pas qu’ils n’inspirent pas, à leur manière. Mais c’est beaucoup plus subtil, souterrain. Un travail secret et de longue haleine. Sur le coup, les bons livres me laissent avec l’impression que le monde est complet et n’a pas besoin de moi, puisque quelqu’un l’a déjà fait et même très bien. Ils me laissent aussi avec le paradoxe de vouloir faire pareil, mais sans copier… Équation difficile à résoudre.

Hanchart Land, c’est juste une romance sans grand intérêt, classique au possible et assez démodée… Elle date originellement de 1997 et ça se sent. Je l’ai trouvée au hasard dans ma liseuse; elle devait être gratuite et j’en ai profité. Undeclared aussi était gratuite, et j’avais abandonné la lecture à 25 % parce que je m’embêtais. Par envie soudaine de New Adult, j’ai décidé de la reprendre, et je dois dire que ça s’améliore par la suite. (L’auteure, Jen Frederick, est un pseudonyme pour la fondatrice et chroniqueuse de Dear Author, Jane Litte.)

Par contre, il y a un aspect qui ne s’arrange pas, et qui est presque parfait pour me donner le petit coup de pied au c** dont j’ai besoin pour me remettre à l’écriture : la représentation du MMA et des combats ultimes en général (car j’écris en secret autour de ces sujets-là moi-même). L’auteure n’y connaît de toute évidence pas grand-chose et n’a dû faire que des recherches très superficielles. Alors, certes, il ne s’agit pas d’un roman sur le MMA, mais d’une romance. Je comprends cela. Mais est-ce que ça ne pourrait pas être un peu des deux? Ou, autrement dit, quel est l’intérêt d’avoir un héros qui pratique le MMA en mode semi-pro, si on n’essaie pas un minimum de représenter la réalité du sport et du milieu? Ou est-ce juste moi qui suis trop nerd?

Prochains titres sur la liste : Dirty, de Kylie Scott (en spécial à 1,99 $), et Rule, de Jay Crownover (emprunté à la bibliothèque). Pourvu qu’on n’ait pas trop d’exigences, on peut lire beaucoup de romance à très peu de frais…


The Hound of the Baskervilles, de Sir Arthur Conan Doyle

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Réédition du 24/05/2014

Au début, je n’étais pas convaincue de vouloir lire ce livre, qui m’a pourtant été offert en version antique par une de mes amies. Finalement, c’est le visionnage de la série télé Elementary qui a piqué ma curiosité : je voulais voir dans quelle mesure et de quelle façon les versions contemporaines de Sherlock Holmes à l’écran (Sherlock, Elementary) étaient fidèle au matériau d’origine.

En effet, je n’avais jamais lu qu’une seule aventure de Sherlock Holmes (La Vallée de la peur), quand j’étais adolescente. Je garde un souvenir assez précis de l’affaire, mais beaucoup moins des personnages de Holmes et Watson. Alors que je lisais The Hound of the Baskervilles, je me rappelais également en avoir vu une adaptation cinématographique (ou télévisuelle), mais, encore une fois, les détails ne m’étaient pas bien restés en mémoire.

Hound

Au départ, l’écriture m’a un peu déstabilisée. Elle m’a paru à la fois ancienne, pompeuse, et simple. Ces deux derniers adjectifs peuvent paraître paradoxaux; disons alors que les personnages ont tendance à s’exprimer d’une façon pompeuse, qui ne sonne guère naturelle aux oreilles d’aujourd’hui, tandis que l’histoire elle-même est racontée dans un style direct, efficace, sans recherche artistique. On est bien en plein dans le « roman de gare ».

Du reste, certaines personnes auraient peut-être l’intuition (fausse, à mon avis) du contraire, mais plus un style est simple, plus il est marqué par les idiotismes de son époque et, par conséquent, plus il apparaît daté et démodé à mesure que le temps nous éloigne de sa date de publication. Ainsi, on retrouve dans la bouche de tous les personnages, ou de façon répétée dans la narration de Watson, des expressions que je n’ai guère vu ailleurs, et certainement plus de nos jours. Une œuvre plus « littéraire » aurait sans doute varié le vocabulaire ou les tournures.

Cela dit, vous devez savoir que je n’ai absolument aucun mépris pour les « romans de gare ». Ici, ces caractéristiques n’empêchent en rien le roman d’être très réussi, et le talent de Conan Doyle d’éclater. Très rapidement, j’étais en effet prise dans le suspense du mystère à résoudre, et j’ai donc fini ce petit roman en trois jours, tops. Un élément de plus qui me donne envie d’écrire du policier…

Mais, surtout, je crois que j’ai effectivement été séduite par la manière habile dont l’auteur tisse la relation particulière entre Holmes et Watson. Du côté du détective, on ressent à la fois une arrogance extrême et une franche amitié pour son compagnon. Chez celui-ci, une admiration sans borne le dispute à un désir de faire ses preuves, de se montrer utile, voire de rivaliser avec son mentor.

Dans chacun de ces deux personnages, donc, on retrouve un mélange de sentiments à priori contradictoires, et qui font justement tout le piquant et l’unique de leur duo. Et, à cet égard, je dois dire que je trouve les deux adaptations que je citais plus haut assez justes. Quoique très différentes, elles réussissent toutes les deux à évoquer cette cohabitation tour à tour harmonieuse et étrange entre les caractères de Holmes et de Watson. Avoir lu ce roman donne presque plus de profondeur à mes yeux aux scripts de ces séries, comme si une dimension nouvelle en avait été révélée.

Bref, une lecture fort sympathique. Je relirais bien une autre affaire de Sherlock Holmes à l’occasion; cependant, je crois que ce serait plus pour étudier la façon dont le mystère est mis en place et résolu que par strict plaisir. J’ai toujours trouvé qu’il y avait un côté un peu vain dans le genre policier, et Sherlock Holmes n’y fait pas exception…

En revanche, autre chose a attiré mon attention dans la liste des œuvres publiées de Conan Doyle. Voyez plutôt :

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Cela intrigue, non ?