Les droits culturels, une nouvelle façon d’envisager la création

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ce récent article de Calimaq, Cinq raisons de refonder les licences libres sur les droits culturels, que j’ai trouvé simplement lumineux, et dont je vous recommande la lecture préalable. D’emblée, cela a achevé de me convaincre que les concepts d’auteur-e individuel-le et d’originalité sur lesquels repose le droit d’auteur-e sont une fiction, une vue de l’esprit, et plus que jamais dans notre monde actuel, bouillonnant d’échanges, de partages et de créations. Je me permets d’en citer un passage :

L’originalité fait en effet de l’auteur une sorte de « démiurge » capable de générer l’oeuvre par lui-même et la notion rejette dans l’ombre les multiples influences et inspirations dont il se nourrit nécessairement pour créer. S’appuyant sur la distinction entre les « idées » (toujours libres) et les « formes » (protégeables), le droit d’auteur repose en réalité sur un fond simpliste de philosophie platonicienne et kantienne, démenti par tous les travaux de sociologie de la création. (…)

La notion d’originalité est aussi à l’origine d’une « coupure » brutale entre le domaine public et les oeuvres protégées. La grille idéologique actuelle nous fait voir les auteurs allant puiser des idées dans le domaine public qu’ils remettent en forme pour créer des « oeuvres », passant alors dans le registre des droits exclusifs. Mais cette vision est en réalité purement artificielle : la création forme un « continuum » qui progresse sous la forme d’une incrémentation perpétuelle. En créant, nous « prolongeons » ceux qui nous précédaient et nous donnons la possibilité aux générations qui nous suivront de faire de même à leur tour.

J’adhère complètement à cette vision des choses; c’est d’ailleurs un peu le sentiment que j’essayais d’exprimer en racontant comment je m’étais mise à l’écriture. J’ai donc tenté d’imaginer une application pratique à cet attirant concept de droits culturels. Et là, bon… je confesse que, durant la première phase de ma réflexion, je me suis heurtée à pas mal de « mais ». Je suis presque entièrement revenue de mon enthousiasme initial… avant d’avoir enfin l’illumination.

En fait, ma pensée était restée embourbée dans le paradigme du droit d’auteur-e — que soutient d’ailleurs aussi la culture libre. Pourtant, Calimaq annonçait d’entrée de jeu cette limite des licences libres, et le titre de son billet est on ne peut plus explicite… Mais, vous savez, il y a parfois de ces choses qu’on ne peut vraiment comprendre qu’après les avoir comprises?

Dans le paradigme du droit d’auteur-e, il y a ce côté tout ou rien, noir ou blanc, libre ou protégé — les différents types de licences Creative Commons ont certes tenté d’apporter des nuances, mais il s’agit finalement juste de faire une soupe de morceaux noirs et blancs, et certainement pas de nous faire voir l’arc-en-ciel. Ça correspond à une logique individualiste dans la mesure où les droits sont forcément octroyés (ou non) à des individus (ou personnes morales), qu’il s’agisse de l’auteur-e, d’une compagnie à laquelle ille a licencié ses droits, ou même de la totalité des individus (dans le cas du domaine public ou de la culture libre). Chaque personne qui possède l’un ou plusieurs de ces droits peut les exercer en totale indépendance, sans se soucier le moins du monde de celleux qui l’entourent.

En pratique, cela signifie que l’œuvre est soit placée sous le contrôle exclusif de l’auteur-e (ou des ayants-droit, le cas échéant), soit abandonnée au bon vouloir et à la fantaisie de tout un chacun, échappant à tout contrôle, sauf peut-être celui de la fameuse « main invisible » du marché (ha ha!). Or, si le premier cas n’est pas idéal et peut faire l’objet de maintes critiques, il me semble bien compréhensible que la seconde option rebute et effraie la majorité des créateurs/-trices, qui sont bien aise de la repousser loin après qu’illes seront mort-e-s et enterré-e-s… Les débats autour de la culture libre sont d’ailleurs pleins de ces angoisses d’artistes : et si ma musique libre est utilisée dans une vidéo de néo-nazis? dans une publicité grossière pour une compagnie que j’exècre? et si Hollywood fait une adaptation complètement dénaturée et formatée de mon œuvre? et si quelqu’un fait une version porno de mes livres jeunesse, avec mes personnages et tout? (Je suis tombée sur un truc de ce genre quand j’étais gosse — ah! je peux vous dire que ça m’a surprise!)

Tout cela est malheureusement possible et autorisé pour les œuvres du domaine public et celles placées sous licence libre. Ce sont des préoccupations légitimes; or, les libristes ont pour l’instant toujours échoué à leur apporter une réponse satisfaisante, préférant les minimiser et/ou riposter par des accusations. J’en entends qui se plaignent du manque de soutien et d’engagement sur le sujet de la part des créateurs/-trices, mais peut-être que la raison de cette méfiance est à chercher dans le miroir… Je crois que beaucoup d’artistes se sentent méprisés, intimidés, pas réellement pris en compte par les défenseur-e-s de la culture libre, dont le discours ressemble trop souvent à du prosélytisme religieux : « Bannissez vos doutes et votre pensée critique! On parle d’être sauvé des flammes de l’Enfer, là! Sûrement, le salut de vôtre âme vaut bien quelques petits sacrifices… » Oh, d’accord! Vous m’excuserez de vouloir aborder la question avec un esprit rationnel, en pensant un tout petit peu à mes propres intérêts et à ce que je gagnerais dans l’affaire…

La bonne nouvelle, c’est que les droits culturels pourraient résoudre ce dilemme (entre protéger et libérer son œuvre) — en le faisant disparaître, tout simplement. En effet, ce dilemme n’existe que dans le paradigme du droit d’auteur-e. Tu fais sauter le droit d’auteur-e, tu fais sauter le dilemme! Simple, mais il fallait y penser. Et Calimaq l’a fait; c’est super.

Maintenant que je relis son billet, ça me semble clair; mais, au départ, je n’arrivais pas bien à saisir son concept de « droits d’usage collectif », de droits dont le sujet est le collectif, la communauté. Ce ne sont pas, comme dans le droit d’auteur-e, les individus membre de la communauté qui, chacun séparément des autres, jouissent de droits. C’est la communauté elle-même… En d’autres termes, le contrôle est détenu collectivement, les décisions sont prises collectivement; et aucun individu, qu’il soit l’auteur-e de la création d’origine, un néo-nazi ou un pornographe, ne peut, tout-e seul-e, se prévaloir de rien. De quelle communauté parle-t-on? Elle n’a pas de contours, elle est nécessairement ouverte. Potentiellement, elle pourrait rassembler tous les êtres humains de la terre. En pratique, ses membres se définissent par leur participation; on peut imaginer un noyau constitué des fans de l’œuvre, autour duquel gravitent d’autres personnes au gré de leur intérêt pour les questions soulevées.

Au fond, c’est tout à fait anarchiste, et c’est pour ça que ça me plaît (par contraste, la culture libre correspondrait davantage à une version « libertarienne » — un courant depuis toujours constitutif du milieu libriste, d’ailleurs, et qui est l’une des raisons pour lesquelles je ne m’y sens pas complètement à l’aise). Dans un tel modèle, on aurait besoin de très peu de législation (donc d’ingérence extérieure), puisque chaque communauté serait souveraine. Cela signifie qu’elle aurait le droit non seulement de prendre des décisions relatives au devenir de l’œuvre, mais aussi de décider de son propre fonctionnement interne (dont son mode de prise de décision) et de revenir sur des décisions antérieures. Exemple : j’écris et je publie un roman (ce premier acte m’appartient en entier, puisque je suppose que, par défaut, au point zéro, la communauté, c’est moi). Quelqu’un aimerait écrire (et publier) une suite. La proposition est soumise à la communauté.

a) Une discussion s’ensuit, durant laquelle je fais valoir que j’avais moi-même l’intention d’écrire une suite et que je préfèrerais ne pas être influencée par une autre version; je contre-propose donc que la suite concurrente soit reportée (ou du moins sa publication) à une date ultérieure. La communauté tranche : un délai m’est accordé, au terme duquel la publication d’une suite alternative sera automatiquement autorisée. b) Je n’ai jamais eu l’idée d’une suite et ne souhaite pas en écrire. Cependant, la majorité de la communauté est intéressée par le projet soumis et celui-ci est validé. (Il y aurait d’autres scénarios possibles, j’en ai juste donné deux.)

Quid de la rémunération? À vrai dire, c’est un non-problème, puisque chaque communauté pourra trancher au cas par cas, dans les seules limites de l’imagination. Calimaq suggère de se rapporter au travail de création; je présume que cela consiste notamment à payer la ou les personne(s) identifiée(s) comme ayant effectué le travail de création de l’œuvre génératrice de revenus. Dans notre exemple, à priori, les revenus générés par la suite devraient aller à l’auteur-e de la suite. Néanmoins, rien n’empêche non plus d’imaginer que cet-te auteur-e, se considérant redevable à l’auteur-e du premier roman, propose de lui verser un petit pourcentage. Ce sera à la communauté de déterminer si cela est juste, et/ou à quelles conditions, dans quelle mesure. Quant à l’auteur-e de l’œuvre d’origine, ille pourra donner son opinion — ou au contraire estimer que sa mission est remplie, et laisser le soin de juger à la collectivité.

Plus j’y pense, et plus l’idée des droits culturels me plaît — beaucoup plus, et à des tas d’égards, que la culture libre. Au-delà de la résolution du dilemme que j’évoquais plus haut, ces droits collectifs ont aussi l’avantage de replacer la communauté au cœur de leur fonctionnement. À l’inverse, et en dépit du « cadeau » à la communauté qu’elle peuvent sembler représenter, les licences libres opèrent une rupture de la communication. Elles signifient littéralement : « Vous n’avez plus besoin de me contacter pour aucun projet; toutes mes dispositions sont déjà prises et elles sont inscrites dans tel contrat. » Ah, ben… niveau chaleur humaine, on repassera! Et, qu’on se l’admette ou non, dans cette idée d’abandonner son œuvre à tous les sorts et de tout accepter d’avance, le pire comme le meilleur, il y a forcément une dimension de « je m’en fous » — « je préfère limite pas savoir! » Donc, un repli sur soi. Chacun dans sa bulle. C’est plus mon problème. L’antithèse de la société. L’individualisme à son sommet.

Certain-e-s créateurs/-trices pro-libre le sentent confusément, et tentent de rattraper le coup à grand renfort d’invitations, d’encouragements et de rappels : « Tenez-moi au courant! » « Envoyez-moi tout! » « Hé, vous savez que vous avez le droit de diffuser mon œuvre librement, hein? » « Et aussi d’écrire vos propres histoires dans mon univers, hein? N’hésitez pas! » Sauf que toutes ces perches sont, en fin de compte, des demandes — qui exigent réponse, exécution. La licence libre est une faveur — et elle attend, ou du moins elle espère quelque chose en échange. Remboursement de la dette. Je t’accorde cette liberté, tu fais ma promotion. Donnant-donnant, hein? C’est un contrat qui nous lie, après tout. Et, de l’autre côté, on ne se sent pas membre légitime de la communauté à moins d’avoir payé son ticket d’entrée : aidé à disséminer l’œuvre, contribué à la création collective…

Avec les droits culturels tels que je les conçois, ce serait beaucoup plus simple, plus immédiat, plus inclusif, plus « empowering ». Pour faire partie de la communauté, il suffit de participer. Et pour participer, il suffit de donner son opinion. Non seulement c’est facile, donné à tout le monde, mais c’est une réelle reconnaissance et valorisation des autres — bien davantage que l’échange de services de la culture libre (qui revient à une forme d’instrumentalisation, d’utilitarisme, quand bien même ce serait mené avec la plus grande bienveillance). La dynamique collective qui en résulte ne peut être que radicalement différente.

Dans un précédent article, j’avais aussi exprimé mes craintes que les licences libres n’entrent en contradiction avec la loi Lang en France, ou encore avec les directives d’Amazon (entre autres). Paradoxalement, si les licences libres s’appuient sur le droit d’auteur existant, elles n’en ont pas moins un rapport conflictuel et ambigu avec la loi et les usages. Au contraire, malgré l’absence de cadre légal officiel (pour l’instant), il me semble que les droits culturels pourraient d’ores et déjà être mis en œuvre sans difficulté et sans heurt. Certes, le système reposerait sur la bonne foi de l’auteur-e de l’œuvre originale (légalement l’unique détenteur/-trice des droits la concernant), mais il n’y a pas non plus de raison d’en douter, puisque rien ne l’obligeait en premier lieu à placer son œuvre sous ce régime.

À ce propos, j’ai rencontré en février le collectif actuel de la structure d’édition libertaire Sabotart, et j’ai découvert, à moitié avec et à moitié sans surprise, qu’ils fonctionnent sans contrat d’édition, sur un modèle entièrement basé sur la confiance. L’hostilité des anarchistes à l’égard de tout ce qui est moyen légal, juridique ou institutionnel de résolution des litiges est un sujet auquel je réfléchis depuis longtemps, et je n’ai pas de mal à envisager qu’on puisse tout à fait s’en passer. En gros, au lieu de laisser une instance extérieure et supérieure décider pour nous et mettre ces décisions à exécution (ce qui nous dispense à la fois de penser et de vivre toutes les implications de ces décisions), il s’agit d’éviter et de punir abus et dérives en étant là, tout simplement, en participant (showing up), en confrontant collectivement les problèmes et les adversaires.

Parce qu’on ne peut pas confronter grand-chose, justement, en tant qu’individu — retour à la culture libre. Tu détiens seul-e tes droits d’auteur-e, tu découvres que quelqu’un a utilisé ton œuvre à des fins malfaisantes? Que peux-tu faire? Le système légal est ta seule arme, ton seul recours (et c’est pourquoi on assiste à une escalade absurde et dangereuse des moyens légaux censés protéger les créateurs/-trices). Dans les faits, des communautés informelles existent déjà, qui ont pu, à l’occasion, efficacement soutenir un-e artiste et son œuvre. Cependant, dans le cadre du droit d’auteur-e (y compris dans la culture libre), la constitution ou non d’une communauté étant laissée au hasard — et à la personnalité plus ou moins sociale de l’artiste —, beaucoup de créateurs/-trices se retrouvent en réalité isolé-e-s.

Ensuite, même si la culture libre n’exclut pas en théorie la vente et le payant, son fonctionnement entraîne naturellement un degré de gratuité — un autre souci partagé par de nombreux/-ses créateurs/-trices, et systématiquement sous-estimé par les libristes. Cela tend à favoriser une culture du don, du prix libre et du sociofinancement — solutions souvent considéres à tort comme progressistes et cool, mais contre lesquelles j’ai une énorme dent. Malheureusement, je ne peux pas étayer cette position ici, car c’est trop éloigné du sujet principal, mais, rapidement, aucune de ces pratiques ne vient remettre en cause le capitalisme en tant que « imposition du travail à travers la forme-marchandise » (Harry Cleaver, Reading Capital Politically, ma traduction)*. Selon moi, cela tend même à exacerber ses pires aspects et à renforcer l’aliénation de ses utilisateurs/-trices, via l’illusion de s’être un peu libéré-e-s du système. Au moins, la vente bête et méchante sait très bien qui elle est, et ne se déguise pas.

Les droits culturels, donc, pourraient nous laisser le choix — un vrai choix, une vraie liberté. Si la communauté le souhaite ainsi, l’œuvre sera diffusée gratuitement et un système de sociofinancement sera mis en place pour rémunérer le travail de création. Mais la communauté peut tout aussi bien décider de conserver un modèle de vente classique, et cela sans aucune contradiction. Pour clarifier : comment est-ce que ça fonctionnerait? L’œuvre est à nous, à tout le monde, mais on doit quand même payer pour y avoir accès? Faisons un parallèle avec une banque d’outils communautaire, par exemple : bien que nous gérions collectivement ces outils, que nous en jouissions collectivement, cela n’empêche qu’il faut payer la production/l’acquisition et la maintenance de ces outils. Cela peut être fait sous forme de dons, mais aussi sous forme de paiements à l’usage. La vente d’une œuvre, donc, peut être un moyen de payer le travail de création de ladite œuvre. Ça me fait penser que, dans le milieu libriste, beaucoup aimeraient que les utilisateurs/-trices soient « responsabilisés » (qu’ils aient la décence de faire un don en échange) — or, la logique même du libre, qui est individualiste, est fondamentalement déresponsabilisante. C’est l’aporie à laquelle les libristes se heurtent depuis toujours, et continueront à se heurter à l’avenir.**

Enfin, avec les droits culturels, on aurait l’immense avantage de ne pas avoir à s’adapter au milieu libriste. 😛 Se mettre au libre, c’est aussi fatalement réorienter son public cible vers cette communauté (et celleux qui, sans forcément de réclamer du libre, gravitent autour et s’y intéressent). Or, celle-ci n’étant pas la plus diverse, ça pénalise implicitement les créateurs/-trices qui ne seraient pas conformes au profil dominant et/ou attendu. Par exemple, moi, j’écris de la romance. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de libristes qui aiment et lisent de la romance? Sous le régime des droits culturels, c’est l’œuvre qui constitue sa communauté; aussi, par définition, celle-ci ne peut que lui correspondre!

Pour conclure, je vois ces communautés comme des sortes d’assemblées publiques en ligne… la composante « fandom » en plus. Je ne sais pas pour vous, mais ça ressemble pas mal à un fantasme devenu réalité! Moi qui, depuis plus d’un an, parle d’établir des ponts entre politique, militantisme, art, édition… Je m’étais d’abord tournée avec espoir vers la culture libre, mais, comme cet article même en témoigne abondamment, j’ai fini par lui trouver plus d’inconvénients que d’avantages (pas forcément dans l’absolu, mais dans le contexte actuel). Me voilà regonflée à bloc! Depuis hier, je vous jure, je saute et je cours partout, alors que je n’ai presque pas dormi! Je crois sincèrement qu’on se trouve à la veille d’une révolution copernicienne. Ceci est un moment historique… Merci à Calimaq, encore une fois!


* « imposition of work through the commodity-form » Je n’ai pas lu cet ouvrage; c’est une citation que je tire de Guerillas of Desire, de Kevin Van Meter, publié par AK Press en 2017.

** Je réalise que, dans les faits, il existe déjà des projets libres, et particulièrement des projets collectifs, qui fonctionnent sur un mode communautaire et égalitaire. Néanmoins, cette « communauté » reste limitée aux contributeurs/-trices, aux co-créateurs/-trices, c’est-à-dire aux personnes qui peuvent prétendre à la possession d’une partie, fût-elle infime, du fameux droit d’auteur-e — cf aussi le « ticket d’entrée » à la communauté auquel je faisais référence un peu plus tôt. Avec les droits culturels, on parle réellement d’une communauté d’usage. Par exemple, moi, qui utilise régulièrement Wikipédia, mais n’y ai jamais contribué, je bénéficierais aussi des droits culturels relatifs à cette œuvre.


De quoi la culture libre est-elle la solution? 2/2

J’ai un style fleuve, je m’en excuse. J’ai quand même coupé l’article en deux pour aider à la digestion. La première partie est , si jamais vous débarquez.

2) L’argument pragmatique

a) L’aspect financier

Il paraît qu’écrivain est un métier précaire, dans lequel il est très difficile de gagner sa vie. Peut-être que cette affirmation ne m’émeut pas autant que d’autres parce que je suis déjà, à la base, une personne à l’employabilité très faible, dont l’horizon a toujours été précaire et mal payé (j’ai une licence en langue et civilisation tchèque, et une autre en polonais! yay! je n’ai pas de formation professionnelle, mais Witold Gombrowicz est mon auteur préféré). Bien sûr, je n’irai pas prétendre le contraire, que trouver son public est facile et que la gloire nous attend. Néanmoins, je crois que cette réputation est en partie volée, car elle s’appuie sur des statistiques qui incluent en grande majorité des personnes qui n’écrivent qu’un ou deux livres dans leur vie, ou bien qui n’écrivent pas à temps plein, ni même comme activité principale. Il y a selon moi une profonde mauvaise foi à feindre que ces gens-là devraient gagner avec l’écriture l’équivalent d’un bon salaire à toute année X de leur vie active.

Il n’y a pas tellement d’autres emplois dans lesquels on peut travailler à temps partiel, à son rythme, dans les heures creuses de son emploi du temps*, et malgré tout faire assez d’argent pour en vivre confortablement… À cet égard, écrivain-e n’est finalement pas pire que la plupart des boulots. Quant à la problématique du succès — tou-te-s celleux qui essaient ne réussissent pas —, elle n’est pas non plus l’apanage des vocations artistiques. Je me demande parfois qui sont ces personnes qui semblent penser que, dans les autres domaines de la vie, il suffit de participer pour gagner… Il est vrai qu’en art, il y a une composante irréductible au succès que certain-e-s appellent la chance, d’autres le talent, qu’enfin, on ne sait pas trop ce que c’est, et comme on ne sait pas, on ne peut pas s’entraîner à la maîtriser de la même manière qu’on maîtrise la matière d’un examen. Mais la culture libre ne résout pas cette question, ne fait pas disparaître cette inconnue. Alors, quel rapport?

La réalité, c’est que, dans le régime normal du droit d’auteur, si je m’autoédite, je sais que je peux gagner l’équivalent horaire d’un salaire minimum (actuellement 11,25 $) en vendant un peu moins de 500 exemplaires de chaque publication. J’ai fait ce calcul simple — vous pouvez faire le vôtre à la maison : j’ai d’abord additionné le nombre d’heures dont j’avais besoin pour écrire, réviser, corriger, formater et réaliser la couverture d’un livre; je l’ai multiplié par le salaire horaire, et j’ai ajouté au total les coûts annexes que je prévois (pour la couverture, éventuellement); j’ai ensuite divisé ce nombre par le montant que je percevrais sur une vente en passant par un distributeur comme Immatériel, et voilà le résultat. Le salaire minimum, ce n’est pas l’occasion de sortir le champagne, mais c’est le salaire que j’étais payée à mon dernier « vrai » travail, donc ce serait quand même pour moi un palier symbolique satisfaisant.**

Quant aux 500 ventes, elles ne sont pas garanties, mais il s’agit d’un chiffre très réaliste. Sur tout mon catalogue aux Éditions Laska, 25 % des titres ont atteint les 500 exemplaires vendus (et ce n’est pas parce que « la romance se vend bien » — les 75 % restants étant, par définition, de la romance qui s’est mal, parfois très mal vendue…). 25 %, ce n’est pas un miroir aux alouettes, ce n’est pas une promesse folle, ce ne sont pas des happy few! C’est presque autant que la réussite au CAPES, non pas des inscrit-e-s (là, on tombe à 15 %), mais des présent-e-s aux épreuves! Et écoutez cela : 15 % des titres que j’ai publiés ont dépassé les 1000 ventes. Avec 1000 ventes, on arrive à un salaire horaire de 22,50 $ — je ne cracherais pas dessus!

Bien souvent, j’ai l’impression que la culture libre est le choix de personnes qui ont baissé les bras avant même d’avoir essayé. Et, dans certains cas, attention, je ne critique pas : ce sont précisément des personnes qui n’aspirent pas à écrire à temps plein, qui n’ont pas besoin ni envie de gagner plus d’argent et sont ravies de partager leurs créations d’une façon qui colle à leur valeurs. Mais ces raisons leur sont personnelles, et n’ont rien de généralisable! Je vais vous conter une histoire. En 2013, au début de mon aventure d’édition, j’ai publié un roman en 2 tomes. Les deux se sont vendus aux alentours de 30 exemplaires chacun. En 2016, je les ai publiés ensemble sous un nouvel ISBN, et j’en ai profité pour rafraîchir la couverture. On a depuis dépassé les 1000 ventes… J’ai une autre anecdote similaire où le même texte, republié avec un nouveau titre et une nouvelle couverture, est passé de 150 à 1050 ventes. Moralité : vous n’avez pas rencontré le succès avec votre premier roman? C’est peut-être dû au complot international du droit d’auteur qui vise la faillite morale et financière de tou-te-s les écrivain-e-s… ou alors…

2) La question de la diffusion

Je sais qu’une licence libre n’empêche pas la vente de l’œuvre concernée. En fait, une licence libre n’empêche rien; elle permet au contraire davantage. Alors, si je crois pouvoir vendre 500 exemplaires d’un livre, je devrais pouvoir le faire aussi dans le cadre d’une licence libre. À lire certain-e-s personnes, ces libertés supplémentaires ne peuvent qu’ouvrir des portes, augmenter la portée d’une publication, intéresser plus de monde. En gros, ce n’est que du bonus! Les « droits réservés » par le droit d’auteur, à l’inverse, seraient des entraves, des barrières, des freins à la diffusion et à la dissémination de l’œuvre. En théorie, ça semble tenir debout… Hélas, en réalité, les choses ne fonctionnent pas ainsi.

Déjà, il me semble que la libre diffusion (et republication commerciale, dans le cas d’une licence libre) d’un livre, en l’occurrence, se heurte potentiellement à la loi du prix unique en France. C’est peut-être juste mon ignorance, mais personne encore n’a pu me fournir d’explication claire quant à la façon dont ces deux exigences s’accommodent l’une de l’autre. Un flou similaire entoure la compatibilité entre une licence CC ou libre et les termes et conditions d’Amazon. Cette compagnie applique en effet une ribambelle de règles allant de l’alignement des prix (vous ne serez pas payé s’il s’avère que votre livre est disponible gratuitement sur un site perçu comme un concurrent) au refus pur et simple d’accepter et de vendre des livres dont le contenu serait « gratuitement disponible » ailleurs sur le Web.

Tout cela serait à éclaircir, je vous l’accorde, mais au minimum, on est loin du bonus magique et sans prise de tête qu’on nous avait promis! (Déjà des heures de travail supplémentaire désagréable en perspective rien que pour démêler tout ça!) Potentiellement, on aurait dans la pratique à choisir entre la vente et le libre, ou entre la revente sur Amazon et le libre. Pour beaucoup de libristes, ces dilemmes n’en sont pas, car ils n’aiment à priori ni l’idée de la vente, ni celle d’Amazon. Là n’est pas la question : la question ici est celle de la diffusion; est-ce qu’une licence libre ou de libre diffusion permet d’augmenter la diffusion d’une œuvre (comme ses champion-ne-s le prétendent), ou bien de la restreindre? Parce que si vous sacrifiez Amazon pour pouvoir faire du libre, on est bel et bien dans le second cas de figure (sur cette dernière année, les ventes d’Amazon représentaient 55,7 % des ventes totales pour ma maison d’édition).

Mais admettons que les choses se clarifient et se dénouent à notre avantage. On pourrait mettre un livre en vente exactement de la même façon que dans un cadre traditionnel et, en plus, profiter des bénéfices d’une licence de type Creative Commons. Attendez, mais quels bénéfices?

  1. Pour que les lectrices partagent librement votre livre, encore faut-il qu’elles en aient entendu parler (pas juste du livre, mais aussi de la licence)… La seule possibilité d’une action ne la fait pas automatiquement arriver. On se retrouve confronté-e à la difficulté de se faire connaître — en l’occurrence, en tant qu’auteur-e « libre » — et au coût que cela représente pour un-e auteur-e (voir mes articles catégorisés Antipromotion à ce sujet; j’en ai au moins 3 autres de prévus à cette heure).
  2. On présume que la promesse de libre diffusion attirera un lectorat supplémentaire, un lectorat qui boycotterait les livres protégés par le droit d’auteur… En réalité, ces lecteurs-là sont rarissimes (celleux qui ne sont pas satisfait-e-s des conditions d’accès piratent, mais ne boycottent presque jamais).
  3. On présume également que nos lecteurs auront usage de ces fameuses libertés qu’on fait tant de cas de leur accorder… J’ai déjà abordé ce point dans la partie « idéologique » : le prêt et la copie privés sont déjà autorisés par le droit d’auteur, et les droits d’exploitation ou de réutilisation commerciales n’intéresseront que quelques professionnels, qui auraient tout aussi bien pu s’arranger personnellement avec l’auteur-e d’origine.

Pour conclure… La culture libre pèche selon moi en ne libérant que des objets, des œuvres dont la surabondance et l’interchangeabilité objective assurent l’insignifiance — et, par là, l’insignifiance de leur « liberté » —, alors qu’il s’agirait de libérer des humains…


* Vous ne voulez pas d’échéances? Ne signez pas avec un éditeur… Que voulez-vous que je vous dise?

** D’autant qu’on parle d’un boulot de rêve à la maison (ou où vous voulez)! Plus d’équipée de 40 minutes la nuit dans le blizzard par -30° C parce que le prochain autobus ne passe que dans une demi-heure… Ce scénario m’est arrivé plus d’une fois à ma dernière job. Bref, il y a salaire minimum et salaire minimum. Tout n’est pas qu’une question comptable; il y a les conditions de travail, aussi.


De quoi la culture libre est-elle la solution? 1/2

Il y a un an, je me suis plongée avec enthousiasme dans le monde de la « culture libre ». La culture libre, c’est un mouvement inspiré du logiciel libre, qui promeut la publication des œuvres culturelles sous des licences conférant à « l’utilisateur/-trice » (le ou la lecteur/-trice dans le cas de la littérature) davantage de droits que le seul droit d’auteur. Quelques précisions, pour les personnes peu familières de ce concept :

  • De telles licences sont nombreuses et diverses. Techniquement, rien ne vous empêche d’ailleurs de créer votre propre licence complètement personnalisée. La seule difficulté, c’est qu’elle a quand même intérêt à avoir une application légale (sinon, elle n’a pas simplement pas de valeur effective), et si vous n’êtes pas juriste, vous ne saurez pas forcément vous en assurer.
  • Pour cette raison, un nombre restreint de licences types ont émergé, dont la validité et la valeur sont reconnues : les licences Creative Commons (il y en a plusieurs qui permettent de choisir des options différentes), la Licence Art Libre (LAL)…
  • Attention : toutes ces licences (notamment les Creative Commons) ne sont pas des « licences libres », ce terme étant réservé pour celles qui correspondent à la définition du libre par le logiciel libre. Une licence libre doit garantir la libre utilisation de l’œuvre, y compris son utilisation commerciale et sa réutilisation partielle ou totale dans une autre œuvre.
  • Une licence libre ou de libre diffusion n’enlève, n’invalide ou n’interdit en rien le droit d’auteur, qui est, lui, une disposition de la loi. Voyez ça plutôt comme un contrat, à l’image du contrat que vous passeriez avec une maison d’édition, mais qui concerne ici l’ensemble de votre public. Au lieu de donner à un seul éditeur le droit exclusif de publier votre œuvre, vous donnez au monde entier le droit non exclusif de la republier.

J’ai déjà dit que j’étais comme une pendule : sur la plupart des sujets, mon opinion oscille au gré de ma réflexion et des évènements qui font impression sur moi. Or, alors que j’ai repris l’écriture et que je me rapproche inexorablement du moment où je devrai moi-même choisir quels droits accorder à mes lectrices, je dois avouer que la culture libre fait piètre figure. Ces derniers temps, je lis les plaidoyers en sa faveur et je désespère des arguments avancés, qui me semblent au mieux discutables, au pire fallacieux.

1) L’argument idéologique

a) Un objet culturel n’est pas un logiciel

La culture libre a un fondement idéologique très clair, calqué sur celui du logiciel libre. Et le logiciel libre, j’ai toujours soutenu ça. Mon tout premier laptop ne roulait que sous Ubuntu (j’ai fini sous Windows à moitié par accident, parce que mon premier ordi est mort et que la partition du disque dur a foiré sur le nouveau). J’utilise LibreOffice, GIMP, Scribus… À priori, l’idée d’une culture libre était très séduisante : utopique, libertaire, donnons tout avec confiance et amour et le monde nous le revaudra… Je ne dis pas cela avec cynisme ou ironie, au contraire. C’est là précisément le type de discours qui vient me chercher, en lequel je crois, auquel je m’identifie. Je suis utopiste, libertaire et j’aime mon/ma prochain-e d’un amour fou, cela n’est pas contestable.

Loin de moi donc l’idée de dénigrer les intentions ou la philosophie des tenants de la culture libre. Intimement, je trouve ça infiniment cool et inspirant. Mais… je ne trouve pas cela pour autant nécessaire et important, au même titre que le combat du logiciel libre. Un logiciel, du code, cela a une valeur (potentielle) objective. Cela peut servir à quelque chose. Par exemple, avec LibreOffice, GIMP, Scribus, je peux écrire et créer des livres! Si ces logiciels n’existaient pas, très concrètement, je ne pourrais sans doute pas le faire. Je n’aurais sans doute jamais créé ma maison d’édition. (Je dis « sans doute » en raison de l’existence d’alternatives propriétaires; en réalité, cette question est tranchée : pour une personne donnée, ce sera toujours oui ou non.) Et quand on pense à tout ce que la technologie permet et détermine dans nos vies (comme le matériel médical?), cela peut sembler aller jusqu’au crime d’empêcher la libre utilisation de code et de logiciel qui existe. C’est presque insultant d’oser prétendre que les enjeux sont les mêmes en ce qui concerne la culture…

b) C’est la culture qui doit être accessible, et non chaque élément de cette culture d’une façon indiscriminée

Comme toute personne qui se prétend artiste, j’ai énormément d’affection et de respect pour l’art. Il occupe pour moi, littéralement, la place d’un parent, m’ayant prodigué depuis que je suis toute petite les leçons de vie, la sagesse, l’empathie, la compréhension et le réconfort dont j’avais besoin. La littérature ne se réduit pas selon moi à un divertissement, un passe-temps ou un besoin d’évasion; elle est ma religion d’athée, un livre de fiction est ma Bible, et les bibliothèques sont les temples où je médite et prie (cette image m’est venue en mai 2008, alors que je hantais les salles de lecture de la bibliothèque François-Mitterrand; je trippais du seul fait de me sentir au milieu de tous ces livres, protégée, dissimulée au monde).

Mais vous ne me ferez pas croire un seul instant que chaque « œuvre » produite au monde doit être libre à tout instant pour le bien et la survie de l’art. Car, en réalité, cela n’a pas d’importance. Si Mx Dupuis-Morizeau souhaite réserver tous ses droits sur l’unique roman de sa vie, je ne considère pas que ça empiète sur mon accès à « la culture » et ma liberté d’en jouir. Il y a déjà bien plus de livres en libre accès que je ne pourrai en lire dans une vie, alors vous m’excuserez si je ne vois aucune urgence ni nécessité à en rajouter des millions… Et oui, cette règle s’applique aussi aux soi-disant « chefs-d’œuvre » (les défenseur-e-s de la culture libre tentent toujours de nous persuader en citant des œuvres qu’illes croient que nous consentirons à qualifier d’incontournables — surtout en sample de mon prochain titre de rap*).

Jusqu’à une période récente de ma vie, je n’achetais presque jamais de livre. J’allais à la bibliothèque, c’est gratuit. Je m’en faisais prêter ou offrir par des ami-e-s. En 2008, tiens, sur 42 livres lus, je n’en avais acheté que 7 (dont 3 seulement étaient des livres neufs; c’est précisément l’époque où j’ai commencé à acheter des livres). Les autres, ils venaient de la BnF (je les lisais sur place, donc), ils venaient de la bibliothèque de la Filozofická fakulta de l’Université Masaryk, ils venaient de Przemek, mon ami à Brno, ils venaient de Mériadek, le pote qui m’hébergeait à Paris, ils venaient de mon père, qui me file tout le temps des bouquins, ils venaient des étagères de mes colocataires à Varsovie, d’une caisse de bouquins usagés qu’un de mes élèves polonais m’avait refilée, de la bibliothèque municipale en face de l’arrêt de tram où je descendais pour aller au boulot, dans l’ancien ghetto de Varsovie… Alors, ne me dites pas que la « Culture » n’est pas accessible!

Oui, il y a des abus. Je suis contre les abus, figurez-vous. Je suis contre les DRM, contre le droit d’auteur jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur. Je suis pour le partage des livres auprès de son cercle privé, que ce soit en numérique ou en papier, comme en 2008 Przemek m’a permis de lire Gottland, de Mariusz Szczygieł (po polsku, oczywiście), et mon père m’a fait découvrir Oliver Twist ou Joseph Andrews. Je suis aussi pour que les auteur-e-s cessent d’accorder des droits exclusifs à quiconque, en particulier aux éditeurs.** Enfin, je suis pour que, si l’on souhaite publier ou réutiliser tout ou partie d’une œuvre qui n’a pas été préalablement « libérée », on en demande tout simplement l’autorisation à l’auteur-e (ou aux ayant-droits)… Pourquoi invoquer la culture libre pour des problèmes que le bon sens et le respect mutuel suffiraient à régler?

Je ne prétends pas non plus que l’accès à la culture est actuellement parfait ou idéal. Il y a de quoi faire, bien sûr; diversifions, dynamisons les programmes et évènements culturels qui permettent aux œuvres d’aller à la rencontre du public, et vice versa! Mais, encore une fois, personne n’a besoin de la culture libre pour accomplir cela; les bibliothèques en sont le brillant exemple. Pour conclure, oui, certes, peut mieux faire, peut toujours mieux faire; il n’empêche qu’il y a pour moi une sorte de condescendance et de décalage avec la réalité à se plaindre d’une politique d’accessibilité culturelle dont nous ne profitons nous-mêmes probablement qu’à l’échelle de 0,01 %… Ça me fait penser à l’énorme type dans le restaurant, dans The Meaning of Life, qui râle parce que les plats n’arrivent pas assez vite.

À suivre…


* Juste au cas où, je précise que c’était de l’humour…

** Ça peut paraître faux-cul à l’heure où j’exploite moi-même les droit exclusifs d’autres auteur-e-s, mais c’est une idée qui ne m’est venue que récemment.