Vivre de sa plume : 5 astuces marketing (garanties sans promotion)

Pour contextualiser cet article, je vous renvoie à mon billet sur votre « marge de manœuvre ». Les recommandations qui suivent ne sont pas des impératifs, et vous ne devez pas vous sentir obligé-e de les respecter. En fait, vous devriez toujours les confronter à votre aspiration personnelle, à ce qui est réellement le plus important pour vous. Si elles s’y heurtent, si elles vous paraissent incompatibles avec votre démarche artistique, oubliez-les sans regret. En revanche, si elles vous paraissent applicables sans compromis… alors, je vous les conseille chaudement!

Pour la distinction entre marketing et promotion, vous pouvez lire mon article Apologie du marketing, dans ma série Antipromotion. J’ai dit que je n’étais pas un gourou du marketing, et c’est toujours vrai; cependant, en rassemblant toutes mes réflexions, mes lectures et mes expériences sur la question, j’ai réussi à faire émerger ces 5 axes — rien de révolutionnaire, mais si vous n’avez aucune connaissance en la matière, c’est une bonne base.

1) Cover, Title, Blurb

Il y a 4 éléments cruciaux dans lesquels vous devez mettre tous vos efforts de marketing, parce que ce sont eux qui vont susciter l’achat, même (surtout?) chez une personne qui n’a jamais entendu parler de vous ou de votre livre avant : la couverture, le titre, la présentation (ou résumé ou description) et les premières pages. Chacun de ces éléments doit capter l’attention du lecteur (au milieu de toute l’offre disponible!) et le convaincre. On ne parle toutefois pas de n’importe quel lecteur : votre lecteur cible, un lecteur qui cherche justement à lire ce que vous écrivez. (C’est-à-dire que si quelqu’un qui ne lit pas de romance repose votre livre en s’apercevant que c’est de la romance, ce n’est pas un échec… au contraire : le bon message a bien été transmis.)

Parmi ces 4 éléments, la couverture et le titre sont de loin les plus importants, parce que la lectrice ne peut pas les éviter lors du processus d’achat. Au contraire, aussi étonnant que ça puisse paraître, beaucoup de monde achète des livres sans en lire la présentation, et encore moins les premières pages (donc soignez-les quand même, mais surtout au cas où!).

La couverture est un sujet tellement vaste que j’y consacrerai sûrement un jour un article entier. Pour résumer, je rappellerai simplement que la couverture et le titre d’un livre ne sont pas des œuvres d’art, mais des outils de communication. Et que doivent-ils communiquer? Voici un truc : établissez une liste de mots-clés pour votre livre (entre 4 et 8; ça doit aller au-delà du genre sans entrer non plus dans les détails de l’intrigue). À partir de la couverture et du titre seuls, quelqu’un qui ne connaît rien de votre livre doit être capable de deviner la plupart de vos mots-clés (ou des synonymes).

Pour atteindre ce but, votre couverture et votre titre doivent utiliser des codes connus de votre lectorat. Certains codes sont transparents, d’autres pas; c’est pourquoi vous devez très bien connaître votre marché. Par exemple, en romance, un code évident qui communique le genre est une couverture montrant un couple enlacé. Un code moins évident, et qu’on doit à la trilogie Fifty Shades of Grey, est qu’une couverture sobre, mettant en valeur un unique objet, équivaut désormais à « romance érotique » (cette interprétation doit néanmoins souvent être renforcée par le titre et le choix de l’objet en question). La fonte et le design du titre et du nom de l’auteur-e font également partie intégrante de la couverture. Ainsi, en romance, une police sans empattement (sans serif) dit typiquement « romance contemporaine », alors qu’on préfèrera une police avec empattements pour une romance historique.

Enfin, à mon avis, la couverture et le titre sont un duo; ils doivent fonctionner ensemble, se compléter et s’expliciter l’un l’autre. Cela permet de répartir l’information et de la transmettre de façon plus subtile, plutôt que de faire porter le fardeau de tout dire à l’un ou l’autre élément.

2) Développez votre « marque » (brand)

En France, c’est un concept qui existe depuis longtemps, mais qui est surtout appliqué à l’échelle de collections. Tous les livres d’une collection vont avoir le même enrobage, le plus distinctif possible (par rapport aux livres ne faisant pas partie de la collection), qui vous permettra de les repérer de façon immédiate. Cette technique de marketing a pour but de communiquer à la lectrice que, si elle a aimé l’un des livres de la collection, alors elle aimera probablement aussi tous les autres — en faisant paraître, effectivement, ces livres comme très proches, similaires, voire interchangeables.

En tant qu’auteur-e, vous avez sans doute un style particulier, un genre de prédilection, des thèmes fétiches. Il est donc naturel de présumer qu’une personne ayant aimé un de vos livres aimera également les autres. À vous maintenant de véhiculer cela à travers la présentation de vos produits… et, notamment, encore une fois, à travers la couverture. Trouvez un concept qui vous distinguera au premier coup d’œil, et que vous reprendrez fidèlement pour chacune de vos parutions. Si vous décidez plus tard d’en changer, alors il vous faudra le changer pour toutes vos publications.

Attention : ce principe a aussi un corollaire inverse. À savoir que si vous écrivez dans plusieurs genres, dans plusieurs styles, en somme pour plusieurs publics, alors cette diversité doit aussi se refléter dans votre communication. Les gens qui aiment vos polars angoissants ne doivent acheter votre light fantasy qu’en toute connaissance de cause… Pour ne pas risquer la confusion, vous pourriez même prendre plusieurs pseudonymes. Rien ne vous empêche de signaler dans votre bio : écrit aussi des comédies romantiques sous le nom de… et de lister votre bibliographie complète. Ainsi, pas d’inquiétude : vos vrais fans trouveront tous vos livres!

3) Écrivez des séries

Même au sein d’un genre unique, on écrit parfois des romans assez différents. À vous de déterminer s’il est pertinent de les présenter comme « dans la même veine » ou non. En revanche, les livres qu’on est sûr-e de pouvoir markéter « en gros », ce sont… les tomes d’une même série!

Il y a plusieurs types de séries : une longue histoire découpée en parties, une histoire à fin ouverte à laquelle l’auteur-e peut donner des suites à volonté, un ensemble d’histoires indépendantes situées dans le même univers et/ou mettant en scène les mêmes personnages… Toutes ont le même avantage : chaque tome agit comme une publicité pour tous les autres. En effet, non seulement chaque nouveau tome contient la promesse d’éléments connus et rassurants pour les lectrices qui vous connaîtraient déjà, mais ce sont aussi autant d’opportunités d’attirer l’attention de nouveaux lecteurs sur la série entière (j’y reviendrai au point suivant).

Si le sujet vous intéresse et que vous lisez l’anglais, je vous encourage à l’explorer davantage avec Let’s Talk Numbers: How Long Should Your Series Be? sur le blogue de Rachel Aaron. Son conjoint et partenaire d’affaires y souligne entre autres le défi que représentent les séries; en effet, la série n’est en aucun cas une garantie de succès. Cela a juste un effet amplificateur, pour le meilleur et pour le pire : si une lectrice conquise achètera sans hésiter tous les tomes d’une série, c’est au contraire l’échec assuré pour la suite si le premier tome n’a pas réussi à plaire…

C’est pourquoi, pour éviter de me retrouver prisonnière d’un projet qui ne marche pas, j’aborde toujours les séries de l’une de ces deux façons : 1) si c’est une histoire suivie avec cliffhangers, j’écris tout (au moins le premier jet) avant de publier quoi que ce soit, ou 2) je termine chaque tome avec une fin digne de ce nom, afin de pouvoir m’arrêter ou, au moins, faire une pause quand je veux, sans avoir l’impression de trahir mes lectrices.

4) Un texte = plusieurs produits

Beaucoup d’auteur-e-s pensent à tort qu’un texte est l’équivalent d’un livre, et cela réduit énormément leurs possibilités d’exploitation du texte en question. Le livre est un produit, et vous avez au contraire intérêt à multiplier le nombre de produits que vous mettez en vente — tout en veillant à ce que cela reste justifié, et corresponde à une stratégie réfléchie.

a) Cas d’un texte long : Si vous cherchez à vivre de votre plume, vous allez être obligé-e de fixer des prix qui tiennent compte du temps réel que vous avez passé sur un texte. Ce temps n’est pas nécessairement proportionnel à la longueur du texte selon un facteur invariant, mais, surtout si vous écrivez toujours dans un même genre, il y a des chances pour qu’un texte plus long vous ait demandé plus d’heures de travail. Sauf qu’à partir d’une certaine longueur, par exemple au-delà de 100 000 mots, vous allez buter contre la logique qui voudrait que vous vendiez un tel roman à plus de 10 €.

On peut vendre une nouvelle de 20 pages à 0,99 € (vu en vrai!), mais, si vous avez écrit un roman 40 fois plus long, et même s’il vous a demandé 40 fois plus de travail, vous allez avoir du mal à le vendre 40 fois plus cher pour autant… Vous devez donc faire de votre texte plusieurs livres, afin que chaque livre puisse être aligné aux standards du marché, notamment en ce qui concerne les prix.

b) Chaque parution est une opération de promotion en soi. En tant qu’auteur-e, vous n’avez pas besoin de la promouvoir en plus avec un lancement ou des annonces quelconques; tou-te-s seul-e-s, comme des grand-e-s, les lecteurs et lectrices trouvent les nouvelles sorties. Illes les trouvent, en tout cas, beaucoup plus facilement que les anciens titres (peut-être parce que les revendeurs promeuvent leurs nouveautés?). Ça signifie 2 choses : déjà, que même si le numérique et le POD permettent à un livre de rester éternellement en vente, sa visibilité décroît au fil du temps; ensuite, que chaque nouvelle publication est comme un coup de projecteur sur vous et vos livres.

C’est pourquoi, au lieu de vous contenter de publier un texte une fois puis de l’abandonner à son sort (ou, pire, d’essayer vainement de le promouvoir alors que ce n’est plus une actualité), vous devriez saisir toutes les opportunités pertinentes de le republier : dans un recueil, une compilation, une intégrale, un bundle (vous pouvez même mettre d’autres ami-e-s auteur-e-s dans le coup, histoire de mettre en commun vos lectorats respectifs)… Ça peut être l’occasion d’un rabais (par exemple, une intégrale vendue moins cher que tous les tomes séparément), mais pas forcément. Rien que le fait que ce soit une nouvelle publication va forcément vous porter à l’attention de certaines personnes qui auraient manqué la première parution du texte.

c) Divers livres peuvent s’adresser à divers lectorats. Avec le papier, c’est déjà le cas des différents formats : le grand format, plus cher, s’adresse aux fans de l’auteur-e, qui veulent lire le livre dès sa sortie, tandis que le format poche (qui vient plus tard) est dirigé vers le grand public, qui est prêt à attendre, mais pas à y mettre autant d’argent. Les rééditions dans des collections différentes permettent également de cibler des lectorats différents — songez à la saga Harry Potter, d’abord publiée en jeunesse, puis republiée avec une couverture « adulte » quand on s’est aperçu que les grand-e-s aussi pouvaient apprécier…

En numérique, ça me paraît plus délicat de rééditer le même texte en ne changeant que la couverture, parce qu’on considère qu’il n’existe qu’un seul format. Cependant, on pourrait proposer des versions « de luxe » avec scènes coupées, une nouvelle bonus, une interview de l’auteur-e, etc. ou encore profiter des suggestions précédentes (recueils, compilations) pour tenter d’investir de nouveaux marchés.

Cela peut avoir du sens si vous écrivez entre deux genres. Par exemple, j’ai écrit une romance paranormale qui est à la limite de la fantasy urbaine et qui pourrait plaire, je crois, à des hommes pas trop allergiques aux sentiments et au sexe… Or, pour l’instant, j’ai choisi de la markéter comme une romance, et j’ai conscience que cela me ferme à ce fameux lectorat masculin éclectique. Peut-être que, lors d’une future réédition, je lui donnerai un emballage différent pour voir si cela attire d’autres sortes de lecteurs…

5) Surfez sur les modes

Non, rassurez-vous, je ne vais pas vous conseiller d’écrire pour le marché ou de suivre la mode juste parce que c’est la mode… Enfin, vous pouvez toujours essayer, mais, pour moi, c’est profondément contraire à la vocation d’écrivain-e, qui suppose que vous avez quelque chose à dire qui n’appartient qu’à vous, et qui ne vous a pas été soufflé de l’extérieur (en tout cas, pas d’une façon aussi simpliste que lorsqu’on copie ce qui est en vogue). Mais. Juste parce que vous écrivez quelque chose de personnel et d’honnête n’en fait pas non plus forcément l’inverse de la mode actuelle, ni quelque chose d’intouchable par aucune mode à venir.

En ce qui me concerne, j’accumule les projets depuis plus de 20 ans; j’en ai des dizaines et des dizaines dans mon sac à idées. Ils ont certains points communs, bien sûr, mais ils sont aussi, à l’image de la lectrice que je suis, assez éclectiques. Ça veut dire que, même si la plupart de mes projets ne découlent pas d’une mode, j’arrive quand même souvent à raccrocher un projet, parfois vieux et sans rapport initial, avec un style ou un thème qui a soudain le vent en poupe.

Par exemple, en tant que fille d’immigrants mariée à un immigrant, ça fait longtemps que je veux écrire des histoires avec plus de diversité culturelle que dans la majorité de mes lectures, et… c’est super de voir que les lectrices sont de plus en plus ouvertes, et même en recherche de ça! (La diversité n’étant pas une « mode », mais tout de même un phénomène qui gagne au niveau des sujets et des personnages traités.) Ça fait aussi plusieurs années que j’attends la mode de la romance fantasy — elle va venir, j’y crois encore!* En tout cas, moi, je suis prête…

Cela dit, qu’un genre ou thème ne soit pas à la mode ne devrait pas vous empêcher de publier là-dedans (juste si vous êtes comme moi, que vous avez trop de projets et du mal à décider lesquels reporter). L’autre possibilité, comme aime à le rappeler Kristine Kathryn Rusch, c’est d’écrire et de publier sans vous soucier de rien, et d’attendre que la mode vienne à vous. Et là, il suffit de ne pas rater la vague. Ainsi, je pourrais décider d’écrire de la romance fantasy dès maintenant, même si ce n’est pas très vendeur. Peut-être que, dans 5 ans, un gros bestseller américain va tout à coup en faire le truc branché, et j’aurai l’avantage d’avoir mon roman (voire plusieurs romans!) tout prêt à vivre sa renaissance… On lui refait une nouvelle couv’ qui évoque le machin à la mode, pour que le lien soit bien évident aux lecteurs, et le tour est joué!

Rappelez-vous tous ces vieux romans érotiques auxquels on a offert une seconde jeunesse après le phénomène Fifty Shades, souvent à grand renfort de couvertures sobres et énigmatiques pompées sans vergogne sur la fameuse cravate grise…

Bon courage!


* Ça existe, mais ça reste marginal; c’est encore loin de pouvoir être qualifié de mode. J’en ai aussi lu quelques exemples qui étaient bof-bof… Je crois qu’on peut faire beaucoup mieux, un vrai croisement qui assume avec audace ses deux origines, et pas une romance saupoudrée de fantasy light, ni de la fantasy avec des éléments romantiques light, comme on en voit surtout à présent.


Vivre de sa plume : prévoir l’échec… et le succès

Quelques semaines après avoir mis mon roman en vente, je suis retournée pour des raisons techniques sur le backoffice de mon distributeur. Évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil au nombre de ventes. Celui-ci était plus bas qu’espéré. Inévitablement, mes pensées ont pris le tour habituel : c’est un flop; comment ai-je pu croire que, cette fois, ça allait marcher (I’m the anti-King Midas: everything I touch turns to shit); adieu, l’écriture à temps plein; pourquoi aussi ai-je tenu à faire zéro promo, etc. Pour me réconforter, j’ai relu la série Discoverability sur le blogue de Kristine Kathryn Rusch (que je vous conseille si vous voulez lire avec énormément plus de détails l’une des sources qui m’ont inspirée ma propre série Antipromotion).

C’était intéressant, mais aussi très long (c’est le seul reproche que je lui fais : d’être assez verbeuse), et j’ai fini par me ressaisir. Stop. C’est exactement pour cette raison que je m’étais interdit de regarder mes chiffres. Combien de fois ai-je déjà vécu ça? 70? Au moins — pas avec mes propres livres, mais ceux que j’ai édités. (Ce qui peut sembler moins pire, mais, dans mon cas, ça me touche plus : quand je suis éditrice, j’ai fait un pacte avec l’auteur-e, et j’ai l’impression de les trahir.) Dès que j’ai la sensation de ne pas être la hauteur, je panique, et je prends des décisions impulsives que je finis par regretter.

Cette fois, j’étais préparée. Et pourtant… même lire Kristine Kathryn Rusch, au fond, n’était pas constructif, mais une réaction épidermique. En ce moment, je suis censée essayer d’écrire un nouveau roman; ce n’est clairement pas le moment de me laisser distraire par des considérations de marketing. Le seul point positif, et celui sur lequel je comptais, c’est que les articles de Rusch eux-mêmes ont contribué à me remettre sur le droit chemin. En effet, ils m’ont remis à l’esprit deux concepts très importants : 1) que tout ce qu’on fait pour sa carrière doit passer le test WIBBOW, soit Would I Be Better Off Writing?, et 2) que construire une carrière d’écrivain-e prend très longtemps.

Je le sais pourtant pertinemment et, comme je l’ai dit, j’étais préparée. Même quand on est préparé-e, on peut faire des rechutes, mais je vous assure que ça limite quand même sérieusement l’ampleur des dégâts. Alors, en quoi consiste cette « préparation »?

Je vous ai parlé, dans mon dernier article sur le sujet, de se fixer un objectif, afin d’élaborer ensuite un plan pour l’atteindre. Cependant, ça ne suffit pas. Cet objectif reste arbitraire, et quelles sont les chances, dans la réalité, que vous tapiez en plein dans le mille? Plus qu’un objectif unique, donc, je vous recommande en réalité de prévoir plusieurs scénarios possibles, qui recouvrent idéalement toutes les situations (utilisez des fourchettes). Chaque scénario mènera à certaines conséquences, et l’idée est de vous tenir à cette feuille de route.

Cela comporte à mon sens plusieurs avantages. Certes, cette feuille de route peut être sujette à changements, si vous changez réellement d’avis (et notamment si vous acquérez de nouvelles informations qui modifient, non pas vos buts, mais les chiffres qui sont censés y correspondre). Mais cette feuille de route représente votre vision à long terme, votre vraie vision. Elle vous évitera de prendre les mauvaises décisions sous le coup d’une émotion — positive comme négative, d’ailleurs. En se focalisant sur un objectif modeste, on peut également être pris au dépourvu si la réalité le dépasse et faire, dans ce cas aussi, des choix qu’on pourrait regretter (exemples : flamber d’un coup tout l’argent gagné, signer un contrat avec un éditeur, etc.).

Ensuite, en représentant tous les cas de figure, elle s’éloigne des notions dramatiques de succès et d’échec — et, surtout, du trou noir et de l’impensable qui caractérisent souvent l’échec — en lui substituant un simple dégradé de situations plus ou moins souhaitables. En prévoyant, en planifiant même « l’échec », on le dédramatise, on désamorce sa force destructive. On a accepté comme une règle du jeu qu’il était possible que notre livre fasse des ventes pitoyables. Si c’est ce qui nous attend, alors on est prêt-e à passer à l’étape suivante : que faire? Et ça tombe bien : ça aussi, on l’a déjà prévu. On ne perd pas de temps à broyer du noir ou à chercher des solutions illusoires; on continue d’avancer.

Enfin, ça permet de se détacher de ces préoccupations au jour le jour. Ce qui adviendra adviendra, on n’y peut plus rien. Et on assumera les conséquences, telles qu’on les a décidées… J’insiste d’ailleurs sur la nécessité de prévoir ces conséquences de façon suffisamment claire et détaillée. Visualiser l’échec ne suffit pas; ça risque simplement de vous plomber et de vous rendre pessimiste. Ce qui va vous aider, c’est de pouvoir penser : oui, ça craint, mais j’ai un plan. Une issue, une solution. Je sais ce que je dois faire.

À titre d’exemple, je mentionnais dans mon dernier article le seuil que représente pour moi le salaire horaire minimum. Si je ne parviens pas à atteindre ce seuil, j’ai prévu d’abandonner l’écriture à temps plein et de chercher un « vrai » travail (probablement à temps partiel et/ou à durée limitée, cependant). À première vue, cela ressemble à un échec. Et c’est vrai que c’est ce que je me souhaite le moins… le pire qui puisse arriver. Mais ce « pire » n’est pas une punition; c’est même une façon pour moi de sauvegarder les conditions dans lesquelles je peux créer. Certes, si je travaille à côté, j’écrirai fatalement beaucoup moins, et probablement pas du tout pendant une période. Sauf que, si écrire ne me rapporte rien, je sais d’expérience que je préfère encore ça, et conserver mon envie et ma liberté d’écrire*, que de me retrouver prise au piège dans un « travail » qui en a tous les inconvénients (obligation de le prioriser sur toute autre activité, perfectionnisme, recherche de rentabilité, etc.) et aucun des avantages (la possibilité d’en vivre, d’être prise au sérieux), comme j’ai pu le subir avec ma maison d’édition.

Au-delà, j’ai fixé d’autres seuils qui vont déterminer ma stratégie de publication. J’écris presque uniquement des séries et, selon le succès du premier livre, j’ai prévu de suspendre (temporairement) la série, ou à l’inverse de lui accorder une priorité « basse » ou « élevée » (comme j’écris aussi dans plusieurs genres, la première correspond à une priorité dans un genre donné, et la seconde à une priorité tous genres confondus). Pour moi, c’est le schéma parfait qui allie considérations marketing et considérations purement subjectives et humaines.

En effet, il me semble, d’une part, logique de ne pas s’obstiner dans une voie qui ne fonctionne pas, comme il est logique de fidéliser un lectorat conséquent en publiant le prochain tome de la série aussi rapidement que possible. Mais, d’autre part, je me connais également assez pour savoir que ma motivation croît et décroît en fonction de l’écho que rencontrent (ou pas) mes écrits. En d’autres termes, au lieu de lutter contre ma démotivation, j’ai choisi de l’accueillir à bras ouverts dans un plan qui la justifie rationnellement.

Pour ce qui est de l’application, vous vous demandez sûrement comment je calcule si j’ai atteint ou non un seuil, étant donné que les ventes d’un livre ont tendance à s’échelonner sur des années. Eh bien, tout simplement, je considère ce « problème » comme le correctif idéal à une vision qui, autrement, serait trop froide, trop implacable. N’oubliez pas que ce plan est là pour vous aider et vous apaiser, et jamais pour vous forcer la main, vous stresser ou vous menacer. Avoir un plan qui se base sur le revenu supposément total d’un livre me sert entre autres à me rappeler d’être patiente, que rien ne sert de courir, et qu’aucune conclusion ne peut être tirée de quelques semaines, ni même quelques mois de vente.

Se bâtir une carrière d’écrivain-e, dans la plupart des cas, est un looooong processus. Il faut laisser le temps à nos œuvres de trouver leur public, à nos stratégies de se développer et de faire effet. Tout ce que vous faites actuellement ne devrait avoir un impact que sur ce que vous ferez l’année prochaine, voire plus tard encore… À ce moment-là uniquement, vous aurez le recul nécessaire pour juger votre travail et reconnaître ce qui vaut la peine d’être changé (ou pas).

Enfin, ce flou intentionnel me sert aussi à garder le contrôle dont j’ai besoin pour créer (parce qu’au fond, j’ai beau m’amuser à planifier ceci et cela, je suis le genre de personne qui n’en fait qu’à sa tête; je finis toujours par changer d’avis et improviser). Finalement, les conséquences de tel ou tel scénario ne sont que des indications, des directions. C’est toujours à moi qu’il revient d’arrêter arbitrairement le compteur des ventes et, donc, de décider à quel scénario mon projet semble correspondre. En fait, le plus important n’est pas ce qu’on va faire concrètement (enchaîner avec l’écriture du tome suivant, ou bien écrire un autre roman à la place?), mais bien qu’on ait quelque chose à faire et qu’on s’y mette à fond, sans être parasité-e par les doutes, les réserves et les appréhensions.

Sinon, si ça vous intéresse, j’ai aussi un seuil ultime qui symbolise le fait que mon œuvre est rentabilisée et que je refuse de toucher davantage d’argent sur son compte. C’est ma façon de refuser le capitalisme et de signifier qu’il n’y a, pour moi, aucune différence entre un-e artiste qui touche des millions grâce à son œuvre, et un PDG qui touche des millions grâce à sa multinationale. J’ai toujours trouvé immensément hypocrite de tenir un discours attaquant les soi-disant « 1 % » (discours, qui, du reste, se base sur une fausse analyse du capitalisme**), sans s’en prendre au même titre au 1 % d’artistes qui jouissent exactement du même système.


* J’ai déjà écrit au sujet des 20 ans que j’ai passés à vouloir écrire sans y parvenir. Si je dois traverser un autre désert de ce genre, je serai un peu déçue, mais je sais que je peux y survivre et que ce n’est qu’une question de temps avant que j’essaie à nouveau. Je vois ça un peu comme un jeu de serpents et échelles : parfois, on se pogne un serpent, mais rien ne peut nous ramener à la case départ ni nous empêcher de continuer à avancer.

** Oui, j’ai l’intention d’écrire à ce sujet aussi. Je ne sais pas quand, parce que, comme vous vous en doutez, ça va me demander pas mal de temps et de matière grise. Mais c’est effectivement une question hyper passionnante…


Vivre de sa plume : marge de manœuvre et projections financières

Dans mon article d’introduction au sujet, j’insistais sur la différence entre votre but d’écrivain-e et le but « gagner de l’argent ». Je pense en effet qu’il est utile de bien cerner et d’assumer pourquoi l’on écrit. D’une part, cela nous évite les déceptions vis-à-vis de choses qu’on ne veut pourtant pas réellement

En effet, l’esprit humain est étrange (ou bien juste le mien?) en cela qu’on est prêt-e à envier tout ce qui nous est présenté comme enviable. Par exemple, tel-le ami-e sur Facebook partage sa joie d’avoir eu son manuscrit accepté chez tel éditeur ayant pignon sur rue… Presque par réflexe, on se prend à penser « ah! si seulement c’était moi! » alors qu’au fond, en ce qui me concerne, je n’ai aucun désir d’être éditée à compte d’éditeur. Par contre, peut-être que je bataille avec un premier jet récalcitrant, et l’idée d’un contrat d’édition me renvoie à un stade que j’ai bien hâte d’atteindre, celui d’avoir un texte fini et « éditable »? Me rendre compte de ça m’aide à garder le cap — le mien.

D’autre part, de façon négative, savoir ce que l’on veut nous permet de délimiter notre marge de manœuvre. J’y reviendrai dans un instant.

Prendre conscience que l’on n’écrit pas pour l’argent doit-il pour autant nous désintéresser des façons d’atteindre ce but? Je ne crois pas. À moins que cela vous débecte trop, je pense que toute forme de savoir est une force — y compris un savoir maléfique que l’on n’entend pas utiliser personnellement… Ainsi, dans les faits, puisque là n’est pas votre but premier, vous allez être amené-e à ignorer la plupart des voies à suivre pour faire de l’argent. Cependant, il est toujours bon d’en connaître le maximum, histoire de pouvoir y recourir parfois, d’une façon précise et choisie, ie dans ce que j’ai appelé plus haut votre « marge de manœuvre ».

Pour clarifier mon propos, je vais me prendre en exemple. Mon but, mettons, est d’utiliser les codes et la mission divertissante de la littérature de genre pour explorer des problématiques humaines, sociales et politiques. (Donc, vous voyez, aucun rapport avec l’argent… aucun rapport même avec d’hypothétiques lecteurs/-trices! Si une seule personne au monde aime ce que j’écris, j’assumerai.) Le négatif, c’est ce qui n’est pas mon but. Mon but n’est pas de réinventer la prose, d’accomplir des prouesses stylistiques, d’être reconnue par mes pairs, d’être enseignée dans les lycées, ni de briser les codes et de transcender les « cases » qu’on appelle genres… Je pourrais continuer la liste; voici ce qui constitue ma marge de manœuvre. Tout ce qui ne fait pas partie de ma priorité et, par conséquent, qui m’est plus ou moins indifférent.

Maintenant, voyons un peu de quels moyens je dispose pour « faire de l’argent ». Pour l’exemple, je prendrai un moyen extrêmement basique : dépenser moins. Moins je dépense, plus je gagne d’argent au total; c’est logique. Dans mon cas, j’ai donc décidé de me passer de correcteur/-trice comme d’illustrateur/-trice pro (pour la couverture). J’ai décidé de m’en passer parce que, précisément, je ne cherche ni la perfection stylistique, ni un visuel unique et sophistiqué qui traduirait le caractère unique de mes écrits. Donc, pourquoi perdre de l’argent dans quelque chose qui m’est, en fin de compte, égal?

Ça, c’est le principe. Dans les faits, il est inutile de se creuser la tête pour trouver où faire des coupes, tant qu’on ne sait même pas 1) s’il y a bien lieu de faire des coupes, ni 2) de combien on a besoin de couper. Du reste, couper dans les dépenses n’est qu’un moyen parmi d’autres. Peut-être qu’il ne vous reste rien à couper — rien, en tout cas, qui fasse partie du « superflu » (parce que je répète que vous ne devez faire aucun compromis en ce qui concerne votre but personnel; s’il est important pour vous d’être publié-e avec une couverture pro, plus important que « faire de l’argent », alors n’en démordez pas!).

Le point de départ, ce sont vos projections financières. Vous devez avoir un but financier, puis être capable d’estimer combien vous rapporteront vos livres. Si vous n’en avez aucune idée, c’est bien normal, surtout si vous débutez… Mais c’est par là que tout commence; vous ne pouvez rien entreprendre sans avoir ces chiffres sous les yeux. Votre première tâche, donc, est de déterminer ces chiffres.

Pour ce qui est de votre but financier, je ne peux évidemment pas vous aider; vous devez le fixer vous-même. Il y a toutefois deux façons de l’envisager : premièrement, selon le montant dont vous avez besoin pour vivre. Mais, dans ce cas, vous devriez être ouvert-e à la possibilité d’écrire à temps plein. En effet, il n’y a à priori aucune raison pour qu’une activité à laquelle vous ne consacrez que 10 heures hebdomadaires vous rapporte l’équivalent d’un travail à 40 heures par semaine… Deuxièmement, vous pouvez définir votre but en tant que salaire horaire. Si vous écrivez à temps partiel, vous en retirerez donc un salaire de temps partiel.

Quant aux projections financières de vos livres, on s’entend que c’est un exercice difficile, proche du jeu de devinettes. On ne sait jamais à l’avance exactement combien on va vendre ou gagner. Pour autant, nous allons tenter de l’estimer de façon réaliste, et ce, en nous basant sur des chiffres passés et avérés. Si vous avez déjà publié et que vous comptez continuer à publier la même chose (par exemple, des romans policiers), il est naturel de prendre vos chiffres de vente passés comme base pour vos projections futures. Faites une moyenne, mais, si vous hésitez, mieux vaut sous-estimer que surestimer votre succès (question de prudence élémentaire).

Si vous n’avez jamais publié ou que vous comptez publier quelque chose de complètement différent, vous devez découvrir les chiffres de vente de livres comparables au vôtre — et par là, je veux dire vraiment comparables. Ainsi, si vous vous autoéditez avec une couverture faite par vous-mêmes, vous ne pouvez pas forcément vous comparer avec un livre publié à compte d’éditeur, quand bien même il s’agirait d’un roman de fantasy dans le même style que le vôtre… Même remarque par rapport au prix : vous ne pouvez pas considérer le volume de vente d’un livre à 0,99 euro, et le reporter tel quel sur un livre que vous entendez vendre 6,99 euros. (Même si, selon mon expérience, le prix est loin d’avoir l’influence que l’on croit sur les ventes; il y a trop de livres bradés qui sont des flops, et trop de livres chers qui s’arrachent comme des petits pains!)

Enfin, votre dernière solution est de vous lancer à l’aveugle, et d’utiliser les chiffres de ce « test » afin d’élaborer une stratégie pour vos livres suivants.

Les chiffres de vente sont une chose, mais, à partir d’eux, il vous reste encore à estimer vos gains réels. Il vous faudra considérer vos dépenses, mais aussi l’argent que vous touchez effectivement sur vos ventes. Par exemple, sur un livre à 5,99 euros, il y a souvent une taxe de vente (pas toujours la même, donc, par principe, je prends là aussi la plus courante ou la plus élevée), puis il y a le pourcentage prélevé par le revendeur et, le cas échéant, le distributeur. Comme mon distributeur est dans un autre pays, il me paie par PayPal, donc il y a aussi la commission de ce dernier… Bref, l’argent fuit de partout; il ne faut rien oublier si vous voulez être rigoureux/-se.

À ce propos, n’oubliez pas non plus que certains chiffres de vente ont pu être boostés par des baisses de prix temporaires. Un livre à 5,99 euros qui s’est vendu à 2000 exemplaires n’a probablement pas généré 11 980 euros de chiffre d’affaires. D’où l’intérêt d’avoir vos proches chiffres, afin d’en étudier le détail… et la nécessité de tout noter, tout le temps.

Un autre chiffre que vous devez impérativement connaître, c’est le temps que vous prenez à écrire et publier un livre. Et, à cet égard, personne ne peut malheureusement vous souffler de réponse. Le processus d’écriture est quelque chose de trop personnel pour qu’on puisse l’emprunter à quiconque.

En 2017, j’ai commencé une feuille de calcul où je note, avec les dates, toutes mes rentrées et sorties d’argent professionnelles, ainsi que tout le temps que je passe à travailler, en spécifiant le type de « travail » (je faisais quelque chose de similaire les années précédentes, mais avec moins de rigueur). Maintenant que j’ai repris l’écriture, cela me permet notamment de garder une trace très précise du temps que je passe à écrire (et à réviser, corriger, créer un livre numérique, etc.) : combien d’heures par semaine, et combien d’heures sur un roman. Il va de soi que, plus on aura d’expérience, plus nos chiffres seront fiables, et il est naturel également de corriger ses prévisions à mesure que l’on a accès à de nouvelles données.

Une fois que l’on possède tous ces chiffres seulement, on peut les comparer et décider quoi changer — le but étant, bien sûr, que les gains projetés et le montant désiré s’équilibrent. À ce propos, ce que je vous conseille n’a rien d’une formule magique, et il n’est pas à exclure que vivre de votre plume vous soit impossible. Si vos gains prévus sont trop éloignés de votre objectif financier et que, de surcroît, votre marge de manœuvre est minuscule, n’espérez pas de miracle… Toutes les équations n’ont pas de solution. Cela dit, comme moi, vous pourriez aussi être surpris-e de constater qu’atteindre votre objectif est largement à votre portée…

Exemple : Mon but est de gagner avec mes écrits l’équivalent du salaire minimum (12 $ au Québec à partir du 1er mai prochain). Pourquoi le salaire minimum? Pour justifier symboliquement que j’emploie mon temps à écrire plutôt qu’à un « vrai travail ». De plus, étant donné que je n’ai pas de qualification professionnelle, tout « vrai travail » que je suis susceptible de trouver risque d’être payé au salaire minimum (c’était le cas, du moins, de mes deux derniers emplois).

Sur la base des statistiques de mon dernier roman, j’ai besoin de 210 heures pour écrire, réviser, corriger, réaliser un livre numérique et le publier. Pour atteindre mon but, je dois donc réussir à gagner 2 520 $ avec un livre. Comme c’est un roman de 90K+ mots, j’ai décidé de le vendre à 6,99 € (j’ai un distributeur français qui m’oblige à fixer des prix en euros). Là-dessus, une fois que j’enlève la TVA française (la plupart de mes ventes s’effectuent en France) et la commission des intermédiaires, je touche en moyenne 3,98 € par vente.

Comme je me fais payer via PayPal en euros, il faut que je prenne en compte leur commission de 3,9 % du montant + 0,35 €. Par simplicité, comme je ne sais pas encore le nombre de paiements requis pour arriver à mon but (mon distributeur me paie tous les mois), je vais arrondir ces frais à 4 %. Selon la conversion actuelle de PayPal, j’ai besoin de 1 700 € pour obtenir mes 2 520 $, donc 1 770,83 avec la commission. Arrondissons cela à 1 800 € (j’ai peut-être dépensé 30 € pour la couverture). Pour arriver à ce montant, je dois donc vendre 452 exemplaires de mon roman. Alors, réaliste ou pas réaliste?

Je suppose que cela dépend de ce que vous écrivez, mais, d’après mes chiffres personnels (voir ici et ici), c’est très très possible dans les genres de la romance M/F contemporaine, historique ou paranormale (et sans doute dans d’autres genres aussi, je ne possède juste pas de statistiques à leur sujet; si cela vous intéresse, vous allez devoir les obtenir vous-même!).

Dans cet article, je me suis contentée d’exposer le principe selon lequel j’arrive à naviguer entre ma priorité personnelle et la possibilité de vivre de ma plume. Dans les prochains, j’espère vous donner quelques clés pour favoriser vos ventes et/ou augmenter vos revenus — avec la réserve que celles-ci ne seront pas nécessairement compatibles avec votre vision, votre but… Mais si, par chance, elles le sont, alors tant mieux!

À suivre…


Quelques précisions, car j’ai conscience de n’avoir fait qu’effleurer un sujet complexe :

1) Par souci de simplicité, et parce que c’est ma façon privilégiée de gagner de l’argent, je n’ai mentionné que les revenus issus de la vente. Cependant, rien ne vous empêche de considérer d’autres sources, tels que le sociofinancement ou les subventions.

2) Il est possible de faire ce calcul et d’avoir cette démarche même si l’on est (ou souhaite être) édité-e à compte d’éditeur. Quoique, personnellement, je trouve que ça réduit trop la marge de manœuvre…

3) Si votre pain quotidien dépend directement de vos revenus, vous aurez sans doute aussi besoin de vous pencher sur les flux de trésorerie. La littérature est un investissement dont les retours peuvent se faire attendre et s’étaler sur de nombreuses années. Je tiens toutefois à souligner qu’il ne s’agit pas d’une pierre de Sisyphe; cet inconvénient ne concernera que les premières années de votre activité. Si l’on considère qu’un livre entre en fin de vie deux ans après sa parution*, alors, passés ces deux ans, toute baisse de vos revenus sera uniquement liée à un déclin effectif de vos ventes (et non à la nature du système).

Si vous avez la moindre question, n’hésitez surtout pas! C’est la première fois que je partage ces considérations, et je ne sais pas si j’ai réussi à être suffisamment claire.


* Ceci est un chiffre arbitraire, inventé pour l’exemple. En réalité, tous les livres ne suivent pas le même comportement. Certains ne vendent presque plus après 6 mois, tandis que d’autres connaissent le fameux « long tail » jusqu’à 5 ans après leur parution (voire plus, théoriquement, mais je n’ai pas encore assez vécu pour l’observer en vrai). Par ailleurs, il faudrait ajouter à cette durée le délai après lequel vous touchez l’argent correspondant à ces ventes, et celui-ci aussi est variable, dépendamment de la façon dont vous êtes édité-e.


Promouvez moins, vendez plus!

J’ai consacré déjà plusieurs articles à démontrer que la promotion était inutile (on peut très bien vendre un livre sans le promouvoir) et inefficace (la promotion, et en particulier la variété « gratuite et démocratique » accessible à tou-te-s, ne produit que des résultats faibles et aléatoires, difficilement mesurables). Or, j’ai conscience que, malgré ces arguments, la plupart des auteur-e-s et des microéditeurs auront peine à renoncer à la promotion, à « décrocher », parce qu’ils sont solidement tenus par l’espoir, tout au bout, d’une lectrice de plus, d’une vente de plus.

Le fait est que la promotion est, comme la loto, un jeu dont l’issue ne peut être que positive : le pire qui puisse arriver, c’est rien du tout. Il n’y a pas de gage, pas de conséquence fâcheuse pour le/la perdant-e. Et, de temps en temps, régulièrement, on gagne un peu, juste assez pour nous donner l’envie de continuer à jouer, encore et encore. L’auteur-e qui se consacre à sa promotion se trouve exactement dans la même position que le ou la joueur/-se qui a réussi à accumuler 100, peut-être 1000 $ de gains totaux — pas si mal, à première vue. Mais si on observe que ces gains ont été obtenus au prix d’un ticket par jour pendant 10 ans, alors, la situation se complexifie — et le bilan comptable est sans appel : cette personne a perdu plus d’argent qu’elle n’en a gagné. En d’autres termes, la promotion ne peut que vous faire gagner des lecteurs/-trices, c’est vrai, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elle est rentable, qu’elle vaut le coup. Avant de continuer sur cette lancée, je me permets une petite digression :

Les 2 types (opposés) de buts qui peuvent guider un-e auteur-e publié-e*

1) Être lu-e par le plus de monde possible

Pour ces personnes-là, la question de la rentabilité de la promotion peut paraître déplacée, voire absurde. Puisque additionner les lecteurs/-trices comme les pièces d’une collection est le but en soi, le but dernier, alors tout lecteur supplémentaire fourni par la promotion est une victoire, quand bien même cette promotion et ce lecteur unique représenteraient 10 heures de travail. Si vous êtes dévoué-e à ce type d’approche, sachez donc que je n’écris pas pour vous, et que je décline toute responsabilité de vous convaincre.

En ce qui me concerne, je condamne cette démarche. Bien qu’elle puisse paraître modeste de par son aspect mesquin et méticuleux, ce n’est qu’une façade. Pour moi, elle se rattache au contraire à la folie des grandeurs, au besoin insatiable du toujours plus, au mythe de la croissance infinie. En effet, « le plus de monde possible » n’a pas de limite; on peut toujours aller à la recherche de l’énième lectrice, puis de la n+1, n+2, etc. La satisfaction du désir est sans cesse repoussée; on peut y consacrer et même y sacrifier sa vie.

De plus, c’est une vision qui se focalise entièrement sur l’exigence de « faire du chiffre ». On ne cherche pas à créer une communauté, une cohérence, une fidélité — seule la dissémination maximale de l’œuvre compte (cette attitude a aussi pour corollaire l’illusion mégalomaniaque que notre œuvre « s’adresse à tout le monde », que n’importe qui peut l’apprécier).

2) Vivre de sa plume

À l’inverse, vivre de sa plume est souvent perçu comme un but ambitieux, voire arrogant. Dans le fameux discours qui veut que cela soit presque impossible, un tel sort ne peut certes qu’être privilégié, exceptionnel, et placer son/sa destinataire au-dessus du commun des mortels. C’était peut-être vrai à l’époque où l’auteur-e était à la merci d’éditeurs jaloux et capricieux; mais ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, on peut (par exemple, entre autres) s’autoéditer et gagner sa vie avec un lectorat de 500 personnes (même si on vit plus confortablement autour de 1000). Voilà : c’est simple, humble et délimité d’avance. Faire le choix de vivre de sa plume sous-entend que l’on a identifié ses besoins objectifs, et qu’il est possible de les satisfaire. Et 1000 lecteurs/-trices peut paraître substantiel; pourtant, croyez-moi, si chacun-e se contentait d’un tel lectorat, il y aurait de la place pour que tout le monde en vive!** Mais non; il faut qu’on coure, qu’on galope, sans cesse, toujours plus, à moi les étoiles…

Pour vivre de sa plume, pas besoin d’être célèbre, pas besoin d’un lectorat énorme, mais besoin, gros besoin de traiter la publication comme un business. C’est-à-dire, justement, être capable de rendre compte des différents aspects de notre travail, ce qu’ils nous coûtent comme ce qu’ils nous rapportent, et prendre des décisions en conséquence : élimination ou, à tout le moins, optimisation des parties non rentables. Certain-e-s seront repoussé-e-s par cette perspective très « économiste », très rationnelle, mais je ne revendique l’économie que dans son sens premier : faire des économies, une économie de gestes… Pour moi, la promotion est un gaspillage suprême, et ma position est celle d’un refus radical, d’une simplicité volontaire — d’un ascétisme, même.

Dans la démarche de publication, seule l’écriture doit faire exception à la loi de la rentabilité. Parce que, si l’écriture est une passion, un goût, un désir, voire un besoin, alors on est déjà justifié-e de le faire — et la question de la rentabilité est hors de propos. Du reste, écrire est à peine du « travail », étant donné que personne ne vous a demandé de le faire, et que vous n’obéissez qu’à votre propre inclination et fantaisie. Or, paradoxalement, on entend souvent les auteur-e-s revendiquer le droit d’être payé-e-s pour leur « travail » créatif, et jamais personne se plaindre ou se lever contre l’imposition du travail qu’est la promotion! Au contraire, on saute dedans à pieds joints, on a à peine besoin d’y être encouragé-e-s, on en fait autant qu’on peut, heures sup’ non payées, mais on est persuadé-e-s que c’est pour notre bien.

Comme si la promotion, en tout cas la gratuite qu’on peut faire sur le Web, n’était pas un investissement, n’était pas du travail. Après tout, les réseaux sociaux, on y est déjà; les blogues, on en a déjà tenus avant et c’est sympa; tout le reste, ce ne sont que des petites choses, des petites choses qui ne prennent pas tant de temps… Vraiment? Faites l’effort d’ajouter le temps passé à toutes ces petites choses, et vous serez effrayé-e-s du résultat. Peut-être aussi effrayé-e-s de vous apercevoir que vous ne savez pas où placer la frontière entre ce qui est « personnel » et ce qui est « professionnel ». Tout se brouille, tout se confond, tout se contamine. On ne débranche jamais de son travail; on n’est jamais « en vacances »; notre personnalité publique est un masque que l’on doit désormais porter sans cesse; on se perd, on s’oublie, on s’auto-exploite, on s’aliène… Mais bon, à la limite, ce n’est pas le sujet de cet article-ci.

Plus prosaïquement, je voulais simplement rappeler que le temps, c’est de l’argent. Je ne sais pas quelle valeur vous attribuez à votre temps de travail, mais, même au salaire minimum (11,25 $), entre toutes ces bêtises promotionnelles, ça monte sacrément vite. Et je doute, très fortement, que les quelques ventes ou dons qui résultent de toute cette promotion soient de taille à vous défrayer. Si vous disposez de tout ce temps pour faire votre promo, alors je suis convaincue qu’il serait mieux employé dans le cœur de votre activité réelle : écrire. Car la façon la plus logique de vendre plus, c’est encore de publier plus — et donc d’écrire plus. On peut vendre 2 romans à 1000 personnes chaque, ou bien 4 romans à 500 personnes chaque. Moins vous écrivez, plus vous augmentez la pression, pour chacun de vos ouvrages, de vendre plus.

Par ailleurs, il ne s’agit pas en réalité d’une simple distribution mathématique. Une nouvelle publication peut agir, dans les faits, comme la meilleure méthode de promotion pour les anciennes. Sur le blogue The Passive Voice, parmi les commentaires à l’article intitulé Samhain Closing, j’ai trouvé cet échange, représentatif d’une opinion que je partage et qui se répand tranquillement :

Suz — “we have tried many and varied types of campaigns to promote your titles and have had no success in reaching the new customers we need to thrive.”
This is one reason why I just write and publish. I don’t do marketing, it’s a frustrating waste of time.

Scath — I’m with you. I tried all the things, and none of them worked remotely well for the time and effort put into them.
My readers have mentioned the fact they don’t have to wait long for a new title from me more than once in their reviews. That’s my best marketing move, right there: writing and releasing new stories.

La première intervenante utilise ici de toute évidence le mot « marketing » dans le sens de « promotion »; elle réagit d’ailleurs à une phrase qui parle explicitement de campagnes de promotion. La personne qui lui répond réhabilite le terme dans son sens plus général, opposant une stratégie marketing qui ne relève pas de la promotion (« writing and releasing new stories ») à une expression qui, elle, se réfère uniquement à la promotion (« all the things »).

Enfin, la promotion est une activité purement parasitaire, vampirique, qui ne produit rien, et certainement aucune richesse. Autrement dit : elle ne se paie pas toute seule, jamais; c’est votre produit réel (vos œuvres) qui servent à financer votre promotion. Est-ce vraiment pour ça que vous vous donnez tant de mal à écrire et à vendre? Pour reverser vos gains (directement ou indirectement) dans la promo? La promotion, telle une sangsue maléfique, pompe des ressources (capital et/ou force de travail) et recrache du mouvement, de l’action, du bruit, de la pollution, du stress, des problèmes qu’il faut ensuite résoudre — en somme, tout ce qui donne l’impression que l’économie tourne, mais qui n’élève ou n’améliore en rien notre société, au contraire. On vole du temps et de l’attention à nos « fans » par nos rappels constants, nos demandes et nos interventions insignifiantes, on s’astreint soi-même à encore plus de travail inutile alors qu’on se plaint de manquer de temps (ou de travailler trop, ou de travailler gratuitement), on entretient la dépendance à des réseaux sociaux puissants…

Cela dit, je comprends : la promotion, pour la plupart des auteur-e-s, est loin de se réduire à la problématique financière (même si elle est souvent son prétexte officiel). Avoir un site Web à son nom d’auteur-e, donner des interviews, obtenir des chroniques de notre œuvre, avoir des « followers » sur Twitter et des « fans » sur Facebook, c’est avant tout une question d’image et d’ego — mais aussi de professionalisme, de reconnaissance, de légitimité… Alors, même si la promotion n’est pas rentable, pourquoi n’en vaudrait-elle pas la peine à d’autres égards?

À suivre…


* Il peut y avoir d’autres buts, comme le simple fait de rendre sa parole accessible, sans autre objectif au-delà (c’est par exemple ma démarche avec ce blogue-ci). Mais, dans ce cas-là, la promotion n’est pas pertinente non plus, et n’est même pas une tentation. Je me suis concentrée sur ces deux buts, parce qu’on les considère souvent à tort comme relevant de la même logique, et qu’on peut les croire tous deux servis par la promotion. Or, comme je l’explique par la suite, seule la première approche trouve son compte dans la promotion, tandis que la seconde la proscrit.

** C’est une image, évidemment. En réalité, si tou-te-s les auteur-e-s décidaient de gagner leur vie à travers l’écriture, c’est un certain nombre d’intermédiaires qui se retrouveraient à la rue… De même, ce chiffre de 500 ou 1000 est purement indicatif; si vous êtes seul-e à subvenir aux besoins de votre famille nombreuse, ou si vous vivez dans une zone géographique victime de la spéculation immobilière, vous devrez peut-être pousser jusqu’à 2000 lecteurs/-trices — mais même cela demeure très inférieur aux « succès » de littérature actuels. Bref, la distribution des richesses est une question complexe que je ne prétends pas résoudre ici; cependant, il me paraît évident que la logique qui veut qu’on recherche un rayonnement toujours plus important ne favorise pas une découverte et une mise en avant équitable de toutes les œuvres.


Édition traditionnelle : ces livres qui se vendent sans promotion

Dans les deux premiers articles de la série (ici et ici), j’ai relaté les expériences personnelles qui m’ont d’abord fait remettre en question la promotion, avant de me convaincre de son inefficacité — et même, de sa nuisibilité. Cependant, me connaissant, je ne serais jamais arrivée toute seule à cette certitude. J’aurais continué à simplement douter, à me demander si je ne suis pas l’exception maudite qui confirme la règle, la perdante en série pour qui rien ne marche jamais comme prévu… En fait, c’est notamment à deux témoignages, dont j’ai eu connaissance vers les débuts de mon aventure éditoriale, que je dois d’avoir développé ma pensée critique actuelle à l’égard de la promotion.

En novembre 2013, j’ai rencontré Deborah Cooke, auteure canadienne de plus de 50 romances, qui a commencé sa carrière dans les années 90 en « romance sérielle » (category romance) chez Harlequin et qui, désormais, s’autoédite. Elle faisait une présentation consacrée à l’aspect business de l’écriture de romance, dans le cadre d’une rencontre du chapitre d’Ottawa de RWA. Parmi la foule d’informations et d’anecdotes intéressantes qu’elle a partagées, elle nous a révélé que la majorité des romances qui sortent n’ont droit à aucune promotion de l’éditeur : cela concerne d’une part l’intégralité de la romance sérielle et, d’autre part, tous les « single titles » dont les projections de ventes et de profits ne justifient pas l’allocation d’un budget marketing suffisant (pour ces livres-là, en gros, tout le budget « marketing » passe dans la couverture).

Au cas où quelques profanes de la romance me liraient, je précise rapidement que la romance sérielle, ce sont ces collections de Harlequin, Azur, Blanche, Horizon, etc. Les livres sont généralement plutôt courts, 200 à 250 pages, et chaque collection a des codes précis (en plus des codes de base de la romance). À l’origine, il y avait plusieurs éditeurs qui publiaient ce genre de romance, mais Harlequin a racheté toutes les lignes au fil du temps, et ils sont à présent les seuls sur ce marché. Les « single titles », ce sont les autres romances, celles qui sont publiées et marketées de la même façon que n’importe quel autre genre — elles font typiquement près de 400 pages, comprennent une intrigue secondaire développée, et rien, sur la couverture, pas le moindre logo ni autre élément invariant du design, ne permet de lier entre eux des livres d’auteur-e-s différent-e-s (le concept de « collection » n’existe pas chez les anglos; la romance sérielle est ce qui s’en rapproche le plus). Parenthèse close…

La première chose qui semble claire pour tout le monde — sauf les auteur-e-s, apparemment! —, c’est que la promotion coûte beaucoup d’argent. On ne va pas s’amuser à en faire juste pour le plaisir. Par conséquent, on pourrait avancer que, si les éditeurs n’en font pas, c’est par manque de fonds. Sauf que… on parle de Harlequin, là! Si eux n’ont pas d’argent, alors je suis la reine d’Angleterre! Et si vous pensez que la romance sérielle est le parent pauvre de la romance, lisez bien ça : à son maximum, Deborah Cooke recevait une avance de 55 000 $ pour un manuscrit de 55 000 mots*. Imaginez être payé un dollar pour chaque mot écrit! (Certes, le manuscrit soumis n’était sans doute pas un premier jet, mais quand même.) Bref, la romance sérielle était florissante; on n’avait clairement pas de problème d’argent. Et pourtant, zéro promo.

Premièrement, c’est une autre preuve que des livres peuvent très bien se vendre sans aucune promotion — 55 000 $ d’avance! Et, deuxièmement, de la part d’un gros éditeur comme Harlequin, on ne peut qu’en conclure que la promotion était perçue comme inutile, comme de l’argent jeté par les fenêtres, comme un investissement non rentable. Sinon, le crédit — à défaut des liquidités — était là; c’est évident pour moi que, s’ils avaient cru pouvoir augmenter facilement leurs profits par la promotion, ils l’auraient fait en un clin d’œil.

Plus récemment, j’ai eu vent d’un autre cas qui corrobore mon hypothèse. Il concerne la collection Blanche de Harlequin, qui est consacrée à la romance en milieu médical. C’est une Romantique (du site Web Les Romantiques) qui l’a appris lors du Festival du roman féminin de cette année (12 et 13 mai 2017); elle nous rapporte :

La romance médicale est en effet la collection la plus ancienne de Harlequin. Elle peut vendre 80 000 exemplaires d’un seul livre dans le monde, et son marché le plus gros, c’est la France. Je crois qu’elle [Alison Roberts, auteure chez Harlequin] m’a parlé d’environ 40 000 exemplaires en France en moyenne.
Elle se souvient d’un livre qui a été publié deux fois, et dont elle a vendu 60 000 [exemplaires] en France.
Et la marque « Blanche » est tellement forte qu’elle a zéro présence sur les réseaux sociaux, même pas un site Web. Son nom n’est pas connu.

Parce qu’avec mon refrain « la promo, c’est cher », vous pourriez me renvoyer que, de nos jours, les options gratuites pullulent sur le Web… Et c’est vrai que les éditeurs en ont, pour la plupart, profité pour faire un peu de promo à moindre frais là où ils n’en faisaient peut-être pas avant. Or, ce qui m’intéresse ici, c’est que l’absence totale de promotion, jusqu’au moindre site Web, est bel et bien associé au succès, à la « force » de ces livres, et non pas à des romans négligés, condamnés à l’échec par un éditeur peu scrupuleux.

Tant que j’y suis, je ne résiste pas à une petite digression (par rapport au sujet de cet article-ci, mais pas par rapport à la promotion en général) : j’ai tenté de définir, dans mon précédent article, la différence entre marketing et promotion. La romance sérielle en est un cas d’école : pas de promotion, mais un marketing redoutable. À titre d’exemple, ces fameux critères très stricts que les auteures doivent respecter (ça peut aller du nombre de scènes hot au métier du héros), qui permettent aux lectrices d’acheter une série qu’elles aiment les yeux fermés, ou encore l’idée de génie consistant à vendre ces livres non pas dans les librairies, mais dans les lieux où les femmes ne peuvent pas manquer d’aller chaque semaine, comme les pharmacies (en Amérique du Nord, une « pharmacie » vend beaucoup plus que juste des médicaments — c’est le drugstore).

Si la romance sérielle est spécifique à la romance, ce qui se passe au niveau des romances single title est en revanche tout à fait représentatif du reste de l’édition. J’en appelle aux articles fort instructifs de l’auteure Kristine Kathryn Rusch, qui a également commencé sa carrière dans l’édition traditionnelle avant de virer vers l’autoédition. Dans The Business Rusch: Midlist Writers (Changing Times Part 11), que je vous invite à lire en entier, elle écrit :

At the very back of the catalogue, (…) you’ll find one or two books that don’t get any catalogue space at all. Often they’re tie-in novels or series novels by house names (bylines owned by the publishing house), and they generally get no promotion at all.

(mes italiques)

Par contraste, les livres qui se situent en tête de liste, et qui ne sont autres que les bestsellers et les livres-dont-on-espère-qu’ils-deviendront-des-bestsellers, eux, reçoivent tous les efforts promotionnels de l’éditeur. Encore une fois : parce que la promotion, ça coûte bonbon et que, pour la rentabiliser, il faut la promesse de sacrées ventes derrière. Et, en même temps, Rusch n’hésite pas à qualifier les livres de la midlist (ceux qui n’ont droit qu’à une promotion minimale) et de la fin de liste (ceux qui n’auront absolument aucune promo) de « gagne-pain » de l’éditeur. En d’autres termes, ces livres qui n’obtiennent pas ou peu de promotion, ce sont les profits les plus fiables de l’éditeur, ce sont eux qui garantissent sa survie même! Leur succès est certes plus modeste, moins spectaculaire que celui d’un bestseller, mais ils ne sont pas insignifiants pour autant, au contraire.

Et pourtant, le mythe qui entoure la promotion est tenace. Je pense qu’il est lié à deux phénomènes : le premier, ce que dans la vie courante, on ne parle et on n’entend parler que des bestsellers, et on en vient naturellement à prendre les pratiques qui les entourent (et notamment la promotion dont ils bénéficient) pour la règle, alors qu’il s’agit en réalité de l’exception. Ensuite, je ne peux que supposer que nous vivons dans un monde tellement rempli, tapissé, saturé de publicité, de réclame, que c’est devenu pour nous la méthode de vente par défaut. Nous avons perdu l’imagination d’un autre rapport marchand, alors même qu’il subsiste dans les faits. Notre horizon a été phagocyté par le mode d’être célébrité… comme en témoigne par exemple cette idée aberrante de Cory Doctorow, pourtant plutôt connu pour des positions « alternatives » :

Fame won’t make your rich, but you can’t get paid without it.

Kristine Kathryn Rusch, puisque je l’ai citée plus haut, défend au contraire le fait trop peu connu que des tas d’auteur-e-s de fiction vivent de leur plume… y compris et, en réalité, surtout des auteur-e-s dont nous n’avons jamais entendu parler! Elle parle de revenus annuels à six chiffres; en dollars américains, c’est plutôt un joli pactole. Alors, cela ne signifie pas que la condition des auteur-e-s est toute rose, qu’il n’y a rien à changer ni à améliorer. Mais, si on est vraiment sérieux/-se par rapport à ce chantier, j’estime que le premier pas, c’est d’abandonner ces fausses croyances — « un bon éditeur est un éditeur qui promeut toutes ses publications », « un livre non promu est un livre mort », « l’auteur-e est le seul acteur de la chaîne du livre qui ne vit pas de son travail », « le succès en littérature, c’est la loterie » —, car elles ne peuvent mener qu’à une mauvaise évaluation de la situation, ce qui, à son tour, nous rend incapables de trouver une vraie solution. Mais cela est une autre question que j’aimerais aborder dans une autre série d’articles…

Une fois de plus, je me suis attachée à démontrer que la promotion n’a rien d’un passage obligé, qu’on peut très bien se débrouiller (ie vivre de sa plume) sans. Cependant, aussi mince, fragile et superflue soit-elle, la promo ne demeure-t-elle pas une corde de plus à notre arc d’auteur-e édité-e? En quoi serait-elle mauvaise pour autant?

À suivre…


* Je suis convaincue de ne pas me tromper, car je me rappelle distinctement cette histoire de « un dollar par mot écrit » (c’est Deborah Cooke qui l’a sorti). Mais… au cas où, je pense que mon argument tient même sans l’appui de ce beau chiffre bien impressionnant.


Apologie du marketing

Avertissement : Je n’ai jamais étudié le marketing ni occupé un poste officiel en lien avec le marketing (si l’on excepte mon auto-entreprise, dans laquelle je porte toutes les casquettes, donc potentiellement celle de « département marketing »). Ceci est ma vision du marketing, la façon dont je l’utilise et la direction dans laquelle j’aimerais le voir évoluer.

Marketing vs promotion

Dans le deuxième article de cette série, Viviane Faure écrivait en commentaire :

Est-ce qu’une bonne couv’ c’est pas déjà de la promo en soi ?

Ma réponse courte est non. Ma réponse un peu plus développée : non, ce n’est pas de la promotion; c’est du marketing. Cette confusion entre promotion et marketing, je la vois souvent. Elle est favorisée par l’emploi de syntagmes tels que « marketing de terrain » ou « active marketing » (je ne sais pas si ce dernier est officiel, mais je l’ai rencontré récemment), qui, concrètement, désignent des opérations de promotion. Marketing et promotion peuvent en effet parfaitement se combiner, car ce sont des notions qui ne sont pas au même niveau. La promotion est un acte concret; le marketing est une démarche, une approche théorique. La promotion est le « quoi », le marketing est le « comment » et le « pourquoi ».

La promotion est également quelque chose qui est élaboré à partir d’un produit fini donné, qui vient s’ajouter, tel un parasite, à un produit qui existe pleinement. Il s’agit d’une excroissance superflue dont on peut parfaitement se passer — et même, d’après moi, dont on gagne à se passer. Par définition, donc, la couverture d’un livre ne peut pas relever de la promotion, puisque la couverture fait partie intégrante du produit « livre ».* Le marketing, au contraire, peut s’appliquer à toutes les phases de la production, de la conception du produit jusqu’au service après vente. C’est un état d’esprit, une préoccupation, un objectif général.

Ce n’est pas la couverture elle-même qui constitue le marketing. La couverture n’est qu’un élément constituant du livre — on pourrait remettre cela en question, mais, aujourd’hui, disons qu’il est généralement impossible de publier un livre sans couverture (même pour les livres numériques, les revendeurs exigent que l’on fournisse une couverture). Le marketing, c’est ce qui préside au choix de la couverture. C’est ce qui nous — éditeurs/-trices, auteur-e-s autoédité-e-s — fait pencher vers un concept plutôt qu’un autre, préférer une apparence à une autre. Si la promotion n’est pas nécessaire, mon propos ici est de démontrer que le marketing l’est, au contraire, et qu’il est même inévitable et bénéfique.

La mauvaise réputation

Oh, le marketing est mal aimé! Particulièrement chez les personnes qui s’imaginent un peu bohèmes, un peu alternatives, un peu radicales, retour à l’humain et à la nature… C’est vrai que le marketing a un nom barbare qui n’inspire pas la confiance; déjà, c’est de l’anglais, et puis ça évoque le marché, cette bête satanique à la main soi-disant invisible. Ce qui m’étonnera toujours, c’est que les mêmes qui huent le marketing n’ont, en revanche, pas de scrupules à se salir les mains dans la fange de la promotion, se créant des comptes sur les réseaux sociaux sous leur nom d’auteur, démarrant des blogues pour tenir au courant de leur actualité, parutions et opérations discount.

Je ne juge pas; moi aussi, je l’ai fait. Pourtant, si vous devez choisir entre promotion et marketing, je vous le jure : choisissez le marketing. Non seulement c’est dix mille fois plus utile et efficace, mais c’est aussi dix mille fois plus honnête, plus respectueux, plus intéressant, plus génial… plus ardu, plus subtil, plus complexe aussi. Dans mon dernier article, j’expliquais pourquoi la promotion ne fonctionne pas. La vérité, c’est que la promotion peut fonctionner. Mais, pour cela, elle a besoin du marketing, d’un marketing réussi. Or, le marketing, ce n’est pas de la tarte, et le réussir, encore moins; la plupart des auteur-e-s n’y connaissent et n’y comprennent pas grand-chose (leur préjugé hostile contre le marketing ne les aide pas non plus — beaucoup ne veulent pas s’y intéresser). C’est pourquoi leur promotion ne vaut rien.

En gros, la promotion, c’est faire c***r le monde, lui imposer des trucs alors qu’il n’a rien demandé (la publicité est une forme de promotion, au fait). C’est aussi une activité purement parasitaire, qui ne produit rien d’utile ou de valable, mais crée potentiellement beaucoup de déchets et de pollution — c’est l’incarnation de tout ce qui ne va pas dans notre société, ça ponctionne la beauté de toute chose et la recrache sous forme de laideur (non, je n’ai pas de mots assez forts). Mais je m’étendrai davantage là-dessus dans un futur article. Par contraste, le marketing, qui n’est finalement que « l’étude des marchés », est une poursuite intellectuelle, une recherche de compréhension.

À mon avis, l’hostilité à laquelle le marketing fait face est souvent une réaction anti-intellectuelle, anti-rationnelle. C’est en tout cas l’impression qui se dégage du livre d’Amanda Palmer, The Art of Asking (qui, d’ailleurs, est touchant et très vrai par endroits, mais ne brille clairement pas par sa force d’analyse, son intelligence et sa logique), où le terme « marketing » est systématiquement employé avec une connotation péjorative, pour s’en moquer et établir un repoussoir pour Palmer et sa philosophie de spontanéité et d’amour. Moi, j’appelle ça un homme de paille. Nous vivons dans une société postpositiviste, qui tend à revenir (et heureusement) des grandes théories positivistes qui tiennent encore le haut du pavé en sciences sociales (le terme même de « science sociale » est une invention du positivisme). Je n’ai aucun mal à imaginer que c’est aussi le cas en marketing. Pour autant, dans le rejet du positivisme, il existe le risque d’une régression vers une pensée pré-positiviste, qui, au lieu de prolonger et de corriger la réflexion, l’annule, et attribue à toute volonté d’analyse et d’étude une intention maléfique et dangereuse.**

Le marketing n’est que de la théorie. Bien que sa création en tant que discipline ait sans doute été motivée par des objectifs mercenaires, d’optimisation des ressources et de maximisation des profits, la beauté de la chose est que chacun-e est libre en pratique de s’en servir pour faire ses propres choix. En fin de compte, c’est juste de la connaissance et, à mon sens, la connaissance n’est jamais une mauvaise chose. Parfois, le marketing nous suggère que l’option A peut attirer un plus grand marché que l’option B. Mais si nos valeurs nous disent d’éviter A, c’est probablement B que l’on choisira. L’immense avantage, c’est que le marketing nous aura prévenu-e, et qu’une femme avertie en vaut deux. Du reste, grand marché, petit marché, le marketing ne discrimine pas et s’applique à tout; par définition, comme nous décidons toujours du champ d’application et des possibilités en présence, le marketing n’est jamais la recherche d’un maximum théorique, mais plutôt celle d’un optimum, d’un idéal étant donnés un contexte, des conditions et des limites qui correspondent à nos intérêts, nos goûts, nos convictions, nos désirs.

Enfin, rien n’empêche d’imaginer l’émergence d’une école de « marketing critique » où la notion même de marché(s), l’ontologie du marketing traditionnel, pourrait être questionnée et analysée à travers les prismes du féminisme, du postcolonialisme, de la lutte des classes, etc.

Le marketing n’est pas forcément intentionnel

Dans The Art of Asking, il est sous-entendu à plusieurs reprises qu’il y aurait d’un côté les marketeurs officiels, froids et calculateurs, obsédés par leurs théories et leurs formules, mais fondamentalement déconnectés de la réalité et des humains; et, de l’autre côté, les gens comme Amanda, vrais et sincères, sans arrière-pensée, guidés par leurs émotions et leurs bonnes intentions. C’est pour cela que j’ai parlé plus tôt d’anti-intellectualisme : l’esprit analytique et rationnel est présenté comme intrinsèquement suspect. Mais l’autre problème d’une telle dichotomie, c’est qu’elle cantonne le marketing à son expression explicite et officielle, aux marketeurs auto-proclamés. Si ceux-ci sont incompétents, obtus et vénaux, leurs défauts en viennent à qualifier le marketing lui-même (dans le livre de Palmer, le marketing n’est pas tant machiavélique que complètement à côté de la plaque). À l’inverse, parce que Palmer ne cherche pas à faire du marketing, parce qu’elle n’a, comme moi, aucune connaissance formelle dans le domaine, elle croit pouvoir s’en laver les mains, se défendre de toute association avec cette discipline.

Or, juste parce qu’elle n’en a pas conscience, ou parce qu’elle n’a pas le recul nécessaire pour théoriser sa démarche, ne signifie pas qu’elle n’emploie pas des techniques marketing (certaines désormais bien connues, d’autres qui lui demeurent plus personnelles). Il est même clair, à lire The Art of Asking, que Palmer est un génie du marketing. Car le marketing, à la base, n’est rien d’autre que l’art de connaître et de comprendre son public, ses désirs, ses besoins, et ce qu’il est prêt à nous donner en échange. Dans le cas d’Amanda Palmer, ce que ses fans veulent, c’est évidemment sa musique, son art, son style et son esprit, mais également sa connexion, sa proximité, son ingénuité à leur égard. En retour, illes sont partant-e-s pour apporter leur aide de toutes les manières possibles et, souvent, imaginables, au-delà de ce qui est considéré comme habituel, traditionnel ou conventionnel.

La question de la communauté

Cependant, il serait faux de généraliser cet exemple, de croire que c’est la recette du succès. Qu’on ne peut réussir qu’avec l’appui d’une communauté dévouée qu’il faut entretenir soigneusement, et devant laquelle il faut se mettre à nu, se donner corps et âme. Bien sûr, on ne peut pas réussir sans public, mais les publics (ou « marchés » en termes marketing) sont variés et ne se ressemblent pas tous, pas plus dans leurs attentes que dans ce qu’ils ont à offrir en contrepartie. Vers la fin du livre, Palmer cite le cas d’un musicien très visionné sur YouTube et qui, ayant monté une campagne Kickstarter pour produire un album, a été confronté à un échec total. L’auteure se contente de ce commentaire absolument sans intérêt :

There isn’t always a crowd from which you can fund.

Plus spécifiquement, on peut dire que le public de cet artiste n’avait pas d’intérêt à voir produire ni à posséder un album — écouter les morceaux existants sur YouTube lui suffisait. On peut également conjecturer qu’il s’agissait d’un public peu familier, voire réfractaire au concept du sociofinancement. Enfin, malgré son appréciation des arrangements mis sur YouTube, ce public n’était pas forcément prêt à payer pour les entendre; il s’agissait de consommation facile, d’un intérêt superficiel pour quelque chose d’accessible. Et la cause de l’échec du Kickstarter n’était pas l’absence de connexion en soi entre l’artiste et son public; mais plutôt le fait que, cette connexion étant absente, l’artiste n’a pas su cerner qui était son public, ce qu’il voulait et ce qu’il accepterait de donner en échange.

J’ai écrit plus haut que le marketing impliquait le respect. C’est parce que, contrairement à la promotion, que ses adeptes semblent prendre pour un concours de qui criera le plus fort, le marketing réussi sous-entend que l’on connaît les motivations, les envies, les limites et les craintes de son public, et que, de peur d’être contre-productive, on n’ennuiera jamais les gens au-delà de leur tolérance, à un sujet qui ne les intéresse pas, ou d’une façon qui pourrait les gêner ou les dégoûter. On pourrait même aller plus loin et affirmer que le marketing nécessite de l’empathie, de savoir prendre en considération les préoccupations et les préférences, parfois singulières ou irrationnelles, des personnes auxquelles on s’adresse.

Une dernière anecdote : personnellement, la communauté est quelque chose qui me parle. Adolescente, j’ai fait l’expérience de devenir fan grâce à la communauté qui entourait le groupe de musique en question (je vous raconterai cela un autre jour — teaser : le groupe, c’était Linkin Park!). D’une manière générale, je recherche le sentiment d’appartenance et le contact avec les autres, et j’ai pu observer à plusieurs reprises comment la formation d’une communauté soudée, solidaire, peut favoriser et entretenir le succès. Lorsque j’ai décidé de créer Laska, en 2012, je croyais détenir la formule parfaite — parfaite pour moi, parce que j’y aurais trouvé mon compte sur tous les plans. Ça ne paraît plus tellement aujourd’hui, mais, à l’origine, Laska n’était pas une maison d’édition comme les autres. Mon but premier était de rassembler une communauté autour de la romance francophone, une communauté d’écrivaines et de lectrices où l’on se serait entraidées, entr’encouragées, mutuellement bêta-lues, critiquées, corrigées, lues, promues, etc. Un truc bouillonnant, effervescent, expérimental, passionnant.

Cela n’est pas arrivé et, d’ailleurs, Laska n’a jamais été rentable. Pourtant, j’ai eu quelques « succès de librairie », comme on dit. Le public francophone de la romance est plutôt nombreux; c’est un des genres qui se vendent le mieux en numérique. Mais j’ai compris à mes dépens que ce public n’était pas spécialement engagé, intéressé à échanger avec des auteur-e-s ou à débattre du genre. Ce n’est pas non plus un public qui a forcément à cœur l’aspect « francophone » de ce qu’il lit et, dès lors, n’éprouve pas le besoin d’aider à le développer. En revanche, il y a aussi un point où j’ai sous-estimé ce qu’il était prêt à donner : l’argent. Les lectrices de romance étant notoirement voraces, je ne pensais pas qu’un roman avait des chances de se vendre au-delà de 5 €. L’expérience m’a donné tort. Aujourd’hui, j’envisagerais sans hésitation de vendre un roman numérique 10 € — c’est à cette hauteur que semble s’être stabilisé le prix moyen standard (je parle quand même d’un roman digne de ce nom, 80 à 100 000 mots, soit un bon 400 pages en papier).

Je précise pour finir que je ne me considère en rien un « gourou du marketing ». Si j’insiste sur le fait que le marketing est difficile et délicat, c’est justement parce que je m’y suis moi-même souvent cassé les dents. Certes, j’ai beaucoup appris et progressé depuis 2012, mais je continue à faire des erreurs que je ne m’explique pas toujours. D’ailleurs, je ne dis pas qu’il faut s’intéresser au marketing. Seulement que, si vous cherchez à vendre la moindre chose, vous faites sûrement déjà du marketing sans le savoir (alors autant l’assumer et réellement chercher à en savoir plus, plutôt que de patauger et de refaire l’erreur que tout le monde a déjà commise avant vous).

Je vous ai prévenu-e-s au début que je ne tirais tout cela d’aucun manuel ou enseignement certifié. Mais est-ce que ça signifie pour autant que ma réflexion n’a bénéficié d’aucun apport extérieur? En d’autres termes, que je suis la seule à penser ça?

À suivre…


* Dans le contexte de l’édition et de la vente de livres, le livre est effectivement le produit; on pourrait considérer que le texte lui-même est le produit dans un cadre comme le site Wattpad ou FictionPress.

** J’ai trouvé cette idée dans un article issu de l’anthologie féministe Gender/Body/Knowledge, dirigée par S. Bordo et A. Jaggar. Il s’agissait là de rappeler que le positivisme n’était pas le seul, et pas forcément le premier ennemi de la pensée féministe postpositiviste; que d’autres opinions « non positivistes » représentaient un égal, voire un plus grand danger, par exemple les visions traditionalistes et/ou spirituelles qui ne s’appuient sur aucun fondement scientifique ou rationnel (car elles rejettent la science et la raison, précisément).