Bilan à mi-parcours et changement de cap

Je n’ai pas publié de billet sur le blogue cette semaine, mais j’en ai écrit un pour le site des Indéchaînés, que je vous invite à lire : L’autoédition, pourquoi? [S. J. Hayes]. (J’ai moins développé que je n’aurais voulu, parce que la longueur souhaitée par les responsables du site tournait autour de 1000 mots, alors que j’ai l’habitude ici d’écrire entre 1500 et 2000 mots par article.)

J’en profite également pour écrire un pêle-mêle un peu particulier, à l’image de mon billet de résolutions pour 2018. Près de 5 mois se sont écoulés, et je m’aperçois que la direction que je souhaitais prendre n’est peut-être pas la bonne, en fin de compte…

Concernant mon « Projet Bradbury » bloguesque (écrire et publier au moins un article par semaine), je n’ai pas vraiment de regret sur le fond. En revanche, cela m’occupe souvent une journée entière par semaine, ce qui me laisse peu de temps pour autre chose — à moins de revoir à la baisse mes objectifs d’écriture. Or, je ne suis pas prête à ça, considérant à la fois que l’écriture est ce qui me procure le plus de joie et d’apaisement, et que c’est actuellement ma seule activité qui me rapporte véritablement quelque chose. En effet, à ce jour, j’ai déjà gagné plus de 940 € avec mon roman-feuilleton (paru le 22 janvier), contre 18,70 € grâce au sociofinancement (lancé le 31 décembre).

J’adore écrire sur ce blogue, mais je n’adore pas me sentir parfois contrainte à produire mon « quota » hebdomadaire, surtout quand cela résulte en 1) un article mal fichu que je finis par dépublier (arrivé une fois) ou 2) une tendance à choisir des sujets faciles et rapides à traiter plutôt que pertinents et profonds. Je crois aussi que j’aimerais davantage d’échange avec mes lecteurices, et notamment les impliquer dans le choix des sujets.

Je pense donc relâcher un peu la règle d’un article par semaine, et chercher à la place à répondre à des attentes réelles de mon lectorat. Désormais, dans la colonne de droite, vous retrouverez chaque semaine un petit sondage vous invitant à voter parmi plusieurs idées d’articles en attente. Je me réserve le choix de la programmation finale, mais je tiendrai certainement compte de vos avis.

Concernant les ateliers en ligne, c’était sans doute mon projet le plus expérimental, et force est de constater que je ne sais pas du tout m’y prendre. Jusqu’à présent, je n’ai pas du tout réussi à atteindre mon public, et je n’ai pas vraiment envie de faire plus d’efforts de publicité ou de promotion pour y parvenir. Je considère que c’est un échec et je préfère m’en tenir là. Cependant, je reste ouverte à la possibilité de créer et de publier des tutoriels complètement gratuits en CC-BY-SA. Je vous remets ci-dessous les thèmes qui étaient prévus pour les ateliers, et je vous en prie, dites-moi s’il y a quelque chose que vous voudriez que j’explique :

  1. Préparation d’un roman (aussi valable pour les jardiniers/pantsers!)
  2. Écriture d’un roman
  3. Révisions à partir d’un premier jet
  4. Marketing et création d’une couverture
  5. Correction
  6. Création d’un livre numérique avec Sigil
  7. Mise en vente
  8. Création d’une offre papier

Pour ce qui est du militantisme local, j’ai raté la date limite pour proposer un atelier au Salon du livre anarchiste, et c’est presque un acte manqué. Je n’ai pas non plus eu le courage ni la motivation de rejoindre des associations dont la cotisation annuelle tourne autour des 100 $ (mais je me rends à un « café-rencontre » d’écrivain-e-s de la région mercredi prochain!).

Enfin, mon dernier échec, et celui dans lequel j’étais le plus investie émotionnellement, c’est le forum Indésphère. J’avais déjà mentionné mes doutes dans le dernier pêle-mêle : pourquoi m’obstiné-je à vouloir aider les autres? De toute évidence, personne ne veut ou n’a besoin de mon aide. Je ferais mieux de retourner dans ma grotte écrire mes livres, qui, eux, au moins, semblent trouver leur public et me rapportent de l’argent.

En réalité, ce n’était qu’un nouvel avatar d’un fantasme que j’ai depuis mon adolescence. À chaque fois qu’entrer en relation avec les autres devenait trop difficile et trop pénible, je rêvais qu’on m’enferme dans une petite pièce vide avec seulement un bureau, du papier et un crayon, et qu’on me laisse écrire mes histoires sans que j’aie à imposer ma présence aux humains. Seulement, même si mon forum n’a pas décollé, il y a quand même eu 6 inscrit-e-s. Six personnes, ça ne fait pas vivre un forum, mais… pour autant, ça vaut quelque chose. Beaucoup, même. C’est ce qui m’a fait prendre conscience d’un préjugé inconscient que j’avais.

En effet, mon fantasme de la petite pièce vide, je sais aujourd’hui que c’est un fantasme (y compris dans sa version réaliste). Non seulement ce repli sur soi n’est à mon sens pas souhaitable dans l’absolu, mais je sais que cette illusion de confort ne pourrait pas se faire passer pour du bonheur très longtemps. Je crois au rôle social et « engagé » de l’artiste, à un rôle qui dépasse celui de producteurice de biens de consommation. Or, jusqu’à présent, ce rôle-là se traduisait principalement pour moi par une forme d’activisme, de lobbyisme politique. Peut-être parce que c’est ce que j’avais connu, et que cela me manquait…

Vous me connaissez, je ne rate jamais une occasion de parler de moi. Alors, si vous permettez, je vous raconterai qu’entre 2010 et 2013, j’ai été assez active au sein du mouvement étudiant au Québec, qui a culminé dans la grève de 2012. Pendant près d’un an et demi, j’ai siégé à l’exec’ de mon association départementale (les cycles sup’ en science politique), j’ai participé à des congrès de l’ASSÉ en tant que déléguée, j’ai peint des pancartes et des bannières, fait signer des pétitions, tenu des piquets de grève (y compris sous la pluie), bouffé du gaz lacrymo, et me suis retrouvée dans un bus qui s’est fait intercepter et rediriger par la SQ (illes nous ont fait attendre dans des cellules et interrogé-e-s un-e par un-e), etc.

En 2013, j’ai lâché ma maîtrise pour développer ma maison d’édition. Comme j’avais conscience de ne pas savoir ce que je faisais, et peur par-dessus tout de perdre mon temps, j’ai profité d’être mon propre patron pour avoir un enfant en parallèle. Et là, après sa naissance, je dirais que j’ai traversé une sorte de trou noir. Beaucoup de femmes qui ont des enfants en bas âge le vivent, particulièrement si elles étaient habituées auparavant à avoir une vie assez active, assez sociale, et d’un certain niveau intellectuel. Tout à coup, tout cela disparaît. Notre monde se ferme, se réduit aux quelques pièces entre lesquelles on erre à longueur de journée. Et même quand on sort, on est seule, presque toujours seule. Toujours fatiguée, le temps de ne rien faire — surtout pas pour soi-même — et tout le monde autour de nous qui nous répète qu’on ne fait pas assez d’efforts.

Je ne suis pas (re)tombée en dépression (comme tant d’autres femmes), mais je me suis mise à craindre — à juste titre — cette petite pièce fermée, la solitude, l’isolement. Et, naturellement, j’ai voulu recréer ce que j’avais connu avant, retrouver ce que j’avais sacrifié. Militer m’avait comblée; j’avais adoré ça, j’avais eu le sentiment de trouver ma juste place — l’activité qui me convenait parfaitement, le mélange idéal de procédures et de passion. Et, en même temps, peut-être qu’il y avait là-dedans aussi une part d’illusion.

Aucune manif n’est le fun si on n’a pas des potes sur lesquels tomber inopinément, avec qui discuter philo pendant que les autres gueulent autour, et avec qui boire un coup à la fin. L’aspect humain, ce n’est pas la masse anonyme. C’est la promesse qu’on construit quelque chose, quelque chose de réel à opposer à la fausseté du monde qui nous entoure, quelque chose qui survivra à la lutte de circonstance. Or, non. Quelques années plus tard et je ne suis plus en contact avec aucun-e de mes ex-camarades, alors qu’on vit toujours, pour la plupart, dans la même ville (ou si près!). J’avais déjà ressenti le début de ça au dernier party où illes m’avaient invitée, en 2013, et où personne ne m’avait parlé.

Six personnes. Ça ne fait pas un mouvement social, ça. Mais si on peut avoir six ami-e-s, alors c’est beaucoup. C’est énorme. C’est mieux qu’un party où personne ne nous parle. Et je me suis dit alors que « les autres » voulaient peut-être quelque chose de moi; seulement, pas ce que je m’étais obstinée à vouloir leur donner. Je pense qu’on est beaucoup à songer davantage à soi lorsqu’on fait des cadeaux qu’aux personnes à qui on compte les offrir. On croit savoir ce qui est bon pour elles, plutôt que de chercher à leur faire plaisir; après, on s’étonne d’être tièdement reçu-e…

Là où je veux en venir, c’est qu’il existe peut-être un rôle social et une forme d’engagement envers la société qui ne soit pas explicitement politique. Un engagement intellectuel, un engagement artistique, peut-être, mais qui se situe dans une dimension qui échappe à la sphère des rapports marchands et qui échappe à l’industrie. Quant à savoir de quoi celui-ci est constitué, concrètement, je crois que laisser les projets venir et vous en faire la surprise en fait partie.


Vivre de sa plume : prévoir l’échec… et le succès

Quelques semaines après avoir mis mon roman en vente, je suis retournée pour des raisons techniques sur le backoffice de mon distributeur. Évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil au nombre de ventes. Celui-ci était plus bas qu’espéré. Inévitablement, mes pensées ont pris le tour habituel : c’est un flop; comment ai-je pu croire que, cette fois, ça allait marcher (I’m the anti-King Midas: everything I touch turns to shit); adieu, l’écriture à temps plein; pourquoi aussi ai-je tenu à faire zéro promo, etc. Pour me réconforter, j’ai relu la série Discoverability sur le blogue de Kristine Kathryn Rusch (que je vous conseille si vous voulez lire avec énormément plus de détails l’une des sources qui m’ont inspirée ma propre série Antipromotion).

C’était intéressant, mais aussi très long (c’est le seul reproche que je lui fais : d’être assez verbeuse), et j’ai fini par me ressaisir. Stop. C’est exactement pour cette raison que je m’étais interdit de regarder mes chiffres. Combien de fois ai-je déjà vécu ça? 70? Au moins — pas avec mes propres livres, mais ceux que j’ai édités. (Ce qui peut sembler moins pire, mais, dans mon cas, ça me touche plus : quand je suis éditrice, j’ai fait un pacte avec l’auteur-e, et j’ai l’impression de les trahir.) Dès que j’ai la sensation de ne pas être la hauteur, je panique, et je prends des décisions impulsives que je finis par regretter.

Cette fois, j’étais préparée. Et pourtant… même lire Kristine Kathryn Rusch, au fond, n’était pas constructif, mais une réaction épidermique. En ce moment, je suis censée essayer d’écrire un nouveau roman; ce n’est clairement pas le moment de me laisser distraire par des considérations de marketing. Le seul point positif, et celui sur lequel je comptais, c’est que les articles de Rusch eux-mêmes ont contribué à me remettre sur le droit chemin. En effet, ils m’ont remis à l’esprit deux concepts très importants : 1) que tout ce qu’on fait pour sa carrière doit passer le test WIBBOW, soit Would I Be Better Off Writing?, et 2) que construire une carrière d’écrivain-e prend très longtemps.

Je le sais pourtant pertinemment et, comme je l’ai dit, j’étais préparée. Même quand on est préparé-e, on peut faire des rechutes, mais je vous assure que ça limite quand même sérieusement l’ampleur des dégâts. Alors, en quoi consiste cette « préparation »?

Je vous ai parlé, dans mon dernier article sur le sujet, de se fixer un objectif, afin d’élaborer ensuite un plan pour l’atteindre. Cependant, ça ne suffit pas. Cet objectif reste arbitraire, et quelles sont les chances, dans la réalité, que vous tapiez en plein dans le mille? Plus qu’un objectif unique, donc, je vous recommande en réalité de prévoir plusieurs scénarios possibles, qui recouvrent idéalement toutes les situations (utilisez des fourchettes). Chaque scénario mènera à certaines conséquences, et l’idée est de vous tenir à cette feuille de route.

Cela comporte à mon sens plusieurs avantages. Certes, cette feuille de route peut être sujette à changements, si vous changez réellement d’avis (et notamment si vous acquérez de nouvelles informations qui modifient, non pas vos buts, mais les chiffres qui sont censés y correspondre). Mais cette feuille de route représente votre vision à long terme, votre vraie vision. Elle vous évitera de prendre les mauvaises décisions sous le coup d’une émotion — positive comme négative, d’ailleurs. En se focalisant sur un objectif modeste, on peut également être pris au dépourvu si la réalité le dépasse et faire, dans ce cas aussi, des choix qu’on pourrait regretter (exemples : flamber d’un coup tout l’argent gagné, signer un contrat avec un éditeur, etc.).

Ensuite, en représentant tous les cas de figure, elle s’éloigne des notions dramatiques de succès et d’échec — et, surtout, du trou noir et de l’impensable qui caractérisent souvent l’échec — en lui substituant un simple dégradé de situations plus ou moins souhaitables. En prévoyant, en planifiant même « l’échec », on le dédramatise, on désamorce sa force destructive. On a accepté comme une règle du jeu qu’il était possible que notre livre fasse des ventes pitoyables. Si c’est ce qui nous attend, alors on est prêt-e à passer à l’étape suivante : que faire? Et ça tombe bien : ça aussi, on l’a déjà prévu. On ne perd pas de temps à broyer du noir ou à chercher des solutions illusoires; on continue d’avancer.

Enfin, ça permet de se détacher de ces préoccupations au jour le jour. Ce qui adviendra adviendra, on n’y peut plus rien. Et on assumera les conséquences, telles qu’on les a décidées… J’insiste d’ailleurs sur la nécessité de prévoir ces conséquences de façon suffisamment claire et détaillée. Visualiser l’échec ne suffit pas; ça risque simplement de vous plomber et de vous rendre pessimiste. Ce qui va vous aider, c’est de pouvoir penser : oui, ça craint, mais j’ai un plan. Une issue, une solution. Je sais ce que je dois faire.

À titre d’exemple, je mentionnais dans mon dernier article le seuil que représente pour moi le salaire horaire minimum. Si je ne parviens pas à atteindre ce seuil, j’ai prévu d’abandonner l’écriture à temps plein et de chercher un « vrai » travail (probablement à temps partiel et/ou à durée limitée, cependant). À première vue, cela ressemble à un échec. Et c’est vrai que c’est ce que je me souhaite le moins… le pire qui puisse arriver. Mais ce « pire » n’est pas une punition; c’est même une façon pour moi de sauvegarder les conditions dans lesquelles je peux créer. Certes, si je travaille à côté, j’écrirai fatalement beaucoup moins, et probablement pas du tout pendant une période. Sauf que, si écrire ne me rapporte rien, je sais d’expérience que je préfère encore ça, et conserver mon envie et ma liberté d’écrire*, que de me retrouver prise au piège dans un « travail » qui en a tous les inconvénients (obligation de le prioriser sur toute autre activité, perfectionnisme, recherche de rentabilité, etc.) et aucun des avantages (la possibilité d’en vivre, d’être prise au sérieux), comme j’ai pu le subir avec ma maison d’édition.

Au-delà, j’ai fixé d’autres seuils qui vont déterminer ma stratégie de publication. J’écris presque uniquement des séries et, selon le succès du premier livre, j’ai prévu de suspendre (temporairement) la série, ou à l’inverse de lui accorder une priorité « basse » ou « élevée » (comme j’écris aussi dans plusieurs genres, la première correspond à une priorité dans un genre donné, et la seconde à une priorité tous genres confondus). Pour moi, c’est le schéma parfait qui allie considérations marketing et considérations purement subjectives et humaines.

En effet, il me semble, d’une part, logique de ne pas s’obstiner dans une voie qui ne fonctionne pas, comme il est logique de fidéliser un lectorat conséquent en publiant le prochain tome de la série aussi rapidement que possible. Mais, d’autre part, je me connais également assez pour savoir que ma motivation croît et décroît en fonction de l’écho que rencontrent (ou pas) mes écrits. En d’autres termes, au lieu de lutter contre ma démotivation, j’ai choisi de l’accueillir à bras ouverts dans un plan qui la justifie rationnellement.

Pour ce qui est de l’application, vous vous demandez sûrement comment je calcule si j’ai atteint ou non un seuil, étant donné que les ventes d’un livre ont tendance à s’échelonner sur des années. Eh bien, tout simplement, je considère ce « problème » comme le correctif idéal à une vision qui, autrement, serait trop froide, trop implacable. N’oubliez pas que ce plan est là pour vous aider et vous apaiser, et jamais pour vous forcer la main, vous stresser ou vous menacer. Avoir un plan qui se base sur le revenu supposément total d’un livre me sert entre autres à me rappeler d’être patiente, que rien ne sert de courir, et qu’aucune conclusion ne peut être tirée de quelques semaines, ni même quelques mois de vente.

Se bâtir une carrière d’écrivain-e, dans la plupart des cas, est un looooong processus. Il faut laisser le temps à nos œuvres de trouver leur public, à nos stratégies de se développer et de faire effet. Tout ce que vous faites actuellement ne devrait avoir un impact que sur ce que vous ferez l’année prochaine, voire plus tard encore… À ce moment-là uniquement, vous aurez le recul nécessaire pour juger votre travail et reconnaître ce qui vaut la peine d’être changé (ou pas).

Enfin, ce flou intentionnel me sert aussi à garder le contrôle dont j’ai besoin pour créer (parce qu’au fond, j’ai beau m’amuser à planifier ceci et cela, je suis le genre de personne qui n’en fait qu’à sa tête; je finis toujours par changer d’avis et improviser). Finalement, les conséquences de tel ou tel scénario ne sont que des indications, des directions. C’est toujours à moi qu’il revient d’arrêter arbitrairement le compteur des ventes et, donc, de décider à quel scénario mon projet semble correspondre. En fait, le plus important n’est pas ce qu’on va faire concrètement (enchaîner avec l’écriture du tome suivant, ou bien écrire un autre roman à la place?), mais bien qu’on ait quelque chose à faire et qu’on s’y mette à fond, sans être parasité-e par les doutes, les réserves et les appréhensions.

Sinon, si ça vous intéresse, j’ai aussi un seuil ultime qui symbolise le fait que mon œuvre est rentabilisée et que je refuse de toucher davantage d’argent sur son compte. C’est ma façon de refuser le capitalisme et de signifier qu’il n’y a, pour moi, aucune différence entre un-e artiste qui touche des millions grâce à son œuvre, et un PDG qui touche des millions grâce à sa multinationale. J’ai toujours trouvé immensément hypocrite de tenir un discours attaquant les soi-disant « 1 % » (discours, qui, du reste, se base sur une fausse analyse du capitalisme**), sans s’en prendre au même titre au 1 % d’artistes qui jouissent exactement du même système.


* J’ai déjà écrit au sujet des 20 ans que j’ai passés à vouloir écrire sans y parvenir. Si je dois traverser un autre désert de ce genre, je serai un peu déçue, mais je sais que je peux y survivre et que ce n’est qu’une question de temps avant que j’essaie à nouveau. Je vois ça un peu comme un jeu de serpents et échelles : parfois, on se pogne un serpent, mais rien ne peut nous ramener à la case départ ni nous empêcher de continuer à avancer.

** Oui, j’ai l’intention d’écrire à ce sujet aussi. Je ne sais pas quand, parce que, comme vous vous en doutez, ça va me demander pas mal de temps et de matière grise. Mais c’est effectivement une question hyper passionnante…


Vivre de sa plume : marge de manœuvre et projections financières

Dans mon article d’introduction au sujet, j’insistais sur la différence entre votre but d’écrivain-e et le but « gagner de l’argent ». Je pense en effet qu’il est utile de bien cerner et d’assumer pourquoi l’on écrit. D’une part, cela nous évite les déceptions vis-à-vis de choses qu’on ne veut pourtant pas réellement

En effet, l’esprit humain est étrange (ou bien juste le mien?) en cela qu’on est prêt-e à envier tout ce qui nous est présenté comme enviable. Par exemple, tel-le ami-e sur Facebook partage sa joie d’avoir eu son manuscrit accepté chez tel éditeur ayant pignon sur rue… Presque par réflexe, on se prend à penser « ah! si seulement c’était moi! » alors qu’au fond, en ce qui me concerne, je n’ai aucun désir d’être éditée à compte d’éditeur. Par contre, peut-être que je bataille avec un premier jet récalcitrant, et l’idée d’un contrat d’édition me renvoie à un stade que j’ai bien hâte d’atteindre, celui d’avoir un texte fini et « éditable »? Me rendre compte de ça m’aide à garder le cap — le mien.

D’autre part, de façon négative, savoir ce que l’on veut nous permet de délimiter notre marge de manœuvre. J’y reviendrai dans un instant.

Prendre conscience que l’on n’écrit pas pour l’argent doit-il pour autant nous désintéresser des façons d’atteindre ce but? Je ne crois pas. À moins que cela vous débecte trop, je pense que toute forme de savoir est une force — y compris un savoir maléfique que l’on n’entend pas utiliser personnellement… Ainsi, dans les faits, puisque là n’est pas votre but premier, vous allez être amené-e à ignorer la plupart des voies à suivre pour faire de l’argent. Cependant, il est toujours bon d’en connaître le maximum, histoire de pouvoir y recourir parfois, d’une façon précise et choisie, ie dans ce que j’ai appelé plus haut votre « marge de manœuvre ».

Pour clarifier mon propos, je vais me prendre en exemple. Mon but, mettons, est d’utiliser les codes et la mission divertissante de la littérature de genre pour explorer des problématiques humaines, sociales et politiques. (Donc, vous voyez, aucun rapport avec l’argent… aucun rapport même avec d’hypothétiques lecteurs/-trices! Si une seule personne au monde aime ce que j’écris, j’assumerai.) Le négatif, c’est ce qui n’est pas mon but. Mon but n’est pas de réinventer la prose, d’accomplir des prouesses stylistiques, d’être reconnue par mes pairs, d’être enseignée dans les lycées, ni de briser les codes et de transcender les « cases » qu’on appelle genres… Je pourrais continuer la liste; voici ce qui constitue ma marge de manœuvre. Tout ce qui ne fait pas partie de ma priorité et, par conséquent, qui m’est plus ou moins indifférent.

Maintenant, voyons un peu de quels moyens je dispose pour « faire de l’argent ». Pour l’exemple, je prendrai un moyen extrêmement basique : dépenser moins. Moins je dépense, plus je gagne d’argent au total; c’est logique. Dans mon cas, j’ai donc décidé de me passer de correcteur/-trice comme d’illustrateur/-trice pro (pour la couverture). J’ai décidé de m’en passer parce que, précisément, je ne cherche ni la perfection stylistique, ni un visuel unique et sophistiqué qui traduirait le caractère unique de mes écrits. Donc, pourquoi perdre de l’argent dans quelque chose qui m’est, en fin de compte, égal?

Ça, c’est le principe. Dans les faits, il est inutile de se creuser la tête pour trouver où faire des coupes, tant qu’on ne sait même pas 1) s’il y a bien lieu de faire des coupes, ni 2) de combien on a besoin de couper. Du reste, couper dans les dépenses n’est qu’un moyen parmi d’autres. Peut-être qu’il ne vous reste rien à couper — rien, en tout cas, qui fasse partie du « superflu » (parce que je répète que vous ne devez faire aucun compromis en ce qui concerne votre but personnel; s’il est important pour vous d’être publié-e avec une couverture pro, plus important que « faire de l’argent », alors n’en démordez pas!).

Le point de départ, ce sont vos projections financières. Vous devez avoir un but financier, puis être capable d’estimer combien vous rapporteront vos livres. Si vous n’en avez aucune idée, c’est bien normal, surtout si vous débutez… Mais c’est par là que tout commence; vous ne pouvez rien entreprendre sans avoir ces chiffres sous les yeux. Votre première tâche, donc, est de déterminer ces chiffres.

Pour ce qui est de votre but financier, je ne peux évidemment pas vous aider; vous devez le fixer vous-même. Il y a toutefois deux façons de l’envisager : premièrement, selon le montant dont vous avez besoin pour vivre. Mais, dans ce cas, vous devriez être ouvert-e à la possibilité d’écrire à temps plein. En effet, il n’y a à priori aucune raison pour qu’une activité à laquelle vous ne consacrez que 10 heures hebdomadaires vous rapporte l’équivalent d’un travail à 40 heures par semaine… Deuxièmement, vous pouvez définir votre but en tant que salaire horaire. Si vous écrivez à temps partiel, vous en retirerez donc un salaire de temps partiel.

Quant aux projections financières de vos livres, on s’entend que c’est un exercice difficile, proche du jeu de devinettes. On ne sait jamais à l’avance exactement combien on va vendre ou gagner. Pour autant, nous allons tenter de l’estimer de façon réaliste, et ce, en nous basant sur des chiffres passés et avérés. Si vous avez déjà publié et que vous comptez continuer à publier la même chose (par exemple, des romans policiers), il est naturel de prendre vos chiffres de vente passés comme base pour vos projections futures. Faites une moyenne, mais, si vous hésitez, mieux vaut sous-estimer que surestimer votre succès (question de prudence élémentaire).

Si vous n’avez jamais publié ou que vous comptez publier quelque chose de complètement différent, vous devez découvrir les chiffres de vente de livres comparables au vôtre — et par là, je veux dire vraiment comparables. Ainsi, si vous vous autoéditez avec une couverture faite par vous-mêmes, vous ne pouvez pas forcément vous comparer avec un livre publié à compte d’éditeur, quand bien même il s’agirait d’un roman de fantasy dans le même style que le vôtre… Même remarque par rapport au prix : vous ne pouvez pas considérer le volume de vente d’un livre à 0,99 euro, et le reporter tel quel sur un livre que vous entendez vendre 6,99 euros. (Même si, selon mon expérience, le prix est loin d’avoir l’influence que l’on croit sur les ventes; il y a trop de livres bradés qui sont des flops, et trop de livres chers qui s’arrachent comme des petits pains!)

Enfin, votre dernière solution est de vous lancer à l’aveugle, et d’utiliser les chiffres de ce « test » afin d’élaborer une stratégie pour vos livres suivants.

Les chiffres de vente sont une chose, mais, à partir d’eux, il vous reste encore à estimer vos gains réels. Il vous faudra considérer vos dépenses, mais aussi l’argent que vous touchez effectivement sur vos ventes. Par exemple, sur un livre à 5,99 euros, il y a souvent une taxe de vente (pas toujours la même, donc, par principe, je prends là aussi la plus courante ou la plus élevée), puis il y a le pourcentage prélevé par le revendeur et, le cas échéant, le distributeur. Comme mon distributeur est dans un autre pays, il me paie par PayPal, donc il y a aussi la commission de ce dernier… Bref, l’argent fuit de partout; il ne faut rien oublier si vous voulez être rigoureux/-se.

À ce propos, n’oubliez pas non plus que certains chiffres de vente ont pu être boostés par des baisses de prix temporaires. Un livre à 5,99 euros qui s’est vendu à 2000 exemplaires n’a probablement pas généré 11 980 euros de chiffre d’affaires. D’où l’intérêt d’avoir vos proches chiffres, afin d’en étudier le détail… et la nécessité de tout noter, tout le temps.

Un autre chiffre que vous devez impérativement connaître, c’est le temps que vous prenez à écrire et publier un livre. Et, à cet égard, personne ne peut malheureusement vous souffler de réponse. Le processus d’écriture est quelque chose de trop personnel pour qu’on puisse l’emprunter à quiconque.

En 2017, j’ai commencé une feuille de calcul où je note, avec les dates, toutes mes rentrées et sorties d’argent professionnelles, ainsi que tout le temps que je passe à travailler, en spécifiant le type de « travail » (je faisais quelque chose de similaire les années précédentes, mais avec moins de rigueur). Maintenant que j’ai repris l’écriture, cela me permet notamment de garder une trace très précise du temps que je passe à écrire (et à réviser, corriger, créer un livre numérique, etc.) : combien d’heures par semaine, et combien d’heures sur un roman. Il va de soi que, plus on aura d’expérience, plus nos chiffres seront fiables, et il est naturel également de corriger ses prévisions à mesure que l’on a accès à de nouvelles données.

Une fois que l’on possède tous ces chiffres seulement, on peut les comparer et décider quoi changer — le but étant, bien sûr, que les gains projetés et le montant désiré s’équilibrent. À ce propos, ce que je vous conseille n’a rien d’une formule magique, et il n’est pas à exclure que vivre de votre plume vous soit impossible. Si vos gains prévus sont trop éloignés de votre objectif financier et que, de surcroît, votre marge de manœuvre est minuscule, n’espérez pas de miracle… Toutes les équations n’ont pas de solution. Cela dit, comme moi, vous pourriez aussi être surpris-e de constater qu’atteindre votre objectif est largement à votre portée…

Exemple : Mon but est de gagner avec mes écrits l’équivalent du salaire minimum (12 $ au Québec à partir du 1er mai prochain). Pourquoi le salaire minimum? Pour justifier symboliquement que j’emploie mon temps à écrire plutôt qu’à un « vrai travail ». De plus, étant donné que je n’ai pas de qualification professionnelle, tout « vrai travail » que je suis susceptible de trouver risque d’être payé au salaire minimum (c’était le cas, du moins, de mes deux derniers emplois).

Sur la base des statistiques de mon dernier roman, j’ai besoin de 210 heures pour écrire, réviser, corriger, réaliser un livre numérique et le publier. Pour atteindre mon but, je dois donc réussir à gagner 2 520 $ avec un livre. Comme c’est un roman de 90K+ mots, j’ai décidé de le vendre à 6,99 € (j’ai un distributeur français qui m’oblige à fixer des prix en euros). Là-dessus, une fois que j’enlève la TVA française (la plupart de mes ventes s’effectuent en France) et la commission des intermédiaires, je touche en moyenne 3,98 € par vente.

Comme je me fais payer via PayPal en euros, il faut que je prenne en compte leur commission de 3,9 % du montant + 0,35 €. Par simplicité, comme je ne sais pas encore le nombre de paiements requis pour arriver à mon but (mon distributeur me paie tous les mois), je vais arrondir ces frais à 4 %. Selon la conversion actuelle de PayPal, j’ai besoin de 1 700 € pour obtenir mes 2 520 $, donc 1 770,83 avec la commission. Arrondissons cela à 1 800 € (j’ai peut-être dépensé 30 € pour la couverture). Pour arriver à ce montant, je dois donc vendre 452 exemplaires de mon roman. Alors, réaliste ou pas réaliste?

Je suppose que cela dépend de ce que vous écrivez, mais, d’après mes chiffres personnels (voir ici et ici), c’est très très possible dans les genres de la romance M/F contemporaine, historique ou paranormale (et sans doute dans d’autres genres aussi, je ne possède juste pas de statistiques à leur sujet; si cela vous intéresse, vous allez devoir les obtenir vous-même!).

Dans cet article, je me suis contentée d’exposer le principe selon lequel j’arrive à naviguer entre ma priorité personnelle et la possibilité de vivre de ma plume. Dans les prochains, j’espère vous donner quelques clés pour favoriser vos ventes et/ou augmenter vos revenus — avec la réserve que celles-ci ne seront pas nécessairement compatibles avec votre vision, votre but… Mais si, par chance, elles le sont, alors tant mieux!

À suivre…


Quelques précisions, car j’ai conscience de n’avoir fait qu’effleurer un sujet complexe :

1) Par souci de simplicité, et parce que c’est ma façon privilégiée de gagner de l’argent, je n’ai mentionné que les revenus issus de la vente. Cependant, rien ne vous empêche de considérer d’autres sources, tels que le sociofinancement ou les subventions.

2) Il est possible de faire ce calcul et d’avoir cette démarche même si l’on est (ou souhaite être) édité-e à compte d’éditeur. Quoique, personnellement, je trouve que ça réduit trop la marge de manœuvre…

3) Si votre pain quotidien dépend directement de vos revenus, vous aurez sans doute aussi besoin de vous pencher sur les flux de trésorerie. La littérature est un investissement dont les retours peuvent se faire attendre et s’étaler sur de nombreuses années. Je tiens toutefois à souligner qu’il ne s’agit pas d’une pierre de Sisyphe; cet inconvénient ne concernera que les premières années de votre activité. Si l’on considère qu’un livre entre en fin de vie deux ans après sa parution*, alors, passés ces deux ans, toute baisse de vos revenus sera uniquement liée à un déclin effectif de vos ventes (et non à la nature du système).

Si vous avez la moindre question, n’hésitez surtout pas! C’est la première fois que je partage ces considérations, et je ne sais pas si j’ai réussi à être suffisamment claire.


* Ceci est un chiffre arbitraire, inventé pour l’exemple. En réalité, tous les livres ne suivent pas le même comportement. Certains ne vendent presque plus après 6 mois, tandis que d’autres connaissent le fameux « long tail » jusqu’à 5 ans après leur parution (voire plus, théoriquement, mais je n’ai pas encore assez vécu pour l’observer en vrai). Par ailleurs, il faudrait ajouter à cette durée le délai après lequel vous touchez l’argent correspondant à ces ventes, et celui-ci aussi est variable, dépendamment de la façon dont vous êtes édité-e.


Vivre de sa plume : introduction

Je ne vis plus à Montréal depuis 2 ans et demi. J’y retourne régulièrement, mais je ne passe pas forcément par le centre-ville. Quand il m’arrive d’y passer, je suis toujours ébahie d’y voir de nouvelles enseignes qui ont remplacé les anciennes, et des locaux vides « À louer » à la place de magasins qui faisaient autrefois partie de mon quotidien. Le turnover est très important sur Saint-Laurent, particulièrement pour les restaurants — deux ans d’existence en moyenne, paraît-il. Bref, la vie est dure pour les commerces; la plupart de ceux qui tentent l’aventure échouent.

Et, à côté de ça, comme dans un monde parallèle, les auteur-e-s de fiction osent parler de « loterie » pour justifier leur propre précarité, et répètent à l’envi à quel point le milieu littéraire est dur et impitoyable. Cela ne fait que confirmer à mes yeux que l’immense majorité des auteur-e-s sont issu-e-s d’une classe sociale privilégiée, dans laquelle la « normalité » est d’avoir un bon boulot, dont on peut vivre confortablement et depuis lequel on peut contempler l’avenir avec une relative tranquillité. Un boulot qu’on peut obtenir du seul fait d’avoir franchi les bonnes étapes.

Or, vouloir vivre de l’écriture, c’est comme ouvrir un restaurant : certes, il y a tout l’art derrière, sans lequel il n’existerait rien; mais rendre l’affaire financièrement viable, c’est fondamentalement un travail de commerçant. Je me permets ici de partager avec vous quelques extraits des Propos d’Alain qui m’ont beaucoup fait réfléchir, alors que j’étais aux prises avec mon entreprise, ma maison d’édition :

Chacun a ce qu’il veut

La jeunesse se trompe là-dessus parce qu’elle ne sait bien que désirer et attendre la manne. Or il ne tombe point de manne; et toutes les choses désirées sont comme la montagne, qui attend, que l’on ne peut manquer. Mais aussi il faut grimper. (…)
Je reviens à dire que tous ceux qui veulent s’enrichir y arrivent. Cela scandalise tous ceux qui ont rêvé d’avoir de l’argent, et qui n’en ont point. Ils ont regardé la montagne; mais elle les attendait.

De la destinée

Beaucoup de gens se plaignent de n’avoir pas ceci ou cela; mais la cause en est toujours qu’ils ne l’ont point vraiment désiré. (…)
Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivés qu’à une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils? Leur franc-parler? Ils l’ont. Ne point flatter? Ils n’ont point flatté et ne flattent point. Pouvoir par le jugement, par le conseil, par le refus? Ils peuvent. Il n’a point d’argent? Mais n’a-t-il pas toujours méprisé l’argent? L’argent va à ceux qui l’honorent. Trouvez-moi seulement un homme qui ait voulu s’enrichir et qui ne l’ait point pu. Je dis qui ait voulu. Espérer ce n’est pas vouloir. Le poète espère cent mille francs; il ne
sait de qui ni comment; il ne fait pas le moindre petit mouvement vers ces cent mille francs; aussi ne les a-t-il point. Mais il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa nature, comme le crocodile fait ses écailles et l’oiseau ses plumes. On peut appeler aussi destinée cette puissance intérieure qui finit par trouver passage; mais il n’y a de commun que le nom entre cette vie si bien armée et composée, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.*

Comprendre cela a été pour moi une révélation. Depuis longtemps, je suis fascinée par le phénomène du succès. Pas dans le sens où ce qui a du succès m’intéresse, mais dans le sens où je m’essaie à décrypter les raisons, à la fois évidentes et sous-jacentes, du succès. Ayant constaté que ce que j’aimais et considérais « de qualité » était presque toujours un classique ou un bestseller, j’avais échafaudé une théorie selon laquelle, statistiquement, la qualité et le succès ont tendance à aller de pair. Mon expérience d’éditrice, ajoutée à ces propos d’Alain, m’a déssillée. Je me suis rendu compte à posteriori qu’en dépit de toutes mes réserves envers le système économique et idéologique en place, j’avais été victime malgré moi de « l’illusion libérale » — entendez : la fameuse harmonisation naturelle des intérêts bien compris.

En réalité, le succès et la qualité n’entretiennent aucun rapport logique entre eux. Cela ne signifie pas qu’ils ne se rencontrent jamais… juste qu’ils ne se rencontrent qu’arbitrairement, de façon inattendue et inexpliquée. On peut souhaiter faire de beaux vers et gagner de l’argent avec, mais, concrètement, ces deux buts ne se superposant en rien, on est bien forcé-e de choisir quelle direction donner à ses efforts. Seront-ce les beaux vers, ou bien l’argent? On ne peut pas gravir les deux montagnes à la fois. Parce que j’ai voulu l’ignorer, que j’ai tenté de ne pas choisir, de ne rien sacrifier, de trouver un compromis entre la qualité et le succès, je n’ai eu pour ma peine aucun des deux… Une qualité passable au mieux**, et un vague, étroit succès d’estime, peut-être. Rien dont on puisse être fière, dont on puisse réellement se réjouir.

Je pense qu’une des grandes sources d’insatisfaction des auteur-e-s, c’est de ne pas vraiment savoir ce qu’illes veulent, et de confondre vouloir et rêver. On peut rêver de gloire; mais, si on la veut, alors il faut s’en donner les moyens. Ce qui veut dire, certes, agir concrètement vers ce but, mais aussi savoir au préalable quelles actions poser! Vous pouvez être prêt-e et déterminé-e à gravir votre montagne — mais il faut aussi, d’abord, se donner la peine de découvrir le terrain et amorcer la montée là où le chemin est humainement praticable. Car, si vous abordez la montagne par le côté où elle est bordée d’un précipice, vous aurez beau savoir clairement ce que vous voulez et avoir toute la volonté du monde, vous n’irez pas très loin.

Quand on veut ouvrir un restaurant, on doit étudier le marché, se renseigner sur ce que cela implique, apprendre le coût de chaque chose, estimer les gains possibles… Il faut enfin avoir des projections financières qui tiennent la route. La base de mon raisonnement, c’est que si ça ne fonctionne même pas sur le papier (que les gains prévus sont inférieurs aux dépenses, par exemple), alors il n’y a presque aucune chance que ça fonctionne dans la réalité. Or, on voit tout les jours des auteur-e-s débutant-e-s qui se lancent, sans avoir aucune idée de rien, dans des projets qui ne peuvent pas leur permettre d’en vivre. C’est écrit — noir sur blanc dans le contrat —, c’est couru d’avance. Alors, illes le font sans doute pour autre chose, soit… (Peut-être pour les beaux vers?) Mais, dans ce cas, il faut l’assumer jusqu’au bout, et ne pas prétendre qu’on souhaite gagner de l’argent.

Et je ne dis pas cela juste pour vous clouer le bec, mais aussi, et surtout, pour vous libérer. Dès l’instant où vous admettez que vous ne faites pas cela pour l’argent, vous pouvez arrêter de faire semblant de gravir la montagne du succès, et vous occuper de monter celle des beaux vers, de la qualité, du partage — enfin, de ce que vous voudrez… de la raison qui vous a fait prendre la plume en premier lieu. Vous pourrez vous émanciper de toutes les obligations qu’on fait peser sur vous, et qui n’ont pourtant aucun lien avec votre montagne personnelle : la promotion, les échéances, votre image professionnelle… Les éditeurs/-trices chercheront évidemment à vous manipuler pour que vous fassiez le plus possible d’efforts gratuits pour eux; mais, maintenant que vous avez compris que votre montagne n’est pas la leur, vous pouvez les remettre à leur place et continuer votre bonhomme de chemin. Après tout, s’illes veulent que vous vous comportiez en « professionnel-le », qu’illes vous donnent des conditions de travail et des revenus qui vous permettraient réellement de passer pro, ie d’en vivre.

Mais, me direz-vous, si la qualité et le succès n’ont aucun rapport, s’il faut choisir sa montagne, cela signifie-t-il donc que, pour vivre de sa plume, il faille renoncer aux exigences de l’art et se faire pur marchand, pur mercenaire? Oui, sans doute, mais, encore une fois, uniquement si gagner de l’argent est bel est bien votre but premier, votre priorité. Si c’est le cas, vous n’éprouverez aucun regret, aucun sentiment de sacrifice, puisque vous ne ferez que suivre votre désir le plus fort — votre nature, même, selon Alain. Toutefois, il y a une troisième voie… une façon, selon moi, de mitiger le dilemme, et qui n’est pas non plus un compromis tiède. C’est ce que j’entends vous présenter dans cette nouvelle série d’articles, sous l’intitulé « Vivre de sa plume ».

Comme je l’ai reconnu plus haut, qualité et succès peuvent se rencontrer. Alors, dans les faits, il se pourrait qu’en gravissant la montagne de la qualité, vous vous aperceviez que le sommet que vous visiez fait aussi partie de la chaîne du succès… Et, bien qu’on ne puisse pas agir directement en vue de ce résultat, on peut, en revanche, aménager sa possibilité. Par exemple, si vous avez besoin de faire 1000 ventes papier pour gagner de l’argent, vous n’avez malheureusement aucun moyen de garantir ces 1000 ventes… Par contre, si vous avez signé pour un tirage à 500 exemplaires, vous savez déjà qu’il est presque impossible pour vous d’y parvenir. Ne vous mettez pas dans des situations où vous partez perdant-e. Vous devez non seulement permettre le chevauchement, la coïncidence, mais travailler à la favoriser, voire à l’inviter. Nous verrons comment dans un prochain article.

À suivre…


* Vous pouvez lire les deux propos en entier à cette adresse : http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/propos_sur_le_bonheur/alain_propos_bonheur.pdf

** C’est un jugement qui est à comprendre vis-à-vis de mes propres standards, et non du niveau de ce que font les autres maisons d’édition. À cet égard, je crois me situer dans une moyenne honorable.


2018, communauté, activisme et sociofinancement

En 2018, si Dieu le veut, je pourrai enfin faire de l’écriture mon activité principale. Et, si j’y passais tout mon temps disponible, j’ai calculé que je pourrais écrire et publier 4 romans par an (du moins, en théorie…). Sauf qu’à 30 ans, je commence finalement à me connaître, et je sais pertinemment que je ne supporterai pas de me tenir à un régime réduit à de la productivité pure… Le problème, c’est que je n’arrive pas à avoir des œillères, à faire abstraction, à compartimenter mon esprit — ou alors, pas pour longtemps. Je ne peux pas prétendre défendre des valeurs de justice et d’humanité à l’intérieur de mes romans et, à côté, en parallèle, embrasser sans réserve l’inhumanité et l’injustice qui caractérisent le mode de fonctionnement dominant de la société, que ce soit à travers les « industries culturelles » ou les « réseaux sociaux », ou encore la « propriété intellectuelle »…

En réalité, je l’ai fait — pendant 5 ans avec ma maison d’édition. Un témoignage de ma bonne foi, j’espère; une preuve formelle que je ne rejette pas cela par simple posture gauchiste, par tradition ou préjugé, mais bien parce que j’ai essayé avec tout l’enthousiasme que j’avais et que l’atterrissage a été rude. Comme d’habitude, les personnes sont les seuls aspects à sauver dans ce naufrage, et c’est d’autant plus horripilant de songer qu’on est tou-te-s pris-es là-dedans, obéissant malgré nous à des logiques qui pourrissent le monde.

En d’autres termes, on n’écrit et on ne publie pas dans une bulle, ni dans l’éther. À quoi bon écrire des livres qui dégoulinent d’amour du prochain, de solidarité et de bons sentiments, si on s’en sert ensuite pour participer à — et, de là, légitimer, encourager — la concurrence sauvage du marché capitaliste? À quoi bon écrire des textes qui exaltent la liberté et la diversité, s’ils vont ensuite enrichir des corporations multinationales, renforçant leur mainmise sur nos vies et la standardisation universelle des goûts et des couleurs? Je n’ai pas de réponse, et encore moins de modèle à proposer. Nous sommes tou-te-s en partie prisonniers/-ères du système, et moi pas moins qu’un-e autre. Mais ça me travaille, c’est le moins qu’on puisse dire… Je suis aussi incapable de m’empêcher d’écrire, que d’accepter de publier dans le statu quo qu’on nous offre sans au moins chercher à changer les choses.

J’ai donc résolu de consacrer environ un jour de travail par semaine non à écrire ou à publier, mais à militer et à œuvrer dans la communauté. Par « la communauté », j’entends celle des personnes qui, comme moi, s’intéressent à la littérature et à son devenir, aux conditions dans lesquelles on peut écrire en 2018, à ce que signifie écrire en 2018. Parmi mes projets les mieux garantis, je me suis lancé le défi d’une sorte de Projet Bradbury version non-fiction : écrire et publier un billet de blogue par semaine pendant un an. Ces billets seront à l’image de ce que j’ai publié cette année, soit un ensemble éclectique de réflexions, retours d’expérience, opinions, « conseils » (ou plutôt témoignages) d’écriture, récits autobiographiques, etc.

J’ai également le projet de me lancer dans quelque chose de complètement nouveau : les ateliers en ligne. Cela me semble le prétexte idéal pour me forcer à synthétiser et à mettre en forme mes compétences de manière à pouvoir réellement et aisément les transmettre. J’ai prévu à priori une série de 8 ateliers distincts, répartis sur 12 mois :

  1. Préparation d’un roman (aussi valable pour les jardiniers/pantsers!)
  2. Écriture d’un roman
  3. Révisions à partir d’un premier jet
  4. Marketing et création d’une couverture
  5. Correction
  6. Création d’un livre numérique avec Sigil
  7. Mise en vente
  8. Création d’une offre papier

Mon but est qu’en suivant tous ces ateliers, vous puissiez partir complètement de zéro et réussir à publier un roman à la fin de l’année. Mais il est également possible de n’en suivre qu’un ou certains, selon votre intérêt et ce que vous percevez comme votre ou vos points faibles. Comme mon but premier est de disséminer des connaissances (qui ne sont ni ma création ni mon apanage), les ressources textuelles seront publiées sous licence libre. J’ai envisagé d’offrir les ateliers gratuitement ou à prix libre, mais, en fin de compte, je pense opter pour un tarif symbolique (15 € / 20 $, moitié prix pour tout atelier suivant), afin que l’inscription ait valeur d’engagement pour les participant-e-s.

Dès que j’aurai une première publication à mon nom (de plume), je compte aussi devenir membre de l’UNEQ et de l’AAM, au sein desquelles j’entends, d’une part, promouvoir l’autoédition et, d’autre part, diffuser une critique du droit d’auteur-e dans la perspective des Communs. Si je peux et que je m’en sens capable, ce sont également des sujets sur lesquels j’aimerais donner des présentations, des ateliers, etc., notamment en milieu anticapitaliste et libertaire.

Enfin, j’ai quelques projets plus collectifs dont je ne saurais promettre la réalisation, mais qui risquent de m’occuper un peu… Déjà, un lieu de rencontres sur la Toile entre artistes indépendant-e-s, qui reste encore à définir davantage (mais on a parlé de « vitrine », de « réseau », d’« annuaire », de « forum »…). Et, dans un genre encore plus ambitieux, une coop de distribution et de revente de livres numériques avec d’autres éditeurs/-trices indépendant-e-s (incluant les auteur-e-s autoédité-e-s).

J’ai du pain sur la planche et, honnêtement, on verra ce que ça va donner! C’est important pour moi qu’aucune de ces activités ne soit menée dans une démarche commerciale. Pour autant, cela signifie forcément que je ne pourrai écrire et vendre que 2 à 3 romans maximum dans l’année, pour une bête question technique de temps. Cela limite donc mes sources de revenus; et c’est pourquoi j’ai décidé de me lancer dans le sociofinancement! En réalité, je n’en espère pas grand-chose, et pour cause : je suis depuis longtemps très sceptique de ce mode de financement (j’écrirai peut-être un jour un billet pour expliquer pourquoi). Cependant, le concept de Liberapay ne comprend pas certains défauts, pour moi rédhibitoires, d’autres plateformes : c’est une OBNL qui ne prend aucune commission supplémentaire sur les dons, et il n’y a aucun système de récompense. (C’est aussi un projet libre, ce qui ne gâche rien…)

Sans plus attendre, voici le lien vers mon compte : https://liberapay.com/Jeanne. Si vous voulez m’encourager à réaliser tous ces projets, valider mon choix de ne pas me consacrer uniquement à des activités mercantiles, m’aider à ne pas dépendre entièrement du succès (fort hypothétique) de mes livres… vous pouvez désormais le faire à raison de quelques (centièmes d’)euros ou dollars par semaine. Ça peut paraître contradictoire de vouloir se faire payer pour des activités qui se veulent « non commerciales », mais voyez-le ainsi : ce n’est pas que je sois en soi anti-commerce; seulement, je ne veux pas avoir à vendre ces « services » comme des marchandises, à prospecter des clients ni à exclure des personnes qui, faute de moyens, ne pourraient pas payer. Malheureusement, en attendant qu’on abolisse l’argent et le travail, je dois bien justifier l’occupation de mes heures de travail… Alors, la question, finalement, est simplement : voulez-vous me donner les moyens de mener ces projets à bien? (Ou non… Vous avez le droit de trouver tout ça complètement nase et inutile!)

Dans tous les cas, ne vous inquiétez pas, je compte bien m’amuser… Et même si je devais me rabattre sur l’écriture à temps plein, je n’aurais pas de quoi me plaindre, j’imagine. Alors, quoi que l’année 2018 ait en réserve pour moi, je vous en souhaite une très belle et bonne!


Comment je me suis mise à l’écriture

J’ai raconté la semaine dernière comment je me suis initialement intéressée à la romance pour des raisons purement mercenaires, soit avec l’espoir d’en écrire et d’y gagner de l’argent (voir Comment je me suis mise à la romance). Il y a des auteur-e-s que l’idée d’écrire pour le marché horrifie ou scandalise; pas moi — et je ne crois pas que cela soit dû à un défaut de sens moral, mais plutôt à la façon dont j’envisage l’écriture et mon rôle d’écrivaine. L’appel de l’écriture ne m’est pas venu du dedans, comme un besoin irrépressible d’expression qui aurait trouvé à sortir; l’appel est arrivé du dehors, comme un défi ou une invitation, une parole qui n’était d’abord pas la mienne et qui demandait une réplique — la mienne?

J’ai écrit dès que j’ai su écrire, vers 4, 5 ans (j’ai effectivement tenu mon premier journal à cet âge, en italien), mais ce n’étaient d’abord que des poèmes, plus rarement quelques histoires très courtes où je plagiais allègrement mes lectures préférées*. L’idée d’écrire une « vraie histoire », originale, comme celles qu’on trouvait dans les livres, ne m’est venue qu’à 9 ans.

C’était au début de l’année de CM2. Une de mes camarades, nouvelle dans notre école, a demandé à notre prof de « publier » un conte de fées qu’elle avait écrit l’année précédente dans le cadre d’une activité scolaire. Nous avons passé des mois à le relire, le corriger, le mettre en page, l’illustrer et l’imprimer. Une partie de moi trouvait le projet très chouette et avait contribué avec enthousiasme aux illustrations (j’étais à l’époque plus dessinatrice qu’écrivaine). Cependant, une autre partie enviait tout le flan qu’on faisait autour de ce texte, qui ne me semblait du reste pas si bon**. Une suite de clichés — j’étais sûre de pouvoir faire aussi bien, sinon mieux.

Je me suis donc lancée avec la première idée qui m’est passée par l’esprit. Bien sûr, j’ai vite abandonné. D’une part, j’avais une situation initiale, une situation finale, mais pas d’intrigue pour relier les deux. Je me suis arrêtée pour réfléchir, et puis je n’ai jamais continué. D’autre part, comme je l’ai dit, j’avais l’habitude des dessins et des poèmes, ces « œuvres » qu’on commence et achève en une seule séance, en quelques minutes à quelques heures. Le résultat comme la gratification sont immédiats ou presque. Trouver la motivation et la foi de poursuivre un même but sur des semaines, voire des mois, c’est autre chose. Et c’était trop pour moi.

Pendant l’année suivante, j’ai tenté une réécriture de ce projet, en le tapant cette fois directement à l’ordinateur. J’ai aussi commencé d’autres manuscrits dont j’ai vu les problèmes — et que j’ai par conséquent laissés tomber — presque immédiatement. À ce moment-là, ça ne m’inquiétait pas de ne rien finir; j’avais toujours de bonnes raisons. Quand on grandit, notre vision des choses évolue vite, on apprend et on découvre sans cesse, nos idées qu’on croyait géniales peuvent devenir obsolètes du jour au lendemain. Ce qui serait étonnant, ce serait de conserver la même approche et les mêmes ambitions d’une année sur l’autre. Après tout, l’année de ma sixième, c’est l’année où j’ai lu pour la première fois Théophile Gautier, Jules Vernes, Jack London, Paul Féval, Alexandre Dumas, Lucy Maud Montgomery…

J’avais donc commencé à écrire, à vouloir écrire, mais je ne pensais pas encore à impressionner qui que ce soit au-delà de mon entourage. Être à la place de ma camarade de CM2 me paraissait une gloire suffisante. La plupart de mes premiers projets sont d’ailleurs nés dans le but d’être offerts à mes amies, en hommage à nos jeux, à nos intérêts communs et aux livres qu’on se prêtait entre nous.

Mais l’année de mes 11 ans, c’est aussi celle où nous avons eu la télévision. Ma mère a entrepris de faire notre culture cinématographique et, à l’automne 1998, elle a emprunté au vidéoclub du coin un film intitulé en France Le Cercle des poètes disparus. Je n’ai qu’un vague souvenir de l’histoire, mais, sur le coup, ce visionnage m’a beaucoup marquée. Et ce, à deux niveaux : d’abord, il y avait le message du film, qui valorisait le désir artistique, et puis le film en lui-même, produit concret de ce même désir. C’est ce jour-là que s’est cristallisé en moi le désir d’écrire comme vocation, comme carrière — sur le moment, en fait, j’ai parlé de l’envie de « raconter des histoires » (le médium m’importait peu à l’époque : cinéma, littérature, bande dessinée… tout se valait à mes yeux).

Ce n’est pas le besoin d’exprimer une histoire ou une idée spécifique qui m’a donné envie d’écrire. C’est l’envie d’écrire qui est venue en premier, et la question de savoir quoi écrire a toujours été secondaire. Écrire, pour moi, c’est entrer dans cette infinie conversation interculturelle et intergénérationnelle, c’est ajouter un nœud dans le réseau intertextuel qui se tisse, en public, en secret, en dépit de la distance et du temps. Mon écriture n’est pas un cri, un appel; c’est une réponse, c’est un argument… c’est même parfois une reprise, pour le plaisir d’enfoncer le clou.


* La série du petit Nicolas de René Goscinny, les romans pour la jeunesse de Roald Dahl, de la comtesse de Ségur…

** Je comprendrais plus tard que ce texte avait en réalité un grand mérite : celui d’être achevé.