Girls Don’t Fly, de Kristen Chandler

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Réédition du 31/10/2014

Le Young Adult est un genre que je prétends aimer, mais que je lis en réalité assez rarement. Girls Don’t Fly est l’un des trois livres YA que j’ai gagné lors d’un concours sur un blogue, les deux autres étant Virtuosity et Tris and Izzie. Le premier, quoique plaisant, m’avait confortée dans ma distance vis-à-vis des romans « jeunesse » au sens large, puisque je ne m’étais pas vraiment identifiée à l’héroïne, ou plutôt, je m’étais sentie soulagée d’avoir dépassé cette période-là de ma vie… Je n’ai pas encore lu le second, mais je sais déjà que les retours de lecteurs sont mitigés à son égard.

Et enfin, Girls Don’t Fly, donc. Une sorte de jeu de mots sur « boys don’t cry », j’imagine, mais qui n’est pas des plus parlants… ni, par conséquent, des plus attirants. À priori, c’était le titre qui me tentait le moins des trois; une nouvelle preuve de l’importance des titres. Et de la couverture, aussi. Elle n’est pas vilaine, même assez mignonne, mais… après avoir lu le roman, je trouve qu’elle ne véhicule pas vraiment l’ambiance qu’on découvre entre les pages.

L’histoire commence lorsque l’héroïne, Myra, se fait larguer par son copain de longue date, Erik, surnommé Prince Charming en raison de son apparente perfection : il est non seulement le beau gosse, mais le gosse de riches du lycée. Myra, par contraste, est la deuxième de six enfants d’une famille low class et notoirement athée dans le coin de Salt Lake City, Utah.

Vers la même période, un étudiant postgradué vient dans leur cours de bio les informer d’une opportunité unique : deux élèves de la région pourront partir aux Galápagos pour un voyage scientifique. Les lauréats seront choisis sur la base d’une proposition de recherche qu’ils doivent rédiger, mais aussi à condition qu’ils puissent s’acquitter d’une partie des frais, soit mille dollars. Une formalité pour Erik… un défi pour Myra, surtout quand elle démissionne de son job après un clash avec son ex.

Girls Don’t Fly est un roman YA dans le plus pur sens du terme. Plus que le côté romance (comment survivre après une rupture? y a-t-il quelqu’un qui pourrait être encore plus digne d’amour que son ex?), c’est l’évolution de Myra qui est au cœur de l’histoire. D’abord une fille qui essaie toujours de faire plaisir à tout le monde, elle laisse peu à peu sa personnalité prendre le dessus et apprend à cerner, puis à poursuivre ses propres rêves. C’est une évolution vraiment chouette à lire, et Myra est une héroïne dans la tête de laquelle j’ai trouvé facile de m’imaginer, même alors que nous n’avons pratiquement aucun point commun.

De plus, je dois dire que j’ai trouvé ce livre vraiment pas mal écrit. Mes dernières incursions en YA m’avaient vraiment donné l’impression que les auteurs écrivaient, soit exprès, soit naturellement, « à la hauteur de leur lectorat ». Pas seulement au niveau du style, souvent assez basique, mais aussi du traitement : de façon plus ou moins réaliste, plus ou moins subtile. Eh bien, ce n’est pas le cas avec ce roman. C’est fin, bien vu, évocateur, et en même temps crédible. Suffisamment, du moins. Si je me suis fait quelquefois la remarque : « Est-ce qu’une ado de dix-sept ans sans inclination poétique percevrait spontanément la scène à travers ces détails-là? », ce n’est pas non plus une impression qui a dominé ma lecture, du tout. Ce n’était jamais prétentieux, et le langage lui-même restait d’ailleurs simple et accessible.

Je m’arrête ici sur le livre lui-même. J’aimerais juste profiter de cette chronique pour exposer ma réflexion que, vraiment, les programmes de français, même au secondaire, feraient mieux de se concentrer sur ce genre de bouquins « jeunesse » (en favorisant la production nationale, pourquoi pas; on sait que je ne suis pas très partiale vis-à-vis des traductions) que sur le patrimoine de la littérature française…

Beaucoup de gens qui, comme moi, aiment lire et écrire, ont suivi une filière littéraire au lycée. Ce n’est pas mon cas, pas seulement parce que les matières scientifiques me réussissaient, mais aussi parce que j’ai toujours eu du mal à dire que j’aimais le français. Ah, ces fichus classiques! Ils m’ont vraiment gâché le plaisir. Pourtant, je n’étais pas mauvaise élève… J’ai même toujours été l’une des meilleures, y compris en français. Et je n’étais pas non plus d’une autre culture, d’une culture populaire. Mes parents m’ont au contraire transmis une culture plutôt officielle, plutôt snob, le respect des classiques et l’envie de les aimer.

Mais que voulez-vous que je vous dise? À quatorze, quinze ans, quand on n’a presque rien vécu, on n’a pas la maturité requise pour comprendre des classiques écrits par et pour des adultes… En tout cas, moi, je ne l’avais pas. Je l’ai eue plus tard; à partir de dix-sept, dix-huit ans. Mais j’avais déjà passé mon bac de français alors! J’ai redécouvert des bouquins qui m’avaient laissée de marbre au collège et au lycée, que j’avais même refusé de lire en entier en protestation (d’autant que ce n’est pas nécessaire pour répondre aux questions, passer les examens et avoir des bonnes notes). Et je continue à mûrir et à comprendre.

Cela dit, je sais pertinemment que l’une des raisons pour lesquelles, encore aujourd’hui, je préfère lire en anglais qu’en français… est justement qu’à une époque formative de ma vie, on m’a dégoûtée de la littérature française. Alors, oui, j’aime les classiques… surtout anglais et américains. Jane Austen, les sœurs Brontë, George Orwell, J. D. Salinger, Harper Lee, Jack Kerouac, Tennessee Williams, John Steinbeck (je liste des auteurs, mais je n’ai lu qu’un titre de certains d’entre eux)…

Bref, je pense que la relation des jeunes avec les cours de français serait radicalement changée si on leur faisait lire, en leur disant que c’est tout aussi important et tout aussi valide, des livres comme Girls Don’t Fly, avec des personnages qui leur ressemblent ou qui ressemblent à leurs amis, qui ont des problèmes qui leur sont familiers, et qui les surmontent avec des moyens qui sont à leur portée. Des livres, aussi, ne nous voilons pas la face, relativement faciles à lire, ce qui ne signifie de toute façon pas forcément mal écrits.

Et les classiques de la litérature dans tout ça? Eh bien, faites confiance aux jeunes pour les découvrir par eux-mêmes s’ils le souhaitent… ou pour décider de poursuivre des études de lettres s’ils veulent les étudier. Je ne pense pas que ce soit sous-estimer les élèves que de leur proposer des lectures plus à leur niveau, au contraire. Je pense que c’est les prendre pour des personnes, par opposition à des machines à avaler et à recracher de la « connaissance », qui est l’approche prédominante actuellement dans l’Éducation nationale (ou l’était il y a dix ans, lorsque j’ai passé mon bac). Voilà, c’est tout.